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L'UQAM savait dès 2005

Dès décembre 2005, le recteur Roch Denis et la direction de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) savaient que l'îlot Voyageur devenait un risque pour la santé financière de l'établissement. C'est à ce moment que la firme de notation de crédit Dominion Bond Rating Service (DBRS) les a prévenus que le projet n'était pas rentable et que son maintien intégral entraînerait une décote.

L'avertissement était on ne peut plus clair. «Les revenus additionnels [provenant du gouvernement, de l'exploitation du stationnement, des résidences étudiantes et de la tour de bureaux] ne couvriront pas entièrement l'augmentation du service de la dette à moyen terme, faisant pression sur le budget global de l'UQAM», indiquait la firme DBRS huit mois après que le feu vert eut été donné au chantier de l'îlot Voyageur.

Le 8 février 2006, DBRS passe aux actes. L'incertitude quant à une participation financière de dix millions du gouvernement du Québec au volet pédagogique du projet justifie la décote. Le même jour, la firme Moody's en fait autant et explique qu'un dépassement de coûts et des délais de construction de l'îlot Voyageur pourrait avoir un impact négatif sur les liquidités de l'UQAM.

À ce jour, l'UQAM a toujours soutenu n'avoir pris conscience des problèmes occasionnés par ses projets immobiliers du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur qu'en août 2006. Du côté du gouvernement, on assure n'avoir été placé devant les faits qu'en novembre 2006.

Le député du Parti québécois François Legault a brandi hier à l'Assemblée nationale les documents des firmes new-yorkaises, se demandant si elles connaissaient mieux la situation financières de l'UQAM que le gouvernement. Pour le critique en matière de finances, le gouvernement ne peut pas prétendre qu'il s'agit d'une surprise.

Selon la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, ce dossier est le «fiasco de l'UQAM». Elle a martelé que le gouvernement n'en a rien su — tout comme le conseil d'administration de l'établissement, a-t-elle précisé — avant l'automne dernier.

Ministre de l'Éducation au moment de la décote, Jean-Marc Fournier a indiqué hier qu'il ne savait pas que l'université éprouvait quelque difficulté que ce soit au début de 2006. «Non seulement on n'était pas au courant de ça, c'est [même] le contraire: ça allait bien au Complexe des sciences, même que ça avait respecté les échéanciers et les coûts», a avancé Jean-Marc Fournier.

Ce sont les révélations du Devoir au sujet de l'impasse de 40 millions au Complexe des sciences en novembre dernier qui l'ont mis au parfum. Et même à ce moment-là, a-t-il souligné, le président du conseil d'administration l'a assuré que tout allait bien à l'îlot Voyageur.

Selon ses dires, Jean-Marc Fournier aurait été berné par le recteur Roch Denis lors de l'inauguration du Complexe des sciences, en janvier 2006. «Dans une séance publique de l'Université du Québec où il y avait plus de 200 personnes, le recteur nous a dit que tout allait bien. Le conseil d'administration l'a dit», a relaté le ministre.

En avril 2006, le ministère des Finances avait pourtant été contraint d'intervenir dans cette affaire puisque l'UQAM avait décidé, sans prévenir Québec, d'émettre des obligations de 269 millions de dollars qui risquaient de perturber les marchés financiers. Les Finances ont tout acheté sur-le-champ, prévenant le ministre d'alors, Michel Audet, et le ministère de l'Éducation. Des questions ont été posées à l'UQAM mais aucune intervention n'a été entreprise.

Ce bloc d'obligations faisait suite à celles de 150 millions de dollars émises en 2004 par l'UQAM pour financer notamment le Complexe des sciences. Au total, l'UQAM est donc allée chercher 419 millions sur le marché obligataire afin de financer ses projets immobiliers. Cet élément du dossier doit être mis en perspective par rapport aux augmentations successives de la marge de crédit de l'UQAM.

En mai 2004, l'UQAM obtient une hausse qui fait passer sa marge de crédit de 90 millions à 175 millions. Un an plus tard, elle revient à la charge et réclame que sa marge de crédit fasse un bond de 100 millions, s'élevant désormais à 275 millions. Encore récemment, l'UQAM a demandé au réseau de l'Université du Québec de l'autoriser à négocier une nouvelle hausse de 75 millions de sa marge de crédit, ce qui l'aurait portée à 350 millions. L'UQAM s'est heurtée à une fin de non-recevoir.

L'endettement considérable de l'UQAM aura des conséquences directes sur le fonctionnement de l'établissement. Comme Le Devoir le révélait hier, l'ébauche du plan de redressement que l'UQAM doit déposer au plus tard le 15 juin prévoit en effet une ponction de 15 millions dans les dépenses de fonctionnement au cours des deux prochaines années, soit cinq millions en 2007-08 et dix millions l'année suivante. Sur le campus, on évoque déjà le gel possible de l'embauche de professeurs et l'augmentation du nombre d'étudiants dans les cours. Le déficit de l'université devrait s'élever à 41 millions en 2007-08.

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, rencontrait par ailleurs hier soir à Montréal tous les recteurs de la province lors d'une réunion de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). La situation financière de l'UQAM et, plus largement, les projets de développement immobilier universitaires figuraient au coeur des discussions.

La ministre Courchesne a exposé les «grandes lignes» des mesures que son gouvernement entend prendre pour éviter que la saga uqamienne ne se reproduise ailleurs. Soulignant qu'il s'agissait d'une rencontre privée, Mme Courchesne s'est abstenue de préciser publiquement comment elle entend baliser les ambitions immobilières des universités. Déjà, la semaine dernière, la ministre Jérôme-Forget indiquait qu'il était «aberrant» que les universités puissent entreprendre des projets de construction sans avoir obtenu au préalable l'autorisation du gouvernement.

«Nous avons eu une bonne discussion», s'est contenté de déclarer le président sortant de la CREPUQ, Michel Pigeon, au terme de la rencontre d'une heure avec la ministre Courchesne. M. Pigeon ayant été défait à la course au rectorat de l'Université Laval, il sera remplacé à la tête de la CREPUQ par la rectrice de l'université McGill, Heather Munroe-Blum, élue lors du conseil d'administration hier.

***

Avec la collaboration de Robert Dutrisac






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  • Bruno Giroux
    Abonné
    vendredi 18 mai 2007 08h07
    Médias, merci!
    « Depuis quelques années, ce sont très très souvent les médias qui, avec des moyens réduits par rapport à ceux dont disposent nos gouvernements, ont monté des dossier très étoffés qui ont étalé au grand jour des situations qui s'avéraient être des « scandales ».

    Des émissions comme « J.E. » et « La Facture » ont fait connaître au grand public un très grand nombre de ces situations. La plupart du temps, ce ne sont pas des fonctionnaires bien payés avec, pour les défendre, des batteries d'avocats rémunérés par l'État, qui étaient impliqués mais plutôt de simples citoyens que le système avaient abandonnés.

    Une grande interrogation demeure. Comment se fait-il que dans un état dit moderne, alors que le moindre projet demande des permis de toutes sortes, souvent laborieux à obtenir, que les plans sont la plupart du temps préparés par des personnes bardées de diplômes universaires, il soit si difficile de mettre en place des mécanismes de surveillance à la fois pour protéger les citoyens et pour rendre imputables des personnes clairement identifiées?

    Je me permets une suggestion de plus. Tous les intervenants à un projet devrait payer une prime à un organisme assureur indépendant qui devrait indemniser les victimes de ces ratés. Cet organisme aurait le pouvoir d'identifier les coupables et de les faire payer pour leurs fautes. »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    vendredi 18 mai 2007 10h21
    Impasse à L'UQAM
    « L'UQUAM est trop bien placée : au coeur du triangle émoussé de la politique actuelle en matière de développement des savoirs.

    Comme chacun le sait, en fortifiant ses assises au coeur du quartier latin, l'UQAM se situait à l'antichambre de dévoiler son jeu après construction : la création d'une faculté de Médecine. Ce geste essentiel pour le maintien de l'infrastructure de la santé au Québec, se devait d'avorter dans l'oeuf. Un lobby tout aussi sous-terrain que les intentions de l'UQAM, s'est constitué côté McGill et UDM pour que le plan de l'Université du Québec échoue. Je crois que nous devrions aussi mettre sur la glace, les deux grands chantiers des universités montréalaises en matière de méga hôpitaux pour repenser le développement du réseau universitaire du Québec dans la perspective de la santé des baby boomers qui est intimement liée aux enjeux du nouveau paradigme.

    L'Implosion de l'UQAM vient de fournir le meilleur argument au gouvernement minoritaire de Charest pour mettre un frein aux méga dépenses et planifier en ville, comme en région, l'infrastructure de demain.
    Tous ces grands projets se montent et se financent en vase clos, la vérité n'éclate qu'après fiasco et bavures. Encore une fois, l'intervention citoyenne doit se faire plus actuelle, plus factuelle, plus pressante, et plus impérieusement incisive afin de mettre un frein à la dérive mégalomaniaque de nos élites bien pensantes.

    Sherbrooke, Laval, Concordia sont aussi des joueurs sous exploités, habitués que nous sommes à faire dériver les subsides aux profits des plus forts au détriment des meilleurs.

    Repenser :

    - Le développement des infrastructures universitaires
    - Revoir le planning de la science de la santé dans la perspective de la dotation des facultés de médecines présentes et à venir
    - Et surtout mettre un frein aux méga projets centralisateurs qui n'ont rien à voir avec les exigences de la mosaïque fluide du nouveau paradigme et des besoins des régions.

    L'intelligence c'est d'endiguer les ambitions des universitaires qui se servent de toutes les ressources de la manipulation médiatique pour mettre en oeuvre des projets de prestige qui vont à l'encontre de leurs projets éducatifs et surtout, des intérêts de la population.

    À l'encontre de son projet éducatif, l'UQAM s'apprête à augmenter ses frais aux étudiants. Son projet d'infrastructure doit se poursuivre, certes, mais avec des objectifs :

    - plus modestes
    - plus réalistes
    - plus conforme avec une politique de développement des savoirs qui n'existe pas.

    Lorsque Madame Forget attaque l'ancien recteur de l'UQAM, elle met le doigt sur ses deux projets de méga centres hospitaliers. Elle accuse le gouvernement Charest d'errance et elle a raison.

    L'opposition pour sa part : péquistes et adéquistes, doit faire son travail et pondre en contre partie, une ébauche de vision du développement des savoirs en fonction d'une courbe démographique qu'elle semble ignorer bien qu'elle prétende le contraîre.

    Nous nageons dans l'incompétence d'un gouvernement minoritaire dans lequel les trois pointe du triangle sont brisées par la pratique impénitente d'un onanisme parlementaire de tradition dans lequel bien peu de substance n'est émise pour féconder la nouvelle infrastructure sociétale. La condition citoyenne est une veuve féconde qui attend des prétendants qui s'amusent avec l'objet du désir parce qu'ils n'ont pas la force morale, intellectuelle, éthique, de faire des proposition viables à la société des années 2000.

    Nous avons un gouvernement minoritaire parce que nous ne méritons pas plus. Le chantier de l'UQAM est la traduction parfaite de l'état du chantier politique et social actuel. Nous jetons le discrédit sur ce que nous sommes devenus par manque de pragmatisme et de rigueur intellectuelle.
    Allez ouste fainéants de la chambre : au travail. Cessez cette campagne électorale stérile. Nous venons juste de déposer notre vote et le jugement de la population n'est pas élogieux à votre égard.
    Prenez-en bonne note et agissez.

    «Il n'y a rien de plus ennuyeux qu'une réunion électorale. Un jour, je me suis endormie pendant mon propre discours.» Simone Veil

    Pierre Castonguay »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 18 mai 2007 14h55
    Quel jouissance !
    « Quelle jouissance doivent éprouver des intellectuels à jouer aux entrepreneurs en construction ! Cette jouissance ne doit rien avoir à envier à celle des hauts fonctionnaires qui jouent à place l'argent public.
    Roland Berger
    London, Ontario »

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