Chiffres et moyenne: une décision controversée
Micheline-Joanne Durand - Professeure, Département d'administration et fondements de l'éducation de l'Université de Montréal
4 juin 2007
Éducation
Lettre à la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne - «Grignote est un jeune garçon de 15 ans qui n'aime pas vraiment l'école. Par un bel après-midi du mois de mai, il arrive à l'atelier d'ébénisterie de son grand-père qui fabrique des pattes de table. Celui-ci lui offre l'occasion d'apprendre à utiliser le tour à bois. Et voici Grignote qui se met au travail sous l'oeil avisé de son grand-père. Grâce aux bons conseils de grand-papa qui l'aide à s'ajuster, le voilà qui réussit une patte parfaite dès le troisième essai. Le grand-père est très fier de son petit-fils alors que celui-ci s'en va tout triste en disant:
— Tu vois, grand-papa, murmura-t-il, j'ai encore échoué aujourd'hui. La première patte, ça a été un gros zéro. La deuxième, ça valait à peine 40 %. Alors, même si tu me donnes 100 % pour celle-ci, ça ne me donnera que 47 % de moyenne.
— Mais, voyons, Grignote, s'étonne le grand-père. Tu vois bien que tu es maintenant capable de travailler sur un tour à bois!
— Tu ne comprends pas, grand-papa. Tu n'es pas allé à l'école assez longtemps.»
Voilà la façon par laquelle nous commençons, à l'Université de Montréal, nos cours sur l'évaluation des apprentissages destinés aux étudiants des différents baccalauréats en enseignement. Cette allégorie, (tirée de Allégories II, Croissance et harmonie, de Michel Dufour, 1997) sert à illustrer l'opposition qui existe entre le rôle de l'évaluation avant et après le renouveau pédagogique.
Dans quel contexte vous situez-vous, Madame la Ministre? Voulez-vous amener les élèves à développer des compétences en fonction d'un but à atteindre, tel l'alpiniste qui gravit sa montagne ou les situer les uns par rapport aux autres sans tenir compte de leur cheminement personnel, tel le cycliste dans son peloton? Voulez-vous favoriser un élève qui réussit au premier essai et décourager celui qui subit un échec qui sera comptabilisé tout au long de son cheminement?
En ce qui nous concerne, le bulletin est la dernière étape de la démarche d'évaluation qui vise à transmettre une information claire et simple aux parents. Utiliser des pourcentages et des moyennes dans les bulletins implique de modifier les pratiques évaluatives qui la sous-tendent. Avant d'être capable de porter un jugement professionnel sur une compétence, il faut avoir observé ses manifestations dans plusieurs contextes.
Il nous semble donc difficile de déterminer si un élève est compétent à l'aide d'une somme d'éléments disparates. Nous pensons que la mise en place d'un bulletin en pourcentages favorisera le cumul de connaissances mémorisées au détriment de l'évaluation des connaissances construites.
La décision que vous avez prise aujourd'hui, Madame la Ministre, soulève plus de questions qu'elle ne résout de problèmes!
— Tu vois, grand-papa, murmura-t-il, j'ai encore échoué aujourd'hui. La première patte, ça a été un gros zéro. La deuxième, ça valait à peine 40 %. Alors, même si tu me donnes 100 % pour celle-ci, ça ne me donnera que 47 % de moyenne.
— Mais, voyons, Grignote, s'étonne le grand-père. Tu vois bien que tu es maintenant capable de travailler sur un tour à bois!
— Tu ne comprends pas, grand-papa. Tu n'es pas allé à l'école assez longtemps.»
Voilà la façon par laquelle nous commençons, à l'Université de Montréal, nos cours sur l'évaluation des apprentissages destinés aux étudiants des différents baccalauréats en enseignement. Cette allégorie, (tirée de Allégories II, Croissance et harmonie, de Michel Dufour, 1997) sert à illustrer l'opposition qui existe entre le rôle de l'évaluation avant et après le renouveau pédagogique.
Dans quel contexte vous situez-vous, Madame la Ministre? Voulez-vous amener les élèves à développer des compétences en fonction d'un but à atteindre, tel l'alpiniste qui gravit sa montagne ou les situer les uns par rapport aux autres sans tenir compte de leur cheminement personnel, tel le cycliste dans son peloton? Voulez-vous favoriser un élève qui réussit au premier essai et décourager celui qui subit un échec qui sera comptabilisé tout au long de son cheminement?
En ce qui nous concerne, le bulletin est la dernière étape de la démarche d'évaluation qui vise à transmettre une information claire et simple aux parents. Utiliser des pourcentages et des moyennes dans les bulletins implique de modifier les pratiques évaluatives qui la sous-tendent. Avant d'être capable de porter un jugement professionnel sur une compétence, il faut avoir observé ses manifestations dans plusieurs contextes.
Il nous semble donc difficile de déterminer si un élève est compétent à l'aide d'une somme d'éléments disparates. Nous pensons que la mise en place d'un bulletin en pourcentages favorisera le cumul de connaissances mémorisées au détriment de l'évaluation des connaissances construites.
La décision que vous avez prise aujourd'hui, Madame la Ministre, soulève plus de questions qu'elle ne résout de problèmes!
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