Secondaire - Contrer le décrochage
Des cours choisis « à la carte » dès le deuxième cycle
La rentrée scolaire 2007 marquera l'arrivée du renouveau pédagogique en troisième année du secondaire. Pour le meilleur, estime le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport. Pour le pire, rétorque la Centrale des syndicats du Québec.
En septembre, la première cloche qui annoncera la rentrée scolaire sonnera aussi le glas de l'ancien régime pédagogique pour les élèves de la troisième année du secondaire. Adieu tronc commun, bonjour diversité. Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) offre désormais un menu à la carte aux étudiants du deuxième cycle.
Les adolescents devront choisir entre deux parcours, soit la formation générale ou la formation générale appliquée. Tous deux mènent au même diplôme d'études secondaires et comportent la majorité des disciplines de base. Ils présentent toutefois l'enseignement des sciences différemment.
Les élèves inscrits dans le parcours de formation générale suivront le programme «Science et technologie», où on leur expliquera les concepts pour mieux parvenir à l'expérimentation. Leurs collègues ayant choisi l'autre voie assisteront au cours «Applications technologiques et scientifiques» qui, à l'inverse, partira de l'application pour en discerner les concepts par la suite. Le choix d'un parcours n'est pas définitif: l'étudiant peut changer d'idée en cours de route.
L'illusion du choix ?
Le MELS a opté pour la diversification des parcours afin d'augmenter la diplomation, de contrer le décrochage et de permettre aux étudiants de donner un sens à leurs études.
«Les élèves de troisième secondaire sont assez matures pour effectuer des choix tout en étant accompagnés par les enseignants, affirme Gérard Guimont, directeur des programmes à la Direction générale de la formation des jeunes du MELS. En effectuant ce choix, ils exercent un contrôle sur leur avenir, ce qui, au bout du compte, favorise le maintien de leur intérêt et de leur motivation.»
Selon lui, il était temps de transcender cette idée que «la société décide par l'entremise du gouvernement ce qu'il faut apprendre aux enfants pour en faire des têtes bien pensantes».
À la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), on balaie ces arguments de la main. «C'est une vision de l'esprit, c'est de la religion pédagogique», réplique le directeur de l'action professionnelle et sociale, Christian Payeur. En décembre 2006, la CSQ et la Fédération des syndicats de l'enseignement avaient demandé au MELS de reporter la diversification des parcours, de même que le cours «Science et technologie».
«Dans la plupart des pays, le choix de parcours est possible seulement après neuf années de scolarité où la formation est la même pour tous», observe M. Payeur. Pour lui, cet aspect du renouveau pédagogique entraîne une orientation précoce des élèves. «Cela pourrait favoriser l'exclusion sociale et scolaire, ce qui accroît les divisions, croit le directeur. Par ailleurs, en instaurant une formation appliquée, le ministère créerait-il une voie surtout destinée aux garçons davantage stimulés par les aspects concrets? Est-ce qu'on engendrerait ainsi une forme de ségrégation?»
Le Projet personnel d'orientation
Cette autonomie confiée à l'élève s'incarne également dans le Projet personnel d'orientation (PPO), qui remplace le cours d'éducation au choix de carrière. Ce programme est obligatoire pour les étudiants du parcours de formation générale appliquée et optionnel pour les autres.
«L'ancien cours enseignait l'orientation de manière théorique, explique Gérard Guimont. Le PPO s'inspire de l'approche de l'orientation par l'action. L'élève explore, par essais et erreurs, les métiers et professions qui l'intéressent, de manière virtuelle ou pratique.»
Les étudiants auront notamment accès à un site Web (www.repertoireppo.qc.ca) conçu pour le PPO. On y retrouve un vaste répertoire numérique d'outils d'expérimentation qui s'attarde à tous les secteurs d'intérêt, de l'administration aux sciences de la santé en passant par la métallurgie, les arts et les communications.
Depuis quatre ans, plusieurs écoles ont testé le PPO. Selon M. Guimont, les résultats sont probants: «Les élèves ont réalisé des recherches qui les éclairent sur des sujets qui les branchent vraiment.»
Au cours de l'année scolaire, cent heures seront consacrées au PPO au lieu des 25 accordées anciennement au cours d'éducation au choix de carrière. Christian Payeur s'interroge sur la pertinence de cette augmentation. «Je crois que c'est une lubie pédagogique de croire que plus de temps permettra de mieux définir son PPO», critique-t-il.
Une année de transition
Il va sans dire que la mise en oeuvre de la réforme scolaire au deuxième cycle du secondaire exige d'importantes modifications dans les milieux scolaires, surtout en ce qui a trait aux nouveaux programmes de sciences. Le MELS y a investi 110 millions de dollars répartis sur deux années: 84,1 M$ ont été alloués l'an dernier pour l'aménagement des laboratoires et 25,9 M$ cette année pour financer le matériel, entre autres.
Malgré ces investissements, certaines écoles ne sont pas prêtes à offrir les cours de sciences revus et corrigés. L'ancien ministre Jean-Marc Fournier craignait une telle éventualité et a donc permis à ces établissements de conserver le cours de biologie 314 pour l'année 2007-08. Un cinquième des écoles du Québec seraient dans cette situation. «C'est une année de transition, alors nous tentons d'être souples», commente Gérard Guimont.
Pour l'année 2007-08, certaines écoles ont par ailleurs interprété le renouveau pédagogique à leur manière. Résultat: tous leurs élèves, sans exception, suivront de façon obligatoire le programme «Science et technologie» de la formation générale et le cours de PPO, normalement associé au parcours de formation générale appliquée. M. Guimont a refusé de se prononcer sur cette décision. «Mais il est certain que les commissions scolaires devront offrir les deux parcours à partir de 2008», précise-t-il.
Christian Payeur craint l'insuffisance de moyens qui préside à l'application de la diversification des parcours, plus particulièrement dans le cas de la voie appliquée. «Ce parcours a été expérimenté dans des conditions idéales, ce qui ne sera pas le cas dans sa mise en pratique à grande échelle, remarque-t-il. Le ministère devra suivre de très près l'impact de ses mesures, faire le point sur le type d'élèves qui choisissent la formation appliquée et évaluer si ce parcours a une influence à leur arrivée dans le système d'étudespostsecondaires.»
Le débat sur la pertinence et les conséquences du renouveau pédagogique semble loin d'être terminé.
***
Collaboratrice du Devoir
En septembre, la première cloche qui annoncera la rentrée scolaire sonnera aussi le glas de l'ancien régime pédagogique pour les élèves de la troisième année du secondaire. Adieu tronc commun, bonjour diversité. Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) offre désormais un menu à la carte aux étudiants du deuxième cycle.
Les adolescents devront choisir entre deux parcours, soit la formation générale ou la formation générale appliquée. Tous deux mènent au même diplôme d'études secondaires et comportent la majorité des disciplines de base. Ils présentent toutefois l'enseignement des sciences différemment.
Les élèves inscrits dans le parcours de formation générale suivront le programme «Science et technologie», où on leur expliquera les concepts pour mieux parvenir à l'expérimentation. Leurs collègues ayant choisi l'autre voie assisteront au cours «Applications technologiques et scientifiques» qui, à l'inverse, partira de l'application pour en discerner les concepts par la suite. Le choix d'un parcours n'est pas définitif: l'étudiant peut changer d'idée en cours de route.
L'illusion du choix ?
Le MELS a opté pour la diversification des parcours afin d'augmenter la diplomation, de contrer le décrochage et de permettre aux étudiants de donner un sens à leurs études.
«Les élèves de troisième secondaire sont assez matures pour effectuer des choix tout en étant accompagnés par les enseignants, affirme Gérard Guimont, directeur des programmes à la Direction générale de la formation des jeunes du MELS. En effectuant ce choix, ils exercent un contrôle sur leur avenir, ce qui, au bout du compte, favorise le maintien de leur intérêt et de leur motivation.»
Selon lui, il était temps de transcender cette idée que «la société décide par l'entremise du gouvernement ce qu'il faut apprendre aux enfants pour en faire des têtes bien pensantes».
À la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), on balaie ces arguments de la main. «C'est une vision de l'esprit, c'est de la religion pédagogique», réplique le directeur de l'action professionnelle et sociale, Christian Payeur. En décembre 2006, la CSQ et la Fédération des syndicats de l'enseignement avaient demandé au MELS de reporter la diversification des parcours, de même que le cours «Science et technologie».
«Dans la plupart des pays, le choix de parcours est possible seulement après neuf années de scolarité où la formation est la même pour tous», observe M. Payeur. Pour lui, cet aspect du renouveau pédagogique entraîne une orientation précoce des élèves. «Cela pourrait favoriser l'exclusion sociale et scolaire, ce qui accroît les divisions, croit le directeur. Par ailleurs, en instaurant une formation appliquée, le ministère créerait-il une voie surtout destinée aux garçons davantage stimulés par les aspects concrets? Est-ce qu'on engendrerait ainsi une forme de ségrégation?»
Le Projet personnel d'orientation
Cette autonomie confiée à l'élève s'incarne également dans le Projet personnel d'orientation (PPO), qui remplace le cours d'éducation au choix de carrière. Ce programme est obligatoire pour les étudiants du parcours de formation générale appliquée et optionnel pour les autres.
«L'ancien cours enseignait l'orientation de manière théorique, explique Gérard Guimont. Le PPO s'inspire de l'approche de l'orientation par l'action. L'élève explore, par essais et erreurs, les métiers et professions qui l'intéressent, de manière virtuelle ou pratique.»
Les étudiants auront notamment accès à un site Web (www.repertoireppo.qc.ca) conçu pour le PPO. On y retrouve un vaste répertoire numérique d'outils d'expérimentation qui s'attarde à tous les secteurs d'intérêt, de l'administration aux sciences de la santé en passant par la métallurgie, les arts et les communications.
Depuis quatre ans, plusieurs écoles ont testé le PPO. Selon M. Guimont, les résultats sont probants: «Les élèves ont réalisé des recherches qui les éclairent sur des sujets qui les branchent vraiment.»
Au cours de l'année scolaire, cent heures seront consacrées au PPO au lieu des 25 accordées anciennement au cours d'éducation au choix de carrière. Christian Payeur s'interroge sur la pertinence de cette augmentation. «Je crois que c'est une lubie pédagogique de croire que plus de temps permettra de mieux définir son PPO», critique-t-il.
Une année de transition
Il va sans dire que la mise en oeuvre de la réforme scolaire au deuxième cycle du secondaire exige d'importantes modifications dans les milieux scolaires, surtout en ce qui a trait aux nouveaux programmes de sciences. Le MELS y a investi 110 millions de dollars répartis sur deux années: 84,1 M$ ont été alloués l'an dernier pour l'aménagement des laboratoires et 25,9 M$ cette année pour financer le matériel, entre autres.
Malgré ces investissements, certaines écoles ne sont pas prêtes à offrir les cours de sciences revus et corrigés. L'ancien ministre Jean-Marc Fournier craignait une telle éventualité et a donc permis à ces établissements de conserver le cours de biologie 314 pour l'année 2007-08. Un cinquième des écoles du Québec seraient dans cette situation. «C'est une année de transition, alors nous tentons d'être souples», commente Gérard Guimont.
Pour l'année 2007-08, certaines écoles ont par ailleurs interprété le renouveau pédagogique à leur manière. Résultat: tous leurs élèves, sans exception, suivront de façon obligatoire le programme «Science et technologie» de la formation générale et le cours de PPO, normalement associé au parcours de formation générale appliquée. M. Guimont a refusé de se prononcer sur cette décision. «Mais il est certain que les commissions scolaires devront offrir les deux parcours à partir de 2008», précise-t-il.
Christian Payeur craint l'insuffisance de moyens qui préside à l'application de la diversification des parcours, plus particulièrement dans le cas de la voie appliquée. «Ce parcours a été expérimenté dans des conditions idéales, ce qui ne sera pas le cas dans sa mise en pratique à grande échelle, remarque-t-il. Le ministère devra suivre de très près l'impact de ses mesures, faire le point sur le type d'élèves qui choisissent la formation appliquée et évaluer si ce parcours a une influence à leur arrivée dans le système d'étudespostsecondaires.»
Le débat sur la pertinence et les conséquences du renouveau pédagogique semble loin d'être terminé.
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