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L'UQAM échappe à la tutelle

Kathleen Lévesque   6 juillet 2007  Éducation
Le risque d'une mise sous tutelle de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) est écarté. Le plan de redressement présenté par cet établissement plongé dans une grave crise financière constitue un pas dans la bonne direction, estime la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne.

En entrevue au Devoir, Mme Courchesne a affirmé hier être satisfaite de la proposition que l'UQAM lui a soumise le 15 juin dernier, bien que le travail ne soit pas complété. Les mesures de redressement de l'UQAM permettraient de réduire de moitié le trou budgétaire de 303 millions de dollars qu'anticipe l'université, et ce, pour une période de cinq ans.

«Je sens qu'il y a des réponses à mes questions, une volonté de redresser la barque et une démonstration qu'il est possible de travailler en étroite collaboration avec le réseau de l'Université du Québec et le gouvernement», a affirmé la ministre.

Une rencontre de travail est prévue à la fin de l'été entre les parties afin d'amorcer une véritable réorganisation de l'UQAM.

La révision de certains cours, voire de programmes entiers, apparaît incontournable. «C'est possible, mais pas n'importe comment ni n'importe quel programme», a précisé Mme Courchesne.

La ministre croit que la période difficile que connaît l'UQAM doit être une occasion pour en «renforcer la mission» et non pas se limiter à un exercice comptable; toute la communauté universitaire doit y être associée. «Ce n'est pas la scie mécanique qui va passer à travers l'UQAM. Il faut respecter la mission de l'UQAM même si l'université doit se poser des questions sur ce qu'elle veut maintenir», a-t-elle soutenu.

Comme le révélait Le Devoir le mois dernier, un comité de travail de l'UQAM soutenu par la firme PriceWaterhouseCoopers s'apprête à recenser les cours les moins populaires et à analyser la viabilité des programmes. Ce délestage pourrait cibler entre autres les programmes d'arts, de mode et de langues.

Michelle Courchesne a toutefois assuré n'avoir aucune liste de cours ou de programmes visés entre les mains. En contrepartie, elle a fait valoir que l'UQAM a l'obligation d'avoir le plus rapidement possible un scénario lui permettant de renouer avec l'équilibre budgétaire. Aucune date butoir n'a toutefois été établie pour l'instant.

Pour déterminer un échéancier, le plan de redressement détaillé doit avoir été adopté; à l'heure actuelle, il ne prend pas en compte l'impact financier de l'îlot Voyageur. Aussi, les négociations entre l'UQAM et le promoteur Busac à propos de l'avenir du projet de l'îlot Voyageur doivent avoir été complétées. Ce n'est qu'après que ces deux éléments auront été ficelés que la voie d'avenir de l'UQAM sera tracée.

«On y travaille. Ce ne sera pas dans 15 ans. [...] Mais le gouvernement ne demandera pas non plus que l'équilibre budgétaire soit retrouvé dans un an», a souligné Michelle Courchesne.

La ministre a indiqué que la fragilité financière de l'UQAM ne la place pas en difficulté dans l'immédiat. Les ministères de l'Éducation et des Finances suivent à la trace l'UQAM pour lui éviter des problèmes de liquidités. «Il n'est pas question de laisser tomber l'UQAM», a-t-elle fait valoir.

Par contre, l'UQAM ne peut toujours pas toucher les subventions conditionnelles puisqu'elle enregistre des déficits depuis 2005. Il s'agit d'une somme totale de 57,4 millions. Mais la semaine dernière, le ministère de l'Éducation a remis 19,4 millions à l'UQAM. Cette somme correspond à un ajustement du nombre d'étudiants pour l'année 2004-05 (13,4 millions) et au réinvestissement gouvernemental prévu de six millions.

Quant à savoir si Québec pourrait aider l'UQAM à mettre fin au marasme financier dans lequel l'université s'est embourbée, Michelle Courchesne est restée floue. Elle s'est montrée plus affirmative pour ce qui est de la réflexion à laquelle devront s'astreindre toutes les universités en ce qui concerne les projets immobiliers. Lorsque Le Devoir avait mis au jour l'ampleur du problème lié à l'îlot Voyageur, fin avril, la ministre Courchesne avait rappelé les universités à l'ordre, leur soulignant qu'elles ne peuvent pas s'improviser promoteurs immobiliers.

Hier, elle a ajouté que les universités doivent se poser des questions au sujet de la concurrence entre elles. «Une saine concurrence, je veux bien, mais il faudra me définir ce qu'est une saine concurrence. Un peu tout le monde ouvre toutes sortes de choses», a laissé tomber Mme Courchesne.

Elle attend des recommandations à propos d'un meilleur «partenariat» entre les établissements d'ici la fin de décembre de la part de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ).

Par ailleurs, le Vérificateur général du Québec a commencé son travail d'analyse de la dérive uqamienne. Tout sera passé au crible: les principaux facteurs responsables des pertes occasionnées par les projets immobiliers du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur, l'impact de ces pertes sur la situation financière de l'UQAM, les erreurs de prévisions de revenus, les dépassements de coûts, la nature et la pertinence des renseignements transmis au conseil d'administration, le rôle des administrateurs et des dirigeants, le processus de négociation des contrats, le suivi des travaux et le processus d'approbation.

Pour l'instant, une petite équipe épluche des dossiers. Mais selon l'évolution du travail, le Vérificateur général pourrait faire appel à des spécialistes à l'externe, par exemple à des avocats fiscalistes.






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  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 6 juillet 2007 09h58
    La perte du vaisseau amiral
    « Bonjour Mme Lévesque,

    Lorsque les gouverneurs du réseau de l'Université du Québec comprendront l'ampleur des sacrifices demandés à l'UQAM, ils regretteront alors de ne pas avoir pris la décision de la soutenir par une mise en tutelle amicale. Compte tenu du déroulement des évènements, nous avons tous compris que la ministre a pris prétexte de la crise immobilière pour s'immiscer dans les affaires internes de l'UQAM et ultimement mettre tout le réseau universitaire québécois en quasi-tutelle.

    La ministre a certainement raison lorsqu'elle dit qu'il y a trop de chevauchements de programmes entre universités et qu'il doit y avoir une meilleure coordination des cours offerts sur un même territoire. Toutefois, lorsqu'elle remettra en question l'offre de cours dans des villes et village où le nombre d'étudiants n'est pas assez élevé pour financer l'opération, lorsqu'elle critiquera la pertinence d'offrir en région des cours déjà offerts dans les grands centres, les gouverneurs regretteront de ne pas s'être occupés de la gestion des affaires de l'UQAM afin de préserver le réseau et l'UQAM d'éventuelles exigences indues du ministère de l'Éducation les conduisant vers une dérive de leur mission fondamentale. Dans l'intérêt de l'UQAM et du réseau de l'UQ, les dossiers des immobilisations et de la gestion interne auraient dû être scindés et traité séparément comme je l'ai déjà proposé précédemment en ces pages.

    Plus grave encore, si un jour l'UQAM se relève de ce fiasco, il n'y aura alors plus personne dans cette institution pour plaindre les populations de Ville-Marie, de Matagami ou des Îles de la Madeleine, parce que des règles édicter par le MEQ empêcheraient l'offre de certains cours en raison du faible nombre d'étudiants inscrits dans ces trop petites villes. Personne ne pourra alors reprocher à l'UQAM de ne plus soutenir d'autres constituantes du réseau en difficulté, ayant été elle-même abandonnée par ce même réseau alors qu'elle avait cruellement besoin de son aide. L'UQAM ne sera plus jamais le vaisseau amiral qu'elle a jadis été et toutes les constituantes du réseau de l'UQ sortiront encore plus affaiblies de cette crise en raison du manque de courage et de leadership des gouverneurs jadis exercé par l'UQAM. Cette crise aura été la preuve que seule l'UQAM peut exercer un véritable leadership dans ce réseau et qu'en son absence personne n'est en mesure de prendre la relève.

    Une collaboration entre le réseau de l'UQ et le ministère de l'Éducation était certainement souhaitable, mais de là à laisser tout le champ libre à la ministre, il y a une marge. Lorsque les gouverneurs de l'Université du Québec réaliseront leur méprise et qu'ils se verront imposer unilatéralement les solutions et de nouvelles règles par le ministère, il sera alors trop tard pour réagir, car les jeux seront faits.

    Louis Lapointe
    Brossard »

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