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Dans la rue pour la gratuité

Dans 16 cégeps et quelques facultés universitaires, plus de 40 000 étudiants étaient en grève l’espace d’une journée hier, ce qui leur a permis de se joindre aux manifestants.
Photo : Pascal Ratthé
Dans 16 cégeps et quelques facultés universitaires, plus de 40 000 étudiants étaient en grève l’espace d’une journée hier, ce qui leur a permis de se joindre aux manifestants.
Le coeur névralgique et financier de Montréal a été envahi hier par plus de 1000 étudiants sympathiques aux revendications de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). Sous un soleil printanier, les jeunes ont marché au nom de la gratuité scolaire, brandissant le spectre de la «grève générale illimitée». «On a peut-être l'air d'une gang d'utopistes, mais à voir le monde qu'il y a ici, je pense qu'on ne rêve pas en couleurs!», a lancé un étudiant à la foule réunie au square Victoria, non loin de la tour de la Bourse. «Il faut saisir nos instances, faire des actions! Il faut lancer un message clair au gouvernement que s'il ne nous écoute pas, c'est la grève générale illimitée!»

Sous les cris et les slogans bien connus des milieux étudiants — «Sau-sau-sau, sauvons l'éducation!» —, les manifestants ont pacifiquement évolué dans le centre-ville, en pleine heure de pointe, suivant un itinéraire en apparence destiné à perturber la circulation dans le centre financier. «L'intérêt du gouvernement Charest, c'est l'argent, les banques qui nous entourent, c'est pas du tout nous autres!», a lancé un porte-parole.

Plutôt que des arrêts traditionnels aux bureaux des ministres importants, y compris celui du premier ministre Jean Charest, les étudiants ont cette fois-ci fait une pause devant un bureau d'avocats logé à la tour Ville-Marie (Lavery, de Billy) et un centre de recherche universitaire, le CIRANO.

Ils accusent le premier d'avoir produit un avis juridique pour le compte de la Fédération des cégeps limitant leur droit de manifester dans les cégeps. Ils s'insurgent contre le fait que le second ait récemment livré une étude validant l'idée de dégeler les droits de scolarité à l'université.

Pendant que le Service de police de la ville de Montréal penchait pour une estimation chiffrée de 800 à 1000 personnes pour mesurer l'ampleur de la foule, les organisateurs de l'ASSÉ, eux, ont porté à 5000 le nombre de manifestants.

Dans 16 cégeps et quelques facultés universitaires, plus de 40 000 étudiants étaient en grève l'espace d'une journée, ce qui leur a permis de se joindre aux manifestants.

L'ASSÉ, souvent décrite comme une branche plus radicale comparativement aux deux fédérations étudiantes (FECQ et FEUQ), avait convié les manifestants à s'opposer à la volonté de dégel des droits de scolarité «du gouvernement Charest-Dumont», comme ses porte-parole l'ont indiqué hier.

«Avec le gouvernement Charest qui vient d'être élu et avec un parti d'opposition encore plus à droite que lui, êtes-vous aussi inquiets que moi?», a demandé Geneviève Simon à la foule. «Les intérêts du gouvernement Charest sont ailleurs que dans l'éducation!», a ajouté l'étudiante, liée au collège Maisonneuve.

Indignée par l'idée d'un possible dégel des droits, prônée non seulement par les libéraux mais aussi par l'ADQ de Mario Dumont, l'ASSÉ revendique la «gratuité scolaire à tous les niveaux» ainsi qu'une augmentation des ressources en éducation postsecondaire. Elle souhaite également la création d'un système public de services de garde dans les établissements d'enseignement supérieur pour soutenir les étudiants parents.

«Ce n'est qu'un début, continuons le combat!», criaient les jeunes, qui portaient des dizaines de pancartes attaquant les politiques libérales. «Je ne suis pas une dépense, je suis un investissement», disait une affiche. «Tous en colère, pour la gratuité scolaire!», affirmait une autre, portée par une bande de clowns anti-droits de scolarité.

Deux syndicats d'enseignants de collège ont offert leur appui aux manifestants. La Fédération autonome du collégial (FAC) et la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) ont applaudi à cette présence dans la rue, dénonçant au passage la loi C-43 sur les conditions de travail des employés du secteur public, laquelle restreint les perturbations syndicales.

«Bravo, parce que vous êtes le premier mouvement de résistance au nouveau gouvernement Charest-Dumont!», a lancé Ronald Cameron, président de la FNEEQ. «À partir de maintenant, la pression va être au maximum. Mais vous avez raison et le droit de descendre dans la rue!»

Les véhicules des policiers étaient présents hier pour baliser le parcours des manifestants, mais à certaines intersections, ils étaient si peu nombreux que cela a donné lieu à un certain chaos, des voitures s'aventurant à travers les hordes d'étudiants. Seules quelques canettes de peinture ont été lancées sur des statues bordant le bureau du premier ministre Charest, angle McGill College et Sherbrooke.
Dans 16 cégeps et quelques facultés universitaires, plus de 40 000 étudiants étaient en grève l’espace d’une journée hier, ce qui leur a permis de se joindre aux manifestants. Sous les cris et les slogans bien connus des milieux étudiants — «Sau-sau-sau, sauvons l’éducation!» —, les manifestants ont pacifiquement évolué dans le centre-ville hier, en pleine heure de pointe.
 






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  • Grégory Brasseur
    Inscrit
    vendredi 30 mars 2007 00h41
    Un choix de société
    « L'option de la gratuité scolaire attire de plus en plus l'attention: elle est faite dans de nombreux pays à travers le monde où la prospérité économique est enviable, des études l'estiment à à peine 550$ millions de dollars, elle a le mérite d'ouvrir toutes grandes les portes de nos institutions d'éducation alors qu'il y a demande criante de travailleurs spécialisés notamment en santé... Plus que jamais, la gratuité scolaire devra être le centre d'un débat public et d'un choix de société. »

  • Fernand Bélair
    Inscrit
    vendredi 30 mars 2007 08h32
    Un premier signe de déséquilibre ... générationnel
    « Les résultats de l'élection de lundi ont confirmé la fracture intergénérationnelle qui se prépare. Les plus vieux ont peur et inscrivent la santé comme priorité numéro 1 au programme du Parti Libéral du Québec. Les jeunes entrepreneurs réussissent à imposer leur vision étroite et intéressée du Québec à l'ADQ contre les besoins des plus démunis et contre la réalité des nouveaux arrivants. Tous ceux-là ne sont plus à l'école et souhaitent donc que ceux qui s'y trouvent encore se débrouillent avec leurs problèmes! Le Québec a tourné le dos à la réflexion qui s'impose pour le développement d'une société qui s'épanouit dans l'harmonie et la générosité. Vivement un projet rassembleur qui assure la considération des autres! Il me semble que l'éducation aurait pu en être un étant donné qu'elle a tellement de ramifications sur les besoins de tous.
    Fernand Bélair, Québec »

  • Lorenzo Sterzi
    Inscrit
    vendredi 30 mars 2007 09h57
    La gratuiété mène à l'injustice
    « La vraie justice est de faire payer les plus riches et de financer les plus pauvres.
    Comment se fait-il que mon meilleur ami qui a des parents sans le sou se ramasse avec 30 000$ de dettes et que moi, parce que je viens d'une famille bourgeoise je parte dans la vie avec aucune dette?

    Maintenir le gel des frais de scolarité revient à financer les riches qui auraient les moyens de payer plus, pour baisser les coûts de ceux qui payent déjà trop. C'est ça la vraie justice sociale.

    La gratuité maintenant, la réponse est comment? Avec quel argent? On nous montre la France et tous les pays européens? Saviez-vous qu'ils ont une dette exponentielle et que 25% des gens ayant plus d'une maîtrise partent travailler à l'étranger parce qu'ils ne trouvent pas un job à leur niveau chez eux? Donc qu'on me lâche avec la France.

    Ce qui me fâche en voyant ces jeunes manifester (je suis étudiant moi aussi) c'est qu'ils se plaignent des libéraux et de l'ADQ, mais pour la majeur partie ne sont pas allés voter ou ont voter pour un parti de lunatiques (QS) qui a encouragé l'élection de la droite.

    Bravo !! »

  • francis batt
    Inscrit
    vendredi 30 mars 2007 10h41
    Un choix de société 2
    « Curieux tout de même ...plus les profs parlent de gratuité, et plus, en même temps, ils demandent de rémunération !
    La "gent enseignante" se surpasse une fois de plus en hypocrisie ! .. elle est bien au service du système qui la finance ! ..système dont elle reçoit sa rémunération, soit par le biais des impôts, soit par le biais de la "finance privée".
    ... Et si c'était le Peuple qui, pour une fois, payait ses enseignants ?! On serait peut-être un peu moins esclaves ? [La liberté pour le Peuple de choisir et de rémunérer ses propres enseignants, de choisir ses propres programmes, est peut-être la liberté la plus essentielle, celle qui commande toutes les autres..]
    Il s'agit donc bien d'un "choix de société", d'un choix de Doctrine d'Education...
    De même qu'en Russie, nous ne pouvons plus persévérer dans le matérialisme et le marxisme...dont l'esprit continue à baigner tout le système éducatif..
    .. autre remarque : il existe aujourd'hui une alternative pour tous les esprits épris de véritable gratuité et de bénévolat : et c'est "la Toile" ! .. les temps changent... mais assez lentement tout de même! »

  • Normand Desjardins
    Abonné
    vendredi 30 mars 2007 11h00
    Solution : fiscalité équitable
    « Pour répondre rapidement à Lorenzo Sterzi qui dénonce l'injustice de l'endettement étudiant en disant :

    -"Comment se fait-il que mon meilleur ami qui a des parents sans le sou se ramasse avec 30 000$ de dettes et que moi, parce que je viens d'une famille bourgeoise je parte dans la vie avec aucune dette?"

    La réponse est simple. Ta famille bourgeoise (et surtout les beaucoup plus riches ou multimillionnaires qu'on ne peut même plus qualifier de bourgeois) n'est pas suffisamment imposée et taxée.

    Dans tous les problèmes de financement de services publics, la réponse n'est pas dans la présentation individuelle d'une carte Visa ou Matercard, mais dans une fiscalité sur le revenu plus équitable. Comme dans les pays scandinaves entre autre.

    L'impôsition et la taxation a tellement mauvaise presse avec le vent froid de la Droite qui souffle de partout... On écarte aujourd'hui des solutions simples et justes qui ont fait et qui font encore leurs preuves. Tout augmente? Les coût des services et des produits AINSI QUE le profit des entreprises... Il faut agumenter les taxes et les impôts. Cependant, il faut se battre ensemble pour aussi augmenter le salaire des travailleurs et le pouvoir d'achat de tous et chacun. Là, est le véritable combat. »

  • Roland Duchesne
    Abonné
    vendredi 30 mars 2007 11h43
    Gratuité, dis-tu ?
    « Lorsque les jeunes libéraux (gosses de riches) ont ouvert la voie à M. Charest pour le dégel des frais de scolarité, celui-ci a voulu être magnanime en proposant une augmentation de 50.$ par session jusqu'en 2012. Comment s'opposer à une si faible augmentation d'environ 100.$ par année ? Seuls les membres du PQ et de QS s'y sont opposés, par principe de redistribution de la richesse. C'est normal.
    Les étudiants qui paient 2600.$ aujourd'hui, sans compter les frais afférents, devront payer 3000.$ en 2012 en plus des frais afférents qui augmenteront sûrement aussi.
    Combien d'étudiants hésiteront à se lancer dans ce parcours semé d'espoirs (et d'embuches)et combien refuseront de s'y engager en évaluant la dette totale additionnelle de 1600.$ après les 4 ans d'étude d'un bac en enseignement, par exemple. Les salaires des enseignants gelés jusqu'en 2010 ne sont certes pas un incitatif à persévérer dans cette voie.
    Alors que la conjoncture actuelle démontre que près de 20% des jeunes enseignants désertent la profession dans les 5 premières années, je souhaite bonne chance au futur ministre qui se voit déjà contraint de recruter près de 1000 enseignants non qualifiés actuellement.
    Puisque la barrière a été ouverte aux augmentations, pourquoi le gouvernement s'arrêterait-il en 2012 lorsqu'il comparera les frais de scolarité des autres universités canadiennes ?
    Pour le gosse de riche qui accède à une nouvelle carrière professionnelle libre de dette d'étude, cette augmentation est ridicule. Pour celui qui commence dans la vie avec l'obligation de rembourser 25000.$ ou 35000.$, il y a là matière à réflexion. »

  • Christiane Gervais
    Abonné
    vendredi 30 mars 2007 13h54
    La gratuité scolaire : c'est gratuit pour qui?
    « Ceux qui réclament la gratuité scolaire pensent-ils vraiment que personne n'aura à payer pour s'instruire ou faire instruire ses enfants? Quand c'est gratuit, sauf pour le soleil et le beau temps, c'est généralement parce qu'il y a quelqu'un, en quelque part, autre que vous, qui paie! »

  • Jean Marchand
    Inscrit
    vendredi 30 mars 2007 14h31
    « Les quêteux montés à cheval» de Gérard Filion,(ancien dir. du Devoir
    « Nos étudiantes et étudiants n'ont pas seulement l'air utopique mais ils nagent en pleine utopie quand ils croient encore à l'état providence qui lui aussi doit vivre et administrer selon ses moyens. Autrement il devra encore piger dans les poches des contribuables du Québec les plus taxés du Canada. Il n'y a pas que les étudiants qui exigent fortement de l'état. Les réclamations des organismes de toutes sortes qui crient à l'injustice quend l'état dit non à leurs réclamations. Il va falloir qu'un beau jour des voix s'élèveront pour mettre dans la tête des québécois qu'il faut vivre selon nos moyens et cela presse!

    Jean Marchand
    Rosemère »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    vendredi 30 mars 2007 16h48
    Un choix de société prioritaire, oui !
    « J'ai grandi dans le milieu de la petite bourgeoisie commerçante provinciale. Je sais combien elle est frileuse quant à ses petits avantages concurrentiels sur l'accession aux études supérieures. Elle cherche à stopper l'ascenceur sociale de la Révolution tranquille. Elle abonde donc dans le discours creux des ADQ/PLQ à ce sujet. Sur quatre enfants, deux d'entre nous ont des doctorats. Sauf moi qui tire le diable par la queue pour cause de mésorientation, et je le regrette amèrement, je n'ai qu'un diplôme collégial technique qui ne vaut pratiquement rien sur le marché du travail, dans une spécialité qui ne m'intéresse même plus, quand je songe que le Québec ne compte que 17 % de diplômés universitaires contre 20 % en Ontario. Je ne demanderais pas mieux que de me recycler, même sur le tard, à un niveau qui correspond enfin à mon type d'intelligence féru de culture générale. Je n'en ai pas du tout les moyens. Nous avons un sérieux retard à rattrapper et c'est pourquoi le choix de société que constitue la gratuité scolaire totale et entière, s'impose devant la montée inexorable de la Chine et de l'Inde qui en produisent en quantité industrielle. »

  • Noémie Charest-Bourdon
    Inscrite
    vendredi 30 mars 2007 19h56
    400 millions pour une route, 250 millions pour la gratuité...
    « J'ai personnellement participé à la manifestation débutant au Square Victoria hier après midi en brandissant une banière où : 'Le gel n'est qu'un dégel masqué' était inscrit. Ce que j'ai à dire comme étudiante au collégial qui poursuivra ses études universitaires c'est qu'une étude récemment faite par un institut de recherche (l'IRIS) indépendant de l'ASSÉ affirme que la gratuité scolaire coûterait 250 millions. Le PLQ a promis le prolongement d'une autouroute 'X' à Laval pour faire un autre accès direct vers Montréal, ce qui coûterait 400 millions. À ceux et celles qui me diront qu'on a pas l'argent au Québec pour la gratuité scolaire, je vous enverrez regarder plus attentivement les dépenses gouvernementales.

    La gratuité est nécessaire dès qu'on réalise que l'éducation est un droit . Dans cette logique, elle devrait être accessible à tous et toutes, sans restriction monétaire. Voici un exemple que j'aime bien utiliser et qui provient d'Éric Martin qui a réalisé cette recherche de l'IRIS sur la gratuité. Lorsqu'hydro québec augmente ses frais, c'est en se disant que la consommation d'électricité diminuera, parce que le coût découragera les citoyens et les citoyennes . À l'opposé, en augmentant les frais de scolarité le gouvernement nie que cela découragera les étudiants et étudiantesde poursuivre leurs études post-secondaires. Trouvez l'erreur.
    Le gel ne suffit pas puisque malgré le gel d'une petite partie des frais reliées aux études, tous les frais afférents augmentent selon le bon vouloir des administrations locales. L'augmentation du coût de la vie est aussi non négligeable: les cartes de transport en commun, les logements, etc.
    La logique capitaliste d'utilisateur-payeur ne devrait d'aucune façon être appliquée à l'éducation puisqu'elle s'éloigne de la mission même de l'éducation qui est de former des citoyens et citoyennes instruits/es quel que soit le revenu familial des individus en question. »

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