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Entre l'État et la concurrence

Tiraillées entre une dépendance financière extrême et l'appel de la concurrence, les universités dévoilent de grands signes de lassitude financière, mais s'accrochent à une autonomie que certains souhaiteraient pourfendre.

L'université peut-elle jouer sur deux tableaux à la fois? Sur le premier, elle dépend d'un financement public qui frise les 70 % de ses revenus, auxquels se greffent 15 % en droits de scolarité fixés par... l'État. Sur l'autre, elle tente de répondre à la pression de la concurrence en négociant de généreuses augmentations de salaires et en s'improvisant gestionnaire de chantier.

Ces dernières semaines ont permis de comprendre que quelque chose ne tournait pas rond dans le financement universitaire. L'Université du Québec à Montréal (UQAM) a souffert d'un appétit immobilier qui la place maintenant au bord du précipice. L'Université de Montréal (UdeM) prévoit un déficit de 19 millions pour la prochaine année, ce qui portera donc son fardeau cumulé à 120 millions, son plus sombre bilan.

Elle doit certainement regretter le résultat de l'âpre négociation qui s'est jouée chez elle en 2005. Après une douzaine de journées de grève, l'UdeM avait consenti à ses professeurs une hausse salariale de 15 % sur trois ans, ce qui s'avère maintenant un boulet.

La ministre de l'Éducation Michelle Courchesne n'a pas manqué d'affirmer que l'UdeM devrait vivre «avec ses choix» — qui n'auraient pas été les siens... Traduire: plutôt que les 2 % de hausse arrachés par la fonction publique — assortis d'un gel et d'une loi spéciale! —, de telles augmentations finissent évidemment par avoir des conséquences néfastes. Que l'on vive avec!

Certainement encouragée par les ratés de gestion de l'UQAM, qui continuent d'ailleurs de susciter la consternation, cette affirmation de la ministre invite à une réflexion désormais incontournable sur les limites de la gestion autonome quand on dépend si lourdement du financement public.

L'UdeM a consenti à des hausses aussi importantes parce qu'elle a accepté la base de négociation avancée par les professeurs, qui reposait sur le rattrapage des grandes universités de recherche membres du G10. Lorsque l'on pousse en effet la comparaison avec le reste du Canada, et que l'on avance ne serait-ce que le petit orteil en sol américain, le Québec fait figure de poids plume. Les droits de scolarité, le soutien du privé, les salaires des professeurs, le financement de la recherche: tout respire l'abondance dans la cour du voisin. Ici, soupirent les recteurs, il faut encore se battre pour le moindre denier.

La concurrence a beau venir de loin, c'est ici que l'université doit rendre ses comptes. La liberté et l'autonomie institutionnelles, dont les universitaires prennent un soin jaloux, seraient-elles en train d'atteindre leurs limites?

Dans nos tours du savoir, il y a pourtant belle lurette que l'on s'est mis à l'heure de l'«imputabilité», sans pour autant que la liberté soit entachée par une incursion de l'État ou l'ingérence de l'appareil politique. Les «contrats de performance» tentés au début des années 2000 ont marié le versement des subventions à l'atteinte de certaines cibles. Les recteurs se sont soumis à ce jeu comptable, qui s'est éteint au bout de son terme.

Le vent de concurrence qui emporte nos universités dans certaines folies coûteuses ne s'étouffera pas de sitôt. Et elles continueront en parallèle à être à la merci d'un financement presque exclusivement public. La compatibilité de ces deux tableaux se dégrade. Voici le temps venu de poser la question du financement public des universités sous l'angle des limites de l'autonomie institutionnelle.

***

machouinard@ledevoir.com






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  • Louis Lapointe
    Abonné
    dimanche 3 juin 2007 22h36
    Pour un financement adéquat des universités québécoises
    « Bonjour Mme Chouinard,

    De plus en plus, l'Université apparaît comme la solution à tous nos maux. Pas un jour ne passe sans qu'on entende un analyste nous dire qu'il faut réinvestir en éducation supérieure parce que c'est la clé du succès des sociétés prospères. Tellement, que le monde universitaire échappe à toute critique constructive. Car pour critiquer, il faut connaître. Or, comme l'Olympe à l'époque des Dieux grecs, peu de gens connaissent véritablement ce monde avec ses règles internes et ses secrets et ceux qui les connaissent se gardent bien de les révéler de peur que le commun des mortels décide de les changer.

    Il y a toutefois consensus à l'effet que la recherche universitaire fait progresser les sociétés et que la formation est un merveilleux outil d'avancement social. Les nanotechnologies, l'ingénierie médicale, la biotique et la pharmaceutique sont parmi les domaines où les universités québécoises peuvent le mieux tirer leur épingle du jeu. Nous sommes tous d'accord pour y investir massivement. Là où le bât blesse, c'est quand nos savants analystes proposent d'augmenter les droits de scolarité pour donner de l'oxygène aux universités.

    Les droits de scolarité ne servent aucunement à financer la recherche dans les universités. Les recteurs le savent et se gardent bien d'en souffler mot. Les droits de scolarité ne contribuent qu'au fond de fonctionnement général des universités en sus du financement gouvernemental. Ils servent à payer, en partie, le salaire des employés, des professeurs et les frais de fonctionnement généraux. Ce financement mixte est la première source de financement des universités.

    La construction des nouveaux édifices est exclue de ce financement et est l'objet d'un fond spécial du Ministère de l'Éducation qui établit un ordre de priorité des constructions. C'est le conseil du trésor qui approuve les projets avant d'en autoriser la réalisation. C'est la deuxième source de financement.

    Les grands organismes subventionnaires publics canadiens et québécois sont la troisième source de financement. Les professeurs y font des demandes de subventions pour soutenir leurs projets de recherche. Cet argent sert à payer les équipements spécialisés et les chercheurs qui sont souvent des étudiants gradués rémunérés à rabais malgré leur grande compétence. Rien n'assure d'ailleurs qu'ils deviendront professeurs un jour. Les fonds d'immobilisation et de recherche, contrairement au fonds de fonctionnement général, sont financés à 100 % par nos impôts.

    Les grandes fondations de recherche et les fondations universitaires sont la quatrième source de financement. Contrairement aux trois autres sources, ces revenus ne sont pas pris en compte dans le budget des universités et donc n'apparaissent pas au bilan officiel, même s'ils doivent être l'objet de divulgation au ministère de l'Éducation. Le fond de l'Université McGill est de loin le mieux pourvu et dépasse à lui seul toutes les sommes réunies de toutes les autres fondations universitaires. Ce qui explique pourquoi, pendant des années, on a prétendu que cette université était la plus sous financée des universités. On ne prenait pas en compte les revenus de fondation financés à même nos impôts collectifs par de généreuses déductions accordées aux plus riches donateurs de notre société.

    Enfin, il existe également les emprunts pour financer des besoins supplémentaires en locaux et équipements et les financements privés de la recherche dans le cadre de participation de l'entreprise privée.

    Donc, les frais de scolarité ne financent pas la recherche universitaire proprement dite. Toutefois, ils financent le salaire des professeurs, des chargés de cours et des autres personnels. On entend souvent protester les professeurs contre le haut taux d'encadrement le l'administration universitaire. Selon eux, cet argent devrait plutôt servir à embaucher de nouveaux professeurs parce que l'argent provient de la même source de financement. Parmi toutes les universités québécoises, les universités Laval et de Montréal sont celles qui comptent le plus grand nombre de cadres. D'autres, comme l'UQAM, en limitent le nombre, mais utilisent davantage les professeurs syndiqués pour accomplir des tâches administratives, comme celles de directeurs de département, de module, de programme et de vice-doyen. Elles libèrent leurs professeurs, qui ont des doctorats, de leurs activités d'enseignement et de recherche, pour faire de l'administration pédagogique. Avec pour principale conséquence, que des professeurs qui ont des compétences exceptionnelles pour l'enseignement et la recherche font surtout de l'administration. S'agit-il là d'un gain ou d'une perte de valeur pour accomplir des tâches qui nécessitent des qualifications différentes? On dit d'ailleurs que les professeurs, sauf exception, sont rarement de bons gestionnaires. Les récents dépassements de coûts dans différentes universités seraient-ils le reflet de cette réalité?

    Bien que la tâche normale d'un professeur soit constituée de 4 cours par année, par le jeu de ces dégrèvements d'enseignement, elle tombe à 2.75. Le calendrier universitaire ayant trois sessions, les professeurs d'université enseignent donc en moyenne moins de 1 cours par session, donc moins de trois heures par semaine. En comparaison, leurs collègues des Cégeps en donnent dix par année.

    Mais qu'est-ce qu'une tâche de professeur? C'est l'ensemble des activités que doit accomplir un professeur pour mériter pleinement son salaire. Cette tâche comporte des espaces pour l'enseignement, la recherche, l'administration et le rayonnement universitaire. Ces espaces ne sont pas nécessairement tous utilisés dans la même proportion et parfois certains ne le sont pas du tout. Ainsi, un professeur pourrait utiliser ses dégrèvements de tâche pour faire moins d'enseignement et plus de recherche. Certains font moins d'enseignement, de recherche et plus d'administration ou d'activités syndicales. Il existe même des professeurs qui n'enseignent pas, ne cherchent pas, font de l'administration pédagogique et de la représentation syndicale (sans être en conflit d'intérêts!).

    Mais ce n'est pas tout, un professeur peut également posséder d'autres emplois à l'extérieur de l'université. Dans certains cas, des règles limitant le maximum du revenu ou de temps consacré existent, mais il est difficile de sanctionner ces règles puisque les professeurs ne rendent pas compte de leur emploi du temps à l'administration universitaire au nom de la liberté académique universitaire. De toute façon, les représentants de l'administration sont des professeurs. On comprend facilement pourquoi ils n'exigent pas des autres professeurs ce qu'ils ne voudront pas qu'on exige d'eux lorsqu'ils retourneront à la tâche de simple professeur. D'autres professeurs, plus pragmatiques, déclarent que ces activités lucratives entrent à l'intérieur de la tâche de rayonnement universitaire et sont des occasions pour le professeur de maintenir ses habiletés professionnelles à jour tout en faisant mieux rayonner l'Université à l'extérieur du cénacle. Ceux qui n'ont pas de bureau à l'extérieur, utilisent parfois les locaux et le matériel de l'établissement pour rendre des services sur une base privée. D'où les fréquentes critiques des confrères du privé qui parlent alors de concurrence déloyale. En général, les plus habiles évitent ces critiques en ayant une place de travail dans une firme ou un cabinet du Centre-Ville. Ils sont, par le fait même, moins disponibles pour encadrer leurs étudiants.

    Il serait toutefois injuste de mettre tous les professeurs dans le même panier et de prétendre que ce sont tous des profiteurs qui gagnent 100,000 $ par année en fournissant le minimum d'efforts. Les meilleurs sont souvent ceux qui réussissent à enseigner à tous les cycles, encadrent des étudiants gradués, ramassent les subventions de recherche les plus prestigieuses et les mieux pourvues, innovent, donnent des conférences partout dans le monde. Ils ne sont toutefois pas légion et sont hors du commun. Par contre, il pourrait y avoir plus de ces professeurs exceptionnels, qui se gardent bien de critiquer leurs confrères de peur d'être la victime des chapelles universitaires, si l'université était plus juste à leur égard.

    Beaucoup de jeunes professeurs se plaignent que plusieurs titulaires enseignent les mêmes cours depuis des décennies, ne cherchent plus, passent plus de temps dans leur emploi extérieur et ne sont pas dans leurs officines pour effectuer un encadrement adéquat de leurs étudiants, pendant qu'eux, s'échinent à construire de nouveaux cours, font progresser la recherche de pointe et encadrent la relève dans les domaines qu'ils sont les seuls à maîtriser, et cela, pour la moitié du salaire de leurs aînés. Un professeur ne devrait pas continuer à gravir les 36 échelons des échelles de salaire universitaires s'il ne consacre pas le temps requis à sa tâche universitaire, en particulier à la recherche.


    Il faut donc revoir la gestion de la tâche et la rémunération des professeurs d'université à cause des iniquités qu'elles suscitent entre jeunes et vieux professeurs, ceux qui cherchent et ceux qui ne cherchent pas, ceux qui se consacrent aux missions d'enseignement et de recherche et ceux qui s'occupent surtout de leur second emploi mieux rémunéré que leur autorise leur convention collective et que l'on considère souvent, à tort, comme du rayonnement universitaire. Les meilleurs salaires devraient être versés aux meilleurs chercheurs et professeurs qui consacrent tout leur temps à la poursuite de la vraie mission universitaire, peu importe leur âge ou l'avancement de leur carrière.

    Toutefois, cette exigence de rigueur ne doit pas nous faire perdre de vue que si nous voulons retenir nos meilleurs chercheurs pour que la recherche progresse dans nos universités, nous devons y investir massivement et collectivement. Il faut donc augmenter la part des fonds publics versés aux grands organismes subventionnaires québécois pour qu'ils puissent mieux soutenir les efforts de nos meilleurs chercheurs québécois. Comme je l'expliquais plus haut, ce financement provient essentiellement de nos impôts, pas des droits de scolarité.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Guy Archambault
    Abonné
    lundi 4 juin 2007 04h42
    Privatiser les universités
    « Pourquoi ne pas privatiser toutes les universités ? Dans une première étape, il faudrait rendre complètement autonomes toutes les Facultés formant des professionnels :
    Médecine, HEC, Poly, Architecture, Agronomie. etc. en les transformant en coopératives où les professeurs détiendraient tous les pouvoirs en Assemblée générale.

    Dans une deuxième étape, chacune de ces Écoles aurait le devoir de viser l'équilibre budgétaire et autofinancer tous les coûts directement liés à leur mission de formation professionnelle uniquement à l'aide des droits de scolarité. L'État accorderait aux étudiants des prêts et des bourses en conséquence; chaque étudiant serait libre de choisir la Grande École de son choix, qu'elle se situe au Québec, au Canada, aux États-Unis ou en Europe.

    Par exemple, si, pour arriver à l'équilibre budgétaire, l'École de médecine devait fixer les droits de scolarité à 100,000.00$ pour la première année, et à 200,000$ les années suivantes, l'État québécois pourraitent accorder directement à chaque étudiant sous forme de prêt 90% de cette somme et en bourse 10%. À la fin de ses études, chaque étudiant, pourrait rembourser sa dette en s'engageant à travailler à salaire de cinq à dix ans (selon la spécialité choisie pour ses études et la durée de ces dernières) dans un endroit choisi par le Ministère de la santé,

    Pour les facultés non directement professionnelles (mathématique, physique, philosophie, chimie, biologie, littérature, archéologie, etc), on pourrait créer pour la majorité d'entre elles, à partir de certains cègeps existant, des collèges universitaires chargés de la " transmission des savoirs " réalisée au premier cycle; les facultés se réserveraient les niveaux d'études directement impliquées dans la recherche et le développement de nouveaux savoirs. On pourrait en profiter pour transférer à ces cégeps universitaires le boulet que constituent les " esclaves ", à savoir les chargés d'enseignement au premier cycle, et leur donner enfin une sécurité d'emploi et une fierté bien méritée.

    Ces Facultés, et les Écoles professionnelles, verraient le financement de leur mission de recherche assurée par des subventions gouvernementales provinciales et fédérales. L'État québécois ne devrait quant à lui ne subventionner que les projets de recherche appliquée qui rapportent directement à la collectivité québécoise (à court, moyen ou long terme) et laisser les nations riches (Canada, État-Unis, etc.) ou des Fondations philanthropiques subventionner des recherches plus universelles (comme celle sur l'utiilisation de la première cuillère en étain au Pérou dans la civilisation Inca ou la recherche du tombeau de Champlain).

    Une économie appréciable serait réalisée au premier cycle car il a été prouvée que la formation au niveau collégial coûte de deux à trois fois moins cher qu'à l'université. La première économie viendrait du fait que l'obtention d'un diplôme de premier cycle se ferait au collège universitaire en deux ans plutôt que trois. En effet, pour donner l'équivalent de 90 crédits, à 15 heures de cours par semaine à l'université, cela prend trois ans de cours. Tandis qu'au cégep on réussirait, avec 23 heures de cours par semaine, à donner l'équivalent de 92 crédits en deux ans.

    La deuxième économie viendrait du coût moindre occasionnée à tous en gardant en région pendant deux années de plus les nombreux étudiants obligés de s'expatrier à Montréal, Sherbrooke ou Québec.

    La troisième économie provient de la comparaison actuelle entre les coûts globaux de formation d'un étudiant au cégep et ceux d'un étudiant à l'université. Dans les Facultés non professionnelles, dans les années 90, la formation d'un étudiant de premier cycle coûtait environ 12,000$ par année, tandis qu'au cégep elle ne coûtait que 7000$ par année.

    Donc, sans compter les économies engendrées par le prolongement des études en région, l'obtention d'un bac. aurait coûté dans les années 90 environ 14,000$ par étudiant dans un collège universitaire, et 36,000$ à l'université.

    Évidemment, pour arriver à ce changement majeur, il faudrait qu'on arrête de snober les cégeps, qu'on arrête d'insinuer que malgré leurs 40 d'expérience, les cégeps sont tout à fait incapables de donner une formation de qualité dans les dommaines où seule la transmission des savoirs est en cause et de prétendre que les chargés de cours universitaires ne sont bons que parce qu'ils sont encadrés par des Titulaires et des Agrégés.

    Guy Archambault »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    lundi 4 juin 2007 09h45
    Le choix du gouvernement
    « La bonne gestion des universités québécoises ne peut impliquer nécessairement le maintien de leur position concurrentielle à long terme. Si les universités concurrentes sont elles aussi bien gérées et si elles reçoivent un financement sensiblement supérieur aux universités québécoises, elles devanceront ces dernières de plus en plus.

    Le Gouvernement du Québec doit, non seulement faire en sorte que les universités aient une structure adéquate de gestion et qu'elles soient imputables, mais il doit également s'assurer d'un financement adéquat (subventions et droits de scolarité). D'une certaine façon, c'est à lui de choisir le positionnement concurrentiel à long terme des universités québécoises qui n'ont pas un apport important de fonds privés. La mauvaise gestion des universités ne peut expliquer qu'une performance inférieure à cette cible.

    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques
    Association des économistes québécois »

  • Michel Seymour
    Abonné
    mercredi 6 juin 2007 16h20
    Une situation précaire à l'Université de Montréal par Laurent McFalls et Michel Seymour
    « Dans son éditorial du 4 juin (« Entre l'État et la concurrence »), Marie-Andrée Chouinard reprend l'argument de la Ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne selon lequel la gourmandise salariale du corps professoral de l'Université de Montréal serait à l'origine de l'important déficit de fonctionnement de cette institution. On ne sera pas surpris qu'une ministre invente des histoires dans le but d'occulter le sous-financement chronique de l'éducation post-secondaire. Par contre, le manque d'esprit critique de l'éditorialiste face aux fabulations de la ministre a quelque chose d'inquiétant.

    Un rappel des faits concernant les salaires des professeurs et le gouffre financier de l'Université de Montréal s'impose. Le rattrapage salarial par rapport aux autres grandes universités canadiennes n'était pas « la base de négociation avancée par les professeurs ». Il s'agissait d'une nécessité reconnue et promise par la direction de l'Université. En effet, les représentants de l'université et les représentants syndicaux ont signé ensemble le 6 septembre 2005 une étude réalisée conjointement en 2004-2005 sur les salaires des universités du G10. Or cette étude montre d'une part que l'Université de Montréal était au dernier rang du G10, et d'autre part, que l'écart salarial par rapport à McGill était de l'ordre de 7 %. Si les professeurs, qui sont d'ailleurs accoutumés à être sous-payés par rapport à leurs compétences, se sont retrouvés sur des lignes de piquetage, ce n'était pas parce qu'ils convoitaient les salaires de niveau ontarien ou américain, mais bien parce que l'université a refusé de respecter son engagement et parce qu'ils étaient outrés du mépris affiché par une direction qui plaidait la pénurie tout en s'octroyant des hausses et des primes salariales allant de 10 à 60% par année.

    Les hausses finalement obtenues par le corps professoral le placent quand même toujours à un niveau inférieur aux salaires des collègues de certaines autres universités ...montréalaises. Il faut savoir, en effet, que la part de l'augmentation relative aux indexations salariales est de 8,8% sur trois ans (donc inférieure à 3% par année en moyenne), alors que la part de rattrapage salarial par rapport à la moyenne du G10 est de 5,7%, ce qui ne comble pas l'écart avec McGill au 1er juin 2005. Nos indications actuelles montrent d'ailleurs que les professeurs de l'Université de Montréal ont toujours des salaires inférieurs à leurs collègues de McGill. Au total, les augmentations salariales des professeurs de l'Université de Montréal ne représentent que 5,3M$ annualisés. Or le gouvernement du Québec verse déjà 2% d'augmentation par an au secteur public selon son cadre budgétaire, et la différence que l'Université doit assumer est inférieure à 2,5M$ par an. Le déficit 2006-2007 (prévu) est de 16,8 millions. Le pourcentage de ce dernier qui serait imputable à l'augmentation de la rémunération des professeurs est de 17,2% seulement. Par rapport au déficit de 2007-08 de 20M$, cela représente moins de 15% du déficit. Il est donc faux de prétendre que les salaires des professeurs sont la cause du déficit budgétaire de l'Université de Montréal. Il faut chercher ailleurs la cause de ce déficit. Le sous-financement chronique des universités, l'achat du terrain de la gare de triage et l'emprunt de 120M$ fait par la direction de l'Université de Montréal, qui est directement imputé au Fonds de fonctionnement (plutôt qu'au Fond d'immobilisation), sont selon nous de meilleurs éléments pour expliquer ce déficit.

    Les difficultés budgétaires de l'Université de Montréal ne sont donc pas à mettre sur le dos de ses professeurs. Contrairement à ce que laisse entendre l'éditorialiste du Devoir, l'Université de Montréal n'est pas confrontée à un dérapage des salaires (exception faite de sa « très haute administration ») alors que l'UQAM serait victime de sa spéculation immobilière. Toutes les universités québécoises souffrent autant d'un sous-financement politiquement voulu que de la mégalomanie immobilière. Ainsi une partie significative du déficit de fonctionnement de l'Université de Montréal découle du financement des dettes encourues par des projets de développement aussi spectaculaires et spéculateurs que celui de la gare de triage d'Outremont.

    Laurent McFalls
    Professeur
    Université de Montréal

    Et

    Michel Seymour
    Professeur
    Université de Montréal »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    vendredi 8 juin 2007 08h39
    Scandale systémique dans le réseau universitaire
    « Il y a un grand scandale systémique dans le réseau universitaire québécois: alors que la population anglophone du Québec est de l'ordre de 10 % de la population totale, les universités anglophones du Québec reçoivent autour de 25 % des subventions gouvernementales. Et en plus, elles reçoivent ces fonds en partie pour former des étudiants venus d'autres provinces, des Etats-Unis et d'ailleurs qui viennent profiter ici des faibles frais de scolarité pour ensuite retourner à l'extérieur du Québec monnayer le fruit de leurs études.

    Les universités anglophones du Québec sont sur-subventionnées relativement au poids démographique des anglophones, alors que les universités francophones sont sous-financées. La majorité francophone est désavantagée.

    À quand des mesures concrètes pour corriger cette situation absurde?

    Raymond Saint-Arnaud »

  • Pierre Trudel
    Inscrit
    vendredi 8 juin 2007 10h47
    Des déficits qui découlent des décisions de sous-finaner
    « Il est indécent d'entendre que les déficits des universités serait causés par une rémunération trop généreuse versée aux professeurs et à leurs autres personnels. Toutes les données, y compris celles qui sont compilées par les directions des universités démontrent que les universitaires d'ici sont moins bien rémunérés que leurs homologues d'ailleurs. Il est grand temps que l'on dise haut et fort que les déficit des universités sont la conséquence implacable des choix que l'on fait au Québec de donner priorité à d'autres choses que l'éducation supérieure. Il est en effet agaçant de lire ces commentaires qui, tout en disant que les universitaires méritent d'être payés correctement, excusent et justifient les décisions déplorables qui ont pour effet de précariser les universtés et les autres composantes du système d'éducation.

    Pierre Trudel, professeur
    Titulaire de la Chaire L.R. Wilson sur le droit des technologies de l'information et du commerce électronique
    Centre de recherche en droit public
    Faculté de droit
    Université de Montréal
    C.P. 6128, succursale Centre-ville
    Montréal QC Canada H3C 3J7
    téléphone: (514) 343-6263
    télécopieur: (514)343-7508

    www.chairelrwilson.net »

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