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UQAM: 15 millions de moins pour l'enseignement

L'Université du Québec à Montréal envisage de faire des compressions de l'ordre de 15 millions de dollars en enseignement au cours des deux prochaines années afin de répondre aux exigences du gouvernement et d'obtenir la subvention retenue, a appris Le Devoir. Selon les informations recueillies par Le Devoir, l'UQAM proposerait de couper cinq millions dans ses dépenses de fonctionnement pour l'année 2007-08 et dix autres millions l'année suivante. Dans la colonne des revenus, la direction proposera de puiser cinq millions supplémentaires dans les poches des étudiants, sous la forme de frais afférents additionnels de 80 $ par semestre pour un étudiant à temps plein.

Fait à noter, l'université tient déjà pour acquise la hausse de droits de scolarité promise par Québec, ce qui représente une somme supplémentaire de 1,7 million pour 2007-08.

L'université doit déposer un plan de redressement d'ici le 15 juin prochain. Prise à la gorge, l'UQAM s'est fait refuser il y a quelques jours l'augmentation de sa marge de crédit de 75 millions et espère maintenant que le gouvernement déliera les cordons de sa bourse en lui versant notamment les subventions conditionnelles de près de 60 millions qu'il retient.

L'UQAM en est à sa troisième tentative de dépôt d'un plan de redressement. Le dernier, élaboré à la fin d'avril, prévoyait des compressions de 2,5 millions en 2007-08 et de 10,5 à 14,5 millions pour les trois années suivantes. Ce plan avait cependant été jugé insuffisant par Québec. Le prochain conviendra-t-il? La direction de l'UQAM semblait elle-même en douter, si on se fie à ce qui a transpiré de récentes rencontres avec les divers groupes de l'institution.

Suffisant ou pas, l'objectif de 15 millions en deux ans est difficile à atteindre pour cette université dont 80 % du budget est affecté à la masse salariale. La direction a déjà fait savoir que tous les groupes d'employés seraient invités à se serrer la ceinture. On parle déjà d'un gel des embauches de professeurs. L'augmentation du nombre d'étudiants par classe est aussi évoquée.

Le président du Syndicat des professeurs de l'UQAM, Gaétan Breton, a souligné que la marge de manoeuvre est mince du côté de l'enseignement. «Quand un professeur entre dans une classe, il ne se sent pas à la Télé-Université. Il a de la misère à se glisser entre les étudiants et le tableau», a illustré M. Breton, qui s'inquiète de la contribution de Lucien Bouchard, dit «le massacreur de conventions», à l'élaboration du plan de redressement.

Le président du Syndicat des chargés de cours, Guy Dufresne, a lui aussi souligné que les coupes dans le fonctionnement risquent de porter atteinte à la mission d'enseignement elle-même. «L'UQAM est déjà l'institution où les coûts d'enseignement et de recherche sont les plus bas. [...] On ne peut pas gérer ça comme des boîtes de clous dans une quincaillerie», a plaidé M. Dufresne, soulignant qu'il faut élargir le débat au sous-financement chronique des universités.

Le Syndicat des employés de soutien, dont la convention collective arrive à échéance, entonne le même refrain: «Il va falloir que le gouvernement fasse sa part et mette des sous», a fait valoir la présidente, Liette Garceau. Elle a affirmé que ses membres n'ont pas à faire les frais de «la mauvaise gestion et des dérapages immobiliers».

La grogne est aussi vive chez les représentants étudiants, rencontrés par la direction à la fin de la semaine dernière. «Ils nous disent: "on va prendre l'argent dans vos poches et, après ça, travaillez avec nous"», déplore le président de l'Association facultaire des étudiants de science politique et de droit, Christian Dumont. Sa collègue qui représente les étudiants en éducation, Marilyn Houle-Péloquin, déplore elle aussi le peu d'ouverture à la négociation.

Les choux gras de l'opposition

Pour une deuxième journée de suite, la crise immobilière et financière de l'UQAM a rebondi à l'Assemblée nationale. Le gouvernement a été pressé de questions par l'opposition, qui l'accuse de négligence.

Québec a eu la puce à l'oreille dès avril 2006, croit le député adéquiste Gilles Taillon, puisque c'est à ce moment-là que le gouvernement a été contraint d'acheter les obligations de 269 millions émises par l'UQAM pour financer son projet de l'îlot Voyageur. «Il y a certainement eu quelqu'un qui a dormi au gaz. [...] Ça nous apparaît être une négligence que de ne pas s'en être occupé», a-t-il affirmé.

La ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, tout comme sa collègue de l'Éducation, Michelle Courchesne, soutiennent que ce n'est que l'automne dernier que le gouvernement a été informé de la dérive de l'UQAM. Comment se fait-il alors, a soulevé l'ADQ, que le gouvernement ait demandé il y a seulement deux semaines que le Vérificateur général fasse enquête?

Devant l'ampleur de la controverse, le ministère des Finances a rencontré les journalistes de la tribune parlementaire hier afin d'expliquer l'achat de l'ensemble des obligations de l'UQAM. Le sous-ministre associé Bernard Turgeon a fait valoir que cette transaction n'impliquait aucunement «que le projet de l'îlot Voyageur» ait été problématique.

Il demeure que les Finances ont informé l'Éducation, «dans les jours qui ont suivi», de l'achat du bloc d'obligations. M. Turgeon a confié qu'à l'époque, cette affaire l'avait mis dans une colère noire — «J'étais en calvaire!» — puisque l'UQAM n'avait nullement prévenu le ministère de sa décision d'aller sur le marché obligataire. Les universités Concordia et McGill, qui avaient elles aussi utilisé ce mode de financement, respectivement en 2002 et en 2004, en avaient informé Québec.

La ministre Jérôme-Forget a affirmé en Chambre que l'UQAM a émis «un peu sournoisement» ses obligations pour financer l'îlot Voyageur. Plus tôt hier matin, à l'entrée du caucus, elle a rappelé que les règles vont changer. «On ne peut plus permettre que quelqu'un décide de s'aventurer dans une démarche... Il a passé pour un héros, le recteur [Roch Denis]. Tout le monde l'a félicité, même le maire de Montréal, tant il avait de la vision, cet homme-là. Sauf que c'était un château de cartes», a-t-elle déclaré.

La veille, à l'Assemblée nationale, Monique Jérôme-Forget avait laissé entendre que l'UQAM ne serait peut-être pas la seule université à avoir des problèmes financiers avec ses projets immobiliers. «On entend des choses concernant l'Université de Sherbrooke [UdeS] et l'Université de Montréal», a dit la ministre.

Au cabinet du recteur de l'UdeS, Bruno-Marie Béchard, on se disait «abasourdi» hier par une telle déclaration tout en maintenant que la gestion de l'université est exemplaire, y compris la construction en cours de son campus à Longueuil. Par ailleurs, on a souligné que l'UdeS n'est jamais allée sur le marché obligataire pour financer ses chantiers parce qu'elle juge qu'il s'agit d'une formule «non responsable».

Le Devoir

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille






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  • Anaïs Bertrand-Dansereau
    Inscrite
    jeudi 17 mai 2007 09h16
    On vous l'avait bien dit...
    « Je suis sincèrement triste d'avoir à utiliser cette formule, mais c'est vrai qu'on vous l'avait bien dit! Les associations étudiantes mettent l'UQÀM en garde contre ce projet depuis le tout début. Nous nous doutions bien que comme d'habitude, ce seraient les étudiant-es qui paieraient le prix de la folie des grandeurs de notre administration. Moins de nouveaux profs alors que plusieurs prennent leur retraite, plus d'élève par classe, augmentation des frais scolaires et des frais afférents: tout pour réduire l'accès à une éducation de qualité. Les étudiant-es n'ont pas à faire les frais des erreurs de spéculation immobilière des administrateurs! »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    jeudi 17 mai 2007 10h10
    Les visions de grandeurs
    « Les visions de grandeurs des montréalais les ont rattrapé. Il est temps qu'ils passent à la caisse où qu'ils apprennet à gérer des projets correctement dans le cadre des prévisions.

    Serait-ce que les montréalais sont en train de vivre le principe de Peter et qu'il ont atteint le seuil de l'incompétence...

    Le mot responsabilirté est encore dans le dictionnaire. Certains auraient métrite à en lire la définition... »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    jeudi 17 mai 2007 10h53
    Quand la fin, plutôt que la raison, justifie les moyens
    « Bonjour,

    La direction de l'UQAM est en train de nous faire la démonstration que ce sont souvent les pires raisons qui nous poussent à commettre les gestes les plus insensés. La direction de l'UQAM appuie maintenant sans réserve l'augmentation des droits de scolarité proposée par le gouvernement et s'apprête à augmenter elle-même les frais afférents de ses étudiants.

    Alors que jadis le sacro-saint principe de l'accessibilité universelle la gênait de demander un effort financier supplémentaire à ses étudiants, aujourd'hui, sa mauvaise gestion et l'augmentation inconsidérée de ses dépenses justifieraient une hausse de l'ensemble des frais répercutés aux étudiants de l'UQAM. Au pays des universités, ce n'est pas l'augmentation des services qui justifient la hausse des frais de scolarités, c'est la mauvaise gestion. Adieu nos beaux principes !

    Les analystes ont été presque unanimes à réclamer plus d'oxygène pour nos universités. Peu d'entre eux leur ont demandé une vraie reddition de compte de leur gestion, pas seulement celles des bâtiments, également celle de la tâche des professeurs. D'ailleurs, qu'est-ce qui nous prouve qu'ils seraient plus compétents à gérer leurs propres affaires mieux que des tours à bureaux ou des stationnements? Après tout, c'est bien à l'université qu'on nous enseigne les règles de la bonne gestion et de l'éthique! On voit le résultat!

    Au contraire, tout nous indique que plus d'oxygène, comme le disent les bien-pensants, ne contribuera qu'à alimenter davantage le feu qui ravage déjà nos universités. Afin d'éviter que d'autres catastrophes du même genre se reproduisent, avant de réinvestir inconsidérément dans ce qui s'avère être un gouffre sans fin, il faudrait avoir un état complet de la situation de nos universités. Pas seulement ce que les dirigeants et les conseils nous en disent, également ce que les faits nous démontrent et nous enseignent! L'empirisme n'est pas seulement utile en recherche, il peut parfois être un bon indicateur en matière de gestion !

    Une vraie reddition de compte s'impose !

    Louis Lapointe
    Brossard
    Le 17 mai 2007 »

  • francis dery
    Inscrit
    jeudi 17 mai 2007 12h11
    Et maintenant les deux CHUs de Montréal
    « À voir comment une université gère son développement immobilier, pourquoi faudrait-il que l'on fasse deux CHUs à Montréal, un pour McGill, l'autre pour l'Un. de Montréal? Actuellement, les coûts sont déjà évalués à au moins 3,6 milliards de $ pour Québec, 50 millions de $ pour Montréal pour le réaménagement des aqueducs et en voiries.
    Et la construction n'est pas encore commencée.

    Il faudra couper dans la qualité des soins aux malades pour compenser. »

  • renaud Ledoux
    Inscrit
    jeudi 17 mai 2007 13h14
    Les étudiants voient rouge!!!
    « Inutile d'ajouter à la mascarade actuelle, nous comprenons tous l'absurdité de la chose, alors que la mission de l'université est de former des intellectuels de qualité à un plus grand nombre possible, les institutions universitaires actuelles recherchent la renommé dans la construction d'éléphant immobilier. Nous faisons face à une gouvernance étroite et aveugle qui traîne dans la merde l'université et qui fait payer le prix non seulement aux citoyens, mais également aux étudiants. Certains disent utilisateur/payeur, mais encore faudrait-il que les étudiants puissent véritablement choisir les ambitions de leur université. Nous sommes les victimes d'une coupure de service à cause d'un projet que nous ne voulions pas, et nous devons d'autre part renflouer les coffres de l'établissement par notre propre endettement individuel. À quel justice sociale faisons nous appel, comment le gouvernement pourra justifer la légitimité de la hausse des frais de scolarité à venir s'il est incapable d'encadrer les dépenses et projets de l'UQAM? Je vous avoue, je suis déconcerté, désillusionné, et combien amer de voir que la jeune génération payera le prix...une éducation pauvre doublée d'une génération pauvre :((
    Il est bien difficile à présent de trouver l'argumentation nécessaire pour combattre le cynisme politique des citoyens quand nous alignons le spectre de la mouvance gouvernance techno-bureaucratique en plus d'une gouvernemntabilité aveugle aux générations succédents à la Révolution tranquille. Nous sommes donc en mal de vivre, d'étudier à notre guise, nous sommes étouffés par le bas qui blesse l'immensité mensongère, dite universelle, de notre gueule en sang. Nous voyons rouge, nous voyons rouge, personne ne pourra chialer des grèves à venir... »

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