Encore des coupables !
La crise financière à l'UQAM a agité le théâtre politique cette semaine avec une question centrale: qui sont les responsables? On sait maintenant que dans la cour gouvernementale, plusieurs voyants rouges avaient été allumés sans que soit enclenchée quelque véritable opération de sauvetage.
Décidément, plus on avance dans ce dossier, plus les fautifs potentiels se multiplient! Après avoir tenté de comprendre qui, à l'UQAM, avait pu causer une telle catastrophe, c'est maintenant sur la scène gouvernementale que se porte l'attention.
On apprenait cette semaine que dès avril 2006, le ministère des Finances avait racheté des obligations de 269 millions de dollars émises pour l'UQAM, et ce, à cause d'un taux d'intérêt anormalement élevé. Le sous-ministre associé Bernard Turgeon a reconnu avoir été secoué par un excès de colère — il était «en calvaire!» — lorsqu'on l'a informé de cette transaction inhabituelle.
Or, mitraillée par les deux partis d'opposition en Chambre pour son inaction apparente, la faction libérale soutient que ce n'est que l'automne suivant, à la lecture des révélations du Devoir, qu'elle a compris que l'UQAM était en difficulté.
Pourtant, tout était en place depuis bien longtemps pour qu'on s'inquiète et qu'on agisse! Déjà, en décembre 2005, un avertissement sévère émanait de la firme de cotation DBRS. En février 2006, Moody's allumait un autre clignotant. En décembre de la même année, c'était la première décote, bientôt suivie d'une seconde.
Des marges de crédit totalisant 275 millions de dollars ont été autorisées par les instances officielles. Au total, c'est d'obligations de 419 millions que l'UQAM se porte garante. À la lecture de ce tableau accablant, qui pourra dire que c'était insuffisant pour annoncer la déconvenue?
De la bouche de la grande argentière du gouvernement, Monique Jérôme-Forget, les condamnations ont fusé cette semaine. La ministre a multiplié les sarcasmes à l'endroit du recteur démissionnaire, Roch Denis. Un «pauvre monsieur» complètement «à côté de la plaque». Un homme associé à «un héros» mais qui dirigeait finalement «un château de cartes». Un recteur dont le «gène masculin» a été titillé par l'appel de la «pépine». Quelle mouche a donc piqué la ministre?
Emportée par cet élan qui étonne et détonne, Mme Jérôme-Forget tente-t-elle, par cette agressivité hors du commun, de diriger l'attention sur le seul des coupables identifié à ce jour, épargnant du coup tous les autres? Les faits l'indiquent maintenant: ou le ministre de l'Éducation d'alors, Jean-Marc Fournier, ou les sbires du ministère des Finances très au fait des communiqués de DBRS et de Moody's — et fort probablement toutes ces personnes! — étaient au courant. Ils auraient dû intervenir pour éviter le pire.
À l'époque, le gouvernement Charest et les universités faisaient front commun pour convaincre Ottawa de délier les cordons de sa bourse. Un scandale universitaire à saveur financière et immobilière aurait entaché cette démarche politique, ce qui explique peut-être cette passivité. En explosant aujourd'hui plutôt qu'alors, cette bombe cause toutefois de bien plus grands dommages.
***
machouinard@ledevoir.com
Décidément, plus on avance dans ce dossier, plus les fautifs potentiels se multiplient! Après avoir tenté de comprendre qui, à l'UQAM, avait pu causer une telle catastrophe, c'est maintenant sur la scène gouvernementale que se porte l'attention.
On apprenait cette semaine que dès avril 2006, le ministère des Finances avait racheté des obligations de 269 millions de dollars émises pour l'UQAM, et ce, à cause d'un taux d'intérêt anormalement élevé. Le sous-ministre associé Bernard Turgeon a reconnu avoir été secoué par un excès de colère — il était «en calvaire!» — lorsqu'on l'a informé de cette transaction inhabituelle.
Or, mitraillée par les deux partis d'opposition en Chambre pour son inaction apparente, la faction libérale soutient que ce n'est que l'automne suivant, à la lecture des révélations du Devoir, qu'elle a compris que l'UQAM était en difficulté.
Pourtant, tout était en place depuis bien longtemps pour qu'on s'inquiète et qu'on agisse! Déjà, en décembre 2005, un avertissement sévère émanait de la firme de cotation DBRS. En février 2006, Moody's allumait un autre clignotant. En décembre de la même année, c'était la première décote, bientôt suivie d'une seconde.
Des marges de crédit totalisant 275 millions de dollars ont été autorisées par les instances officielles. Au total, c'est d'obligations de 419 millions que l'UQAM se porte garante. À la lecture de ce tableau accablant, qui pourra dire que c'était insuffisant pour annoncer la déconvenue?
De la bouche de la grande argentière du gouvernement, Monique Jérôme-Forget, les condamnations ont fusé cette semaine. La ministre a multiplié les sarcasmes à l'endroit du recteur démissionnaire, Roch Denis. Un «pauvre monsieur» complètement «à côté de la plaque». Un homme associé à «un héros» mais qui dirigeait finalement «un château de cartes». Un recteur dont le «gène masculin» a été titillé par l'appel de la «pépine». Quelle mouche a donc piqué la ministre?
Emportée par cet élan qui étonne et détonne, Mme Jérôme-Forget tente-t-elle, par cette agressivité hors du commun, de diriger l'attention sur le seul des coupables identifié à ce jour, épargnant du coup tous les autres? Les faits l'indiquent maintenant: ou le ministre de l'Éducation d'alors, Jean-Marc Fournier, ou les sbires du ministère des Finances très au fait des communiqués de DBRS et de Moody's — et fort probablement toutes ces personnes! — étaient au courant. Ils auraient dû intervenir pour éviter le pire.
À l'époque, le gouvernement Charest et les universités faisaient front commun pour convaincre Ottawa de délier les cordons de sa bourse. Un scandale universitaire à saveur financière et immobilière aurait entaché cette démarche politique, ce qui explique peut-être cette passivité. En explosant aujourd'hui plutôt qu'alors, cette bombe cause toutefois de bien plus grands dommages.
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