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Un enseignant coriace

Marie Lambert-Chan   11 août 2007  Éducation
Stéphane Lauzon, enseignant au collège Marie-Clarac
Stéphane Lauzon, enseignant au collège Marie-Clarac
Stéphane Lauzon entamera sous peu sa dixième année scolaire au collège Marie-Clarac, un établissement d'enseignement privé pour filles, situé à Montréal-Nord. Ce jeune professeur de 31 ans y enseigne les arts plastiques et le multimédia aux adolescentes de quatrième et cinquième secondaire.

«Je rêvais d'enseigner cette matière dès la quatrième année du primaire», confie-t-il. Si Stéphane Lauzon était persuadé qu'il apprendrait un jour à des élèves le maniement de la caméra et les secrets de la céramique, il ignorait cependant qu'il dégoterait son premier emploi dans une école privée. Comme beaucoup d'autres diplômés, l'enseignant a saisi la première occasion qui s'est présentée à lui.

«Je n'ai jamais eu de préjugés favorables ou défavorables envers les systèmes public et privé, déclare-t-il. C'est le hasard de la vie qui m'a conduit à Marie-Clarac. On m'avait parlé en bien de ce collège. Un congé de maternité s'est annoncé et une amie m'a appelé pour une entrevue. J'avais 21 ans, je ne savais rien de la vie et on m'offrait ce remplacement. J'ai dit oui.»

M. Lauzon a enseigné pendant une année à l'école primaire Marie-Clarac avant d'offrir ses services à l'établissement d'enseignement secondaire de la même institution. Il y a créé un programme d'arts et de communication qui est aujourd'hui l'un des principaux attraits du collège. Il n'envisage pas d'oeuvrer un jour dans le système public. «Ce n'est pas une question de préférence. J'ai neuf ans d'ancienneté ici, donc plusieurs avantages à ne pas négliger.»

Le professeur affirme ne pas être en mesure de comparer le privé au public, mais juge tout de même que, peu importe le milieu, «c'est la même galère». «D'après ce que je vois chez mes collègues du public, la jeunesse demeure la jeunesse. Si nous ne respectons pas nos élèves, nous pouvons être assurés de passer dans le tordeur, au privé comme au public.»

Désillusions

Stéphane Lauzon reconnaît toutefois qu'il bénéficie de conditions d'enseignement avantageuses à Marie-Clarac. «Notre dynamique est peut-être différente, car la taille de l'école est exceptionnelle: 450 élèves et 25 professeurs, dit-il. C'est un environnement très familial. Probablement que les ressources sont davantage disponibles qu'au public, où les écoles sont beaucoup plus grandes.»

N'empêche, le professeur idéaliste qu'il était il y a dix ans a vécu quelques déceptions à son arrivée dans le milieu scolaire. «Mes cinq premières années ont été pénibles, raconte-t-il. Ç'a été un choc. Je me suis rendu compte de l'utopie de l'éducation. Les enseignants ne sont pas en mesure d'exiger de leur direction ce que leurs élèves sont en droit d'exiger d'eux, c'est-à-dire de la reconnaissance et du renforcement.»

Il a par ailleurs constaté le peu d'importance accordée aux arts. «C'est une matière qui a longtemps été optionnelle. Elle passait donc en dernier.» Mais Stéphane Lauzon a refusé de baisser les bras, contrairement à plusieurs autres de ses jeunes collègues qui quittent l'enseignement après cinq années. «Je suis resté pour les élèves, déclare-t-il. J'ai bûché pour me créer une certaine notoriété auprès d'elles, des parents, des collègues et de la direction.»

Il souligne à quel point l'actuelle direction de Marie-Clarac l'a soutenu dans cette démarche. La réforme scolaire lui a également donné un coup de pouce en faisant des arts une matière désormais obligatoire de la première année du primaire à la cinquième année du secondaire. L'obtention du diplôme est ainsi conditionnelle à la réussite du cours d'arts plastiques en quatrième secondaire. «Cela a favorisé mon travail, mais il y a encore une culture à bâtir autour des arts et c'est à moi à faire ma place», estime Stéphane Lauzon.

Place aux arts

Le professeur s'engage donc auprès de l'Association québécoise des éducateurs spécialisés en arts plastiques. Il participe à son conseil d'administration à titre de directeur bénévole des représentants régionaux.

S'inspirant de l'approche Kino, M. Lauzon a également mis sur pied le mouvement Kino-Jeunesse, un réseau pour le soutien et la diffusion des productions vidéographiques du milieu scolaire québécois. «Il y a des cellules Kino-Jeunesse partout à travers le monde, dit-il. J'ai décidé d'en partir une au Québec. Quarante écoles en sont maintenant membres.»

Grâce à ses engagements, Stéphane Lauzon aspire à devenir un meilleur professeur et à offrir ce qu'il y a de mieux à ses élèves. Cela a porté fruit. La Société des établissements du baccalauréat international du Québec l'a mandaté l'an dernier pour coordonner un comité de travail formé de cinq enseignants d'arts plastiques afin d'élaborer des situations d'apprentissage et d'évaluation conformes au renouveau pédagogique, mais dans l'esprit du programme d'éducation internationale.

Julie Hubert, professeure à l'académie Antoine-Manseau à Joliette, y participait. Elle affirme avoir découvert en Stéphane Lauzon un jeune homme ambitieux et exigeant pour lui-même, mais aussi pour les autres. «Il a une grande capacité d'écoute et est très généreux, souligne-t-elle. Il n'a pas hésité à partager avec nous ses activités réalisées en classe, ce que font rarement les enseignants.»

L'art d'enseigner

Ces qualités, Stéphane Lauzon les a d'abord et avant tout mises en pratique dans sa classe. Enseigner à des adolescentes âgées de 15 à 17 ans semble être un art en soi. «J'ai fait une grande prise de conscience il y a deux ans, dit-il. Aujourd'hui, le sarcasme est partout dans les médias et on est parfois porté à adopter ce ton avec les élèves. Pourtant, c'est la pire forme d'éducation.»

Bien que le milieu de l'éducation ne soit pas un long fleuve tranquille, l'enseignant juge que les enfants n'ont pas à payer pour les expériences passées de leurs professeurs. «On est parfois tanné de répéter la même chose année après année, mais on oublie parfois que tout est nouveau pour le jeune assis devant nous. Le jour où on le comprend, on ne s'impatiente plus devant l'élève. C'est à nous de nous renouveler et de nous engager dans une démarche de réflexion professionnelle.»

Ses élèves lui rendent bien ce respect et cette considération. «M. Lauzon est un professeur que je n'oublierai jamais, car c'est lui qui m'a appris le plus de choses au cours de ces dernières années et pas seulement en arts, témoigne Nathania Castelli, qui entre en cinquième secondaire. C'est lui qui m'a aidée à me trouver lors de ces années si difficiles au secondaire.» Fraîchement émoulue de Marie-Clarac, Rosa Campusano ajoute qu'il est «un professeur honnête qui cherche à nous rendre plus fortes en arts, mais aussi en tant que personne».






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Vos réactions

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  • Suzanne Monast
    Abonné
    samedi 11 août 2007 09h16
    À la veille de la rentrée...
    « D'abord, BRAVO M. Lauzon et longue vie à votre ferveur! Et aussi BRAVO à TOUS les enseignants et enseignantes qui entreprendront la semaine prochaine une 2e, 10e, 20e ou même 34e année d'enseignement. Nous avons besoin de tout le support possible de la part de nos dirigeants mais surtout de la part de toute la population. Les encouragements, les tapes dans le dos, les sourires et le soutien feront que les élèves auront devant eux des enseignants(es) encore plus aidants. Je ferai ma 34e entrée scolaire comme enseignante en musique au primaire! »

  • auger francine
    Inscrite
    mardi 14 août 2007 13h31
    commentaire
    « Bravo pour ton implication Stéphane, nous, enseignants en arts plastiques, avons bien besoin qu'on parle de nous. Les arts plastiques sont trop souvent rélégués au rang de simples activités alors que le programme nous démontre bien les forces de cette discipline dans la construction de l'être
    Francine Auger »

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