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De jeunes enseignants se sentent floués

Clairandrée Cauchy   20 juin 2007  Éducation
Les milliers de jeunes enseignants touchés par une forme de «clause discriminatoire» entre 1997 et 2000 devront vraisemblablement faire une croix sur leurs espoirs de compensation financière.

Selon une entente conclue entre la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le gouvernement du Québec et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la compensation prendra plutôt la forme d'un budget de 22 millions, réservé spécifiquement pour des demandes de perfectionnement, du mentorat, des projets pédagogiques ou encore l'achat d'outils pédagogiques (qui demeurent la propriété de la commission scolaire).

Dans la foulée des compressions entourant l'objectif du déficit zéro, la CSQ et le gouvernement avaient convenu d'un gel d'avancement d'échelon d'un an dans la convention collective débutant en 1997. Quelque 27 000 enseignants qui n'avaient pas atteint le plafond de leur échelle salariale ont été touchés par cette mesure qui a permis de récupérer 22 millions de dollars par année, pour un total d'environ 66 millions en trois ans. Ces derniers ont perdu en moyenne 5000 $ pendant cette période (selon les chiffres de l'Association de défense des jeunes enseignants du Québec).

La clause a toutefois été retirée lors de la négociation suivante, sans toutefois que les enseignants affectés soient remboursés pour les années passées. Ces derniers ont porté plainte devant la Commission des droits, qui leur a donné raison, estimant que le gel d'échelon avait un effet discriminatoire en fonction de l'âge, les plus jeunes étant statistiquement plus touchés.

Dix ans après le gel d'échelon et de multiples procédures plus tard (le dossier a été porté jusqu'en Cour suprême parce que Québec a contesté, en vain, la compétence du Tribunal des droits de la personne à entendre un dossier de relations de travail), les jeunes enseignants se sentent floués par le projet d'entente.

«C'est inadmissible. Les enseignants devraient avoir le choix entre une compensation financière ou d'autres mesures. C'est un montant que le gouvernement est venu chercher dans nos poches il y a 10 ans», dénonce en entrevue au Devoir le président de l'Association de défense des jeunes enseignants (ADJEQ), Normand Morin.

Il souligne que le gouvernement ne remet que 22 millions dans la cagnotte, alors qu'il avait récupéré le triple avec le gel d'échelon. Plusieurs personnes sont aussi exclues de l'entente, ajoute M. Morin, qui mentionne les enseignants partis enseigner au privé ou encore ceux qui ont quitté la profession.

Ironie du sort, les jeunes enseignants touchés par une convention collective signée par leur employeur et leur syndicat devront déposer leurs projets (perfectionnement, mentorat, achat d'outils pédagogiques, etc.) devant un comité paritaire formé de représentants patronaux et syndicaux. «C'est comme confier la gestion du fonds d'indemnisation de Norbourg à Vincent Lacroix», illustre Normand Morin, qui a mené une bataille en règle contre la clause pendant des années.

Dans les circonstances...

Des quelque 27 000 enseignants touchés, environ 12 000 ont porté plainte auprès de la CDPDJ. L'organisme, qui agit pour le compte de ces plaignants puisqu'il avait reconnu le bien-fondé de leurs griefs, a accepté la dernière offre de règlement du gouvernement. «La Commission fait l'analyse qu'il s'agit de la meilleure solution dans ce dossier, qui autrement risquait de repartir peut-être pour plusieurs années devant les tribunaux, avec une issue incertaine», fait valoir le porte-parole de la CDPDJ, Robert Sylvestre.

On note que l'évolution de la jurisprudence des dernières années aurait pu avoir un effet défavorable à la cause, dont les audiences sur le fond devaient commencer le mois dernier.

L'entente stipule qu'un montant de 22 millions, soit 11 millions pour l'année scolaire 2007-08 et autant pour l'année 2008-09, sera réservé en priorité pour les projets présentés par les enseignants touchés par le gel d'échelon et qui ont porté plainte auprès de la CDPDJ. Un montant maximum de 1200 $ par personne pourra être accordé. Si toutefois ces sommes n'étaient pas utilisées au terme des deux années, elles pourraient ensuite être utilisées pour le perfectionnement de n'importe quel employé d'une commission scolaire.

Le projet d'entente sera présenté le 18 juillet devant le Tribunal des droits de la personne, qui doit l'avaliser. Toutes les personnes qui avaient porté plainte (soit un total de 12 000) peuvent demander à être entendues par le Tribunal — elles-mêmes ou par l'intermédiaire d'un avocat — afin de donner leur avis, à condition qu'elles s'inscrivent avant le 13 juillet. Le juge déterminera à la suite de ces audiences si le projet d'entente est accepté et disposera de la cause.

Étant donné cette procédure juridique complexe, le ministère de l'Éducation et le cabinet de la ministre de l'Éducation se sont abstenus de tout commentaire sur le sujet.

La Centrale des syndicats du Québec, qui était également visée par la plainte en tant que signataire de la convention collective, souligne pour sa part qu'elle n'avait pas un grand pouvoir de négociation dans l'élaboration de l'entente, a fait valoir la responsable des communications, Marjolaine Perreault.

Pour prendre connaissance de l'entente et des détails concernant les audiences, on peut consulter le site Web de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse à l'adresse suivante: www.cdpdj.qc.ca.






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  • Roger Lapointe
    Abonné
    mercredi 20 juin 2007 06h05
    Entente: mot plutôt mal choisi!
    « Forcing serait plus approprié pour désigner ce pacte unilatéral.
    Au fait pourquoi fait on abstraction dans les médias québécois de toute autres formes d'expressions que ENTENTE pour désigner les situations ou conventions de toutes sortes.ACCORDS,CONVENTIONS,PACTES,PROTOCOLES,TRAITÉS,ETC.
    LES AYATOLLAHS DE LA LANGUE ONT ILS IMPOSÉS LEURS DIKTACTS À TOUS LES JOURNALISTES DU QUÉBEC. »

  • Michel Trépanier
    Inscrit
    mercredi 20 juin 2007 08h33
    Plus ça change, pire c'est
    « Pour régler un poblème de discrimination, le gouvernement, la CSQ et la CDPJ veulent créer une nouvelle discrimination envers les nouveaux enseignants et leurs élèves.

    A une époque où les ressources sont à un niveau rachitique, l'entente proposée ferait en sorte que tout personne embauchée après la période de discrimination salariale ne pourrait pas bénéficier des différentes mesures de soutiens prévues à l'entente. Il y a donc assurément une clause discriminatoire pour les personnes ayant peu d'ancienneté (pour les plus anciennes, la majorité ont pris leur retraite ou ont n'ont pas souhaité participer à la poursuite; il s'agissait donc d'un avantage discriminatoire ou du renoncement à un droit).

    Ce qui apparaît encore plus difficile à comprendre, c'est que, pour un élève, la qualité de l'enseignement reçu variera selon le statut de son enseignant. En effet, s'il est couvert par l'entente, son enseignant pourra obtenir des outils pédagogiques ou de la formation spécifique que les autres ne pourront avoir.

    Je pense qu'une telle entente donne peu de crédibilité à celles et ceux qui parlent de justice et du droit universel à une éducation de qualité. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 20 juin 2007 08h42
    Mésentente forcée
    « Dans le sens de Monsieur Lapointe, je proposerais «mésentente forcée» pour qualifier la décision du gouvernement concernant les enseignants pénalisés par la poursuite du déficit 0 de monsieur Bouchard.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 20 juin 2007 10h08
    TOUS À LA MANIFESTATION !
    « Cette "claude discriminatoire" avait été négociée et acceptée par le syndicat CSQ et c'est le gouvernemnt "nous autres" qui allons payer encore cet "arrangement".

    On a un autre groupe d'employés de l'état Québécois qui s'est fait "frustrer" par son syndicat mais c'est la faute entière du gouvernement qui paie tout le temps.

    Fait que...on déchire notre chemise en public et on prépare une grosse manifestation pour encourager les infortunés du douloureux gel d'avancement de l'échelon, ce qui, dans la gravité, vient juste après le cancer du colon. »

  • andré michaud
    Inscrit
    mercredi 20 juin 2007 10h17
    Politique anti-jeunes
    « Je dénonce toutes les clause orphelins de divers type comme de la discrimination envers les jeunes. Une discrimination qui n'est pas vraiment combattue par les syndicats qui veulent protéger la rénumération des plus vieux qui forment la majorité de leurs membres cotisants. Ces derniers, même si ils n'appuient pas ces pratiques, ne sont pas motivés à faire une grève sur cet enjeu qui ne concernent pas LEUR salaire. »

  • Guillaume Doyon
    Abonné
    mercredi 20 juin 2007 10h48
    Vol via syndicat
    « Il n'est pas étonnant de voir comment le chef de la plèbe (gouvernement du Québec) agit envers les enseignants. Ce n'est pas une première et une dernière non plus. Jacques Parizeau dans les années 80 avait sabré radicalement aussi.
    La base du problème est que le pouvoir vient de la majorité.
    La majorité que je nomme la médiocrité. Cette médiocrité sous scolarisée ne veut pas et ne peut pas comprendre la lourde tâche qui est imposée aux enseignants qui doivent en plus être dirigés par ceux qui minent par le bas depuis trop longtemps.(miner:Creuser une galerie sous un ouvrage afin d'en saper les fondations et d'en provoquer l'effondrement) Guillaume Doyon,Beauce »

  • poisson marie-michelle
    Inscrite
    mercredi 20 juin 2007 21h11
    absurde ou malhonnête?
    « Un montant moyen de 5000$ a été prélevé directement sur le salaire des enseignants qui ont pendant cette période, continué de travailler tout autant malgré ce salaire tronqué. Maintenant, plutôt que de leur rendre leur du sans condition, comme il se doit, les enseignants devront, pour mériter compensation, entreprendre des projets de perfectionnement en surcroît de leur tâche régulière! Quel marché de dupe! Le perfectionnement est offert à quiconque veut en profiter car c'est une obligation de l'employeur d'offrir du perfectionnement à raison de 1% de la masse salariale... c'est donc dire qu'en fin de compte, la compensation est offerte sous forme de service de perfectionnement auquel les enseignants auraient droit de toute manière...c'est absurde ou c'est malhonnête? C'est cheap en tout cas! »

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