Réplique à un éditorial de Marie-Andrée Chouinard - Une situation précaire à l'Université de Montréal
8 juin 2007
Éducation
Dans son éditorial du 4 juin («Entre l'État et la concurrence»), Marie-Andrée Chouinard reprend l'argument de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, selon lequel la gourmandise salariale du corps professoral de l'Université de Montréal serait à l'origine de l'énorme déficit de fonctionnement de cette institution. On ne sera pas surpris qu'une ministre invente des histoires dans le but d'occulter le sous-financement chronique de l'éducation postsecondaire. Par contre, le manque d'esprit critique de l'éditorialiste devant les fabulations de la ministre a quelque chose d'inquiétant.
Un rappel des faits concernant les salaires des professeurs et le gouffre financier de l'Université de Montréal s'impose. Le rattrapage salarial par rapport aux autres grandes universités canadiennes n'était pas «la base de négociation avancée par les professeurs». Il s'agissait d'une nécessité reconnue et promise par la direction de l'université. En effet, les représentants de l'université et les représentants syndicaux ont signé ensemble le 6 septembre 2005 une étude réalisée conjointement en 2004-05 sur les salaires des universités du G10. Or cette étude montre d'une part que l'Université de Montréal était au dernier rang du G10 et, d'autre part, que l'écart salarial par rapport à McGill était de l'ordre de 7 %.
Si les professeurs, d'ailleurs accoutumés à être sous-payés par rapport à leurs compétences, se sont retrouvés sur des piquets de grève, ce n'était pas parce qu'ils convoitaient les salaires de niveau ontarien ou américain mais bien parce que l'université avait refusé de respecter son engagement et parce qu'ils étaient outrés du mépris affiché par une direction qui plaidait la pénurie tout en s'octroyant des hausses et des primes salariales allant de 10 à 60 % par année.
Les hausses finalement obtenues par le corps professoral placent quand même toujours celui-ci à un niveau inférieur aux salaires des collègues de certaines autres universités... montréalaises. Il faut en effet savoir que la part de l'augmentation relative aux indexations salariales est de 8,8 % sur trois ans (donc inférieure à 3 % par année en moyenne) alors que la part de rattrapage salarial par rapport à la moyenne du G10 est de 5,7 %, ce qui ne comble pas l'écart avec McGill au 1er juin 2005. Nos indications actuelles montrent d'ailleurs que les professeurs de l'Université de Montréal ont toujours des salaires inférieurs à leurs collègues de McGill.
Au total, les augmentations salariales des professeurs de l'Université de Montréal ne représentent que 5,3 millions de dollars annualisés. Or le gouvernement du Québec verse déjà 2 % d'augmentation par an au secteur public selon son cadre budgétaire, et la différence que l'université doit assumer est inférieure à 2,5 millions par an. Le déficit 2006-07 (prévu) est de 16,8 millions. Le pourcentage de ce dernier qui serait attribuable à l'augmentation de la rémunération des professeurs est de 17,2 % seulement. Par rapport au déficit de 20 millions en 2007-08, cela représente moins de 15 % du déficit. Il est donc faux de prétendre que les salaires des professeurs sont la cause du déficit budgétaire de l'Université de Montréal. Il faut chercher ailleurs la cause de ce déficit. Le sous-financement chronique des universités, l'achat du terrain de la gare de triage et l'emprunt de 120 millions fait par la direction de l'Université de Montréal, directement imputé au fonds de fonctionnement (plutôt qu'au fond d'immobilisation), sont selon nous de meilleurs éléments pour expliquer ce déficit.
Les difficultés budgétaires de l'Université de Montréal ne sont donc pas à mettre sur le dos de ses professeurs. Contrairement à ce que laisse entendre l'éditorialiste du Devoir, l'Université de Montréal n'est pas aux prises avec un dérapage des salaires (exception faite de sa très haute administration) alors que l'UQAM serait victime de sa spéculation immobilière. Toutes les universités québécoises souffrent autant d'un sous-financement politiquement voulu que de la mégalomanie immobilière. Ainsi, une partie significative du déficit de fonctionnement de l'Université de Montréal découle du financement des dettes encourues par des projets de développement aussi spectaculaires et spéculateurs que celui de la gare de triage d'Outremont.
Réplique à la réplique
On ne s'étonnera pas de voir MM. Seymour et McFalls défendre les résultats d'une négociation dont ils sont eux-mêmes bénéficiaires. Il ne faudrait pas en outre décoder dans mon propos ce qui n'y était pas.
La déclaration de la ministre de l'Éducation à propos de la «gourmandise salariale» des professeurs de l'UdeM n'était que prétexte à ouvrir une réflexion beaucoup plus large, dont je maintiens la pertinence dans le contexte actuel.
Loin de conclure que le déficit de l'UdeM était causé par la hausse de la rémunération des professeurs, nous avons posé cette question: les universités peuvent-elles d'un côté dépendre largement des deniers publics et, de l'autre, jouir d'une autonomie de gestion qui mène ensuite à des situations financières périlleuses?
La base de revendication salariale des professeurs n'est pas remise en question ici. Toutefois, placée dans son contexte québécois de sous-financement, elle doit être inscrite au nombre des éléments qui fragilisent le budget d'une institution comme l'Université de Montréal, surtout lorsqu'on sait que la masse salariale en constitue plus des trois quarts des dépenses.
Marie-Andrée Chouinard
Un rappel des faits concernant les salaires des professeurs et le gouffre financier de l'Université de Montréal s'impose. Le rattrapage salarial par rapport aux autres grandes universités canadiennes n'était pas «la base de négociation avancée par les professeurs». Il s'agissait d'une nécessité reconnue et promise par la direction de l'université. En effet, les représentants de l'université et les représentants syndicaux ont signé ensemble le 6 septembre 2005 une étude réalisée conjointement en 2004-05 sur les salaires des universités du G10. Or cette étude montre d'une part que l'Université de Montréal était au dernier rang du G10 et, d'autre part, que l'écart salarial par rapport à McGill était de l'ordre de 7 %.
Si les professeurs, d'ailleurs accoutumés à être sous-payés par rapport à leurs compétences, se sont retrouvés sur des piquets de grève, ce n'était pas parce qu'ils convoitaient les salaires de niveau ontarien ou américain mais bien parce que l'université avait refusé de respecter son engagement et parce qu'ils étaient outrés du mépris affiché par une direction qui plaidait la pénurie tout en s'octroyant des hausses et des primes salariales allant de 10 à 60 % par année.
Les hausses finalement obtenues par le corps professoral placent quand même toujours celui-ci à un niveau inférieur aux salaires des collègues de certaines autres universités... montréalaises. Il faut en effet savoir que la part de l'augmentation relative aux indexations salariales est de 8,8 % sur trois ans (donc inférieure à 3 % par année en moyenne) alors que la part de rattrapage salarial par rapport à la moyenne du G10 est de 5,7 %, ce qui ne comble pas l'écart avec McGill au 1er juin 2005. Nos indications actuelles montrent d'ailleurs que les professeurs de l'Université de Montréal ont toujours des salaires inférieurs à leurs collègues de McGill.
Au total, les augmentations salariales des professeurs de l'Université de Montréal ne représentent que 5,3 millions de dollars annualisés. Or le gouvernement du Québec verse déjà 2 % d'augmentation par an au secteur public selon son cadre budgétaire, et la différence que l'université doit assumer est inférieure à 2,5 millions par an. Le déficit 2006-07 (prévu) est de 16,8 millions. Le pourcentage de ce dernier qui serait attribuable à l'augmentation de la rémunération des professeurs est de 17,2 % seulement. Par rapport au déficit de 20 millions en 2007-08, cela représente moins de 15 % du déficit. Il est donc faux de prétendre que les salaires des professeurs sont la cause du déficit budgétaire de l'Université de Montréal. Il faut chercher ailleurs la cause de ce déficit. Le sous-financement chronique des universités, l'achat du terrain de la gare de triage et l'emprunt de 120 millions fait par la direction de l'Université de Montréal, directement imputé au fonds de fonctionnement (plutôt qu'au fond d'immobilisation), sont selon nous de meilleurs éléments pour expliquer ce déficit.
Les difficultés budgétaires de l'Université de Montréal ne sont donc pas à mettre sur le dos de ses professeurs. Contrairement à ce que laisse entendre l'éditorialiste du Devoir, l'Université de Montréal n'est pas aux prises avec un dérapage des salaires (exception faite de sa très haute administration) alors que l'UQAM serait victime de sa spéculation immobilière. Toutes les universités québécoises souffrent autant d'un sous-financement politiquement voulu que de la mégalomanie immobilière. Ainsi, une partie significative du déficit de fonctionnement de l'Université de Montréal découle du financement des dettes encourues par des projets de développement aussi spectaculaires et spéculateurs que celui de la gare de triage d'Outremont.
Réplique à la réplique
On ne s'étonnera pas de voir MM. Seymour et McFalls défendre les résultats d'une négociation dont ils sont eux-mêmes bénéficiaires. Il ne faudrait pas en outre décoder dans mon propos ce qui n'y était pas.
La déclaration de la ministre de l'Éducation à propos de la «gourmandise salariale» des professeurs de l'UdeM n'était que prétexte à ouvrir une réflexion beaucoup plus large, dont je maintiens la pertinence dans le contexte actuel.
Loin de conclure que le déficit de l'UdeM était causé par la hausse de la rémunération des professeurs, nous avons posé cette question: les universités peuvent-elles d'un côté dépendre largement des deniers publics et, de l'autre, jouir d'une autonomie de gestion qui mène ensuite à des situations financières périlleuses?
La base de revendication salariale des professeurs n'est pas remise en question ici. Toutefois, placée dans son contexte québécois de sous-financement, elle doit être inscrite au nombre des éléments qui fragilisent le budget d'une institution comme l'Université de Montréal, surtout lorsqu'on sait que la masse salariale en constitue plus des trois quarts des dépenses.
Marie-Andrée Chouinard
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