Pénurie de directeurs à l'horizon
Les 3000 directeurs d'école du Québec auront été remplacés en dix ans
Cent pour cent des quelque 3000 directeurs d'école du Québec auront été remplacés en dix ans, calculent les regroupements de directions, qui peinent à renouveler le personnel et craignent la pénurie des ressources. Pour ajouter à cette carence, la lourdeur de la tâche décourage à l'avance nombre de candidats potentiels, et épuise même ceux qui sont déjà en poste.
Ce sombre tableau, qui constitue un sujet de préoccupation majeur au sein du réseau scolaire, pourrait avoir une incidence sur la qualité des candidats recrutés et, par ricochet, sur les services offerts, craignent les associations de directions d'école, qui souhaitent en faire le coeur de leurs discussions avec le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, mercredi prochain.
Une enquête effectuée pour le compte de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), et dont Le Devoir a obtenu copie, démontre que «le nombre de candidats prometteurs est insuffisant dans les bassins de recrutement par rapport au nombre de postes de direction d'établissement actuellement ouverts et par rapport aux besoins anticipés».
«Entre 1995 et 2005, on aura remplacé 100 % des directions d'école», soit quelque 3000 personnes, note Monique Poulin, conseillère en formation et en développement organisationnel à la FCSQ. «Les commissions scolaires de l'ensemble de la province éprouvent des difficultés importantes à intéresser des candidats pour leurs postes de direction d'établissement, et ce, malgré les efforts déployés ces dernières années pour constituer des banques de relève», ajoute-t-on dans Enquête sur la relève, effectuée en août 2001 par la firme d'experts-conseils Jacques L. Charuest.
Si les départs à la retraite des années 1999 et 2000 ont exacerbé le phénomène, les commissions scolaires sont aux prises avec de nouvelles réalités qui les inquiètent: obligation d'embaucher «temporairement» des directeurs à la retraite pour assurer l'intérim; arrivée de tout jeunes directeurs sur le marché du travail, sans expérience aucune; difficulté à garder en poste les nouveaux embauchés, tant la tâche est lourde; épuisement professionnel d'un nombre croissant de directions d'école qui croulent sous la tâche (voir dossier Éducation, page B14).
«Les directeurs d'école aujourd'hui sont pris entre l'arbre et l'écorce, ils sont pressurisés de partout», note Robert Morin, président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE), qui compte 2200 membres, dont 40 % seront remplacés au cours des quatre prochaines années. «Les nouveaux directeurs viennent faire un tour, un an, deux, et puis ils abandonnent, la tâche est trop complexe.»
Les changements que subit le réseau de l'éducation, la décentralisation des pouvoirs vers les écoles, la coordination des conseils d'établissement et l'importance des tâches d'intendance pour des gens peu habiletés aux notions de gestion sont des éléments qui illustrent la «lourdeur» de tâche souvent évoquée.
S'ils concèdent que la relève des directions d'école est un sujet inquiétant, ni la Fédération des commissions scolaires du Québec, ni les regroupements de directions d'école ne peuvent cependant illustrer ce dont ils parlent à coups de statistiques. Pas de chiffres sur le nombre de postes actuellement ouverts et impossibles à combler. Pas de chiffres non plus sur le taux de placement des directeurs d'école, ni sur le nombre de concours qu'on a dû ouvrir en certains endroits pour réussir à combler un poste.
«C'est une situation préoccupante, nous savons que c'est difficile de trouver des candidats, nous savons aussi que c'est l'ampleur de la tâche qui complique la recherche des directeurs, mais c'est difficile de quantifier tout ça», note Serge Rodrigue, président de l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE).
Les ressources se faisant rares, c'est maintenant la qualité des nouveaux candidats, conséquence directe du manque de ressources, qui en alarme certains. «On trouve toujours des directeurs d'école, mais parfois, on ouvre sept postes et on se retrouve avec sept ou huit candidats en entrevue», explique Robert Morin. «Disons que le choix n'est pas vaste. Oui, la qualité des candidats est en jeu.»
«Je n'oserais pas prétendre que les gens embauchés sont moins forts qu'avant, mais disons que si tu as cinq candidats pour cinq postes, la marge d'erreur est plus grande...», renchérit Serge Rodrigue, de l'AQPDE.
Le rapport Charuest — effectué à partir d'entrevue auprès de quelque 300 directeurs d'établissement, superviseurs de cette fonction ou enseignants intéressés par le poste — note sans équivoque que la lourdeur de la tâche rébute un nombre important de candidats potentiels. «Les facteurs qui ont le plus d'impact dissuasif sur la décision de postuler des enseignants sont la lourdeur de la tâche associée à un poste de direction et les longues heures de travail que cette tâche implique», signale le rapport, précisant plus tard que 76 % des directeurs interrogés ont identifié ce facteur comme le plus important des facteurs dissuasifs.
Fait intéressant, la nouvelle génération de directeurs — souvent maintenant dans la jeune trentaine — n'a que faire de l'avancement et la réalisation de soi par le travail, traits caractéristiques de la génération des baby-boomers. «La génération qui suit privilégie l'atteinte de l'autonomie, le fait d'avoir des options, le désir d'avoir un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, incluant vie familiale», a-t-on réalisé en cours d'enquête, ce qui complique le recrutement.
Les nouveaux directeurs doivent non seulement avoir leur brevet d'enseignement et une feuille de route comptant huit ans de pratique en classe, mais on leur demande depuis septembre d'avoir complété 30 crédits de maîtrise en administration, six d'entre eux avant d'entrer en poste, le reste à acquérir simultanément avec le travail de direction.
Ce sombre tableau, qui constitue un sujet de préoccupation majeur au sein du réseau scolaire, pourrait avoir une incidence sur la qualité des candidats recrutés et, par ricochet, sur les services offerts, craignent les associations de directions d'école, qui souhaitent en faire le coeur de leurs discussions avec le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, mercredi prochain.
Une enquête effectuée pour le compte de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), et dont Le Devoir a obtenu copie, démontre que «le nombre de candidats prometteurs est insuffisant dans les bassins de recrutement par rapport au nombre de postes de direction d'établissement actuellement ouverts et par rapport aux besoins anticipés».
«Entre 1995 et 2005, on aura remplacé 100 % des directions d'école», soit quelque 3000 personnes, note Monique Poulin, conseillère en formation et en développement organisationnel à la FCSQ. «Les commissions scolaires de l'ensemble de la province éprouvent des difficultés importantes à intéresser des candidats pour leurs postes de direction d'établissement, et ce, malgré les efforts déployés ces dernières années pour constituer des banques de relève», ajoute-t-on dans Enquête sur la relève, effectuée en août 2001 par la firme d'experts-conseils Jacques L. Charuest.
Si les départs à la retraite des années 1999 et 2000 ont exacerbé le phénomène, les commissions scolaires sont aux prises avec de nouvelles réalités qui les inquiètent: obligation d'embaucher «temporairement» des directeurs à la retraite pour assurer l'intérim; arrivée de tout jeunes directeurs sur le marché du travail, sans expérience aucune; difficulté à garder en poste les nouveaux embauchés, tant la tâche est lourde; épuisement professionnel d'un nombre croissant de directions d'école qui croulent sous la tâche (voir dossier Éducation, page B14).
«Les directeurs d'école aujourd'hui sont pris entre l'arbre et l'écorce, ils sont pressurisés de partout», note Robert Morin, président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE), qui compte 2200 membres, dont 40 % seront remplacés au cours des quatre prochaines années. «Les nouveaux directeurs viennent faire un tour, un an, deux, et puis ils abandonnent, la tâche est trop complexe.»
Les changements que subit le réseau de l'éducation, la décentralisation des pouvoirs vers les écoles, la coordination des conseils d'établissement et l'importance des tâches d'intendance pour des gens peu habiletés aux notions de gestion sont des éléments qui illustrent la «lourdeur» de tâche souvent évoquée.
S'ils concèdent que la relève des directions d'école est un sujet inquiétant, ni la Fédération des commissions scolaires du Québec, ni les regroupements de directions d'école ne peuvent cependant illustrer ce dont ils parlent à coups de statistiques. Pas de chiffres sur le nombre de postes actuellement ouverts et impossibles à combler. Pas de chiffres non plus sur le taux de placement des directeurs d'école, ni sur le nombre de concours qu'on a dû ouvrir en certains endroits pour réussir à combler un poste.
«C'est une situation préoccupante, nous savons que c'est difficile de trouver des candidats, nous savons aussi que c'est l'ampleur de la tâche qui complique la recherche des directeurs, mais c'est difficile de quantifier tout ça», note Serge Rodrigue, président de l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE).
Les ressources se faisant rares, c'est maintenant la qualité des nouveaux candidats, conséquence directe du manque de ressources, qui en alarme certains. «On trouve toujours des directeurs d'école, mais parfois, on ouvre sept postes et on se retrouve avec sept ou huit candidats en entrevue», explique Robert Morin. «Disons que le choix n'est pas vaste. Oui, la qualité des candidats est en jeu.»
«Je n'oserais pas prétendre que les gens embauchés sont moins forts qu'avant, mais disons que si tu as cinq candidats pour cinq postes, la marge d'erreur est plus grande...», renchérit Serge Rodrigue, de l'AQPDE.
Le rapport Charuest — effectué à partir d'entrevue auprès de quelque 300 directeurs d'établissement, superviseurs de cette fonction ou enseignants intéressés par le poste — note sans équivoque que la lourdeur de la tâche rébute un nombre important de candidats potentiels. «Les facteurs qui ont le plus d'impact dissuasif sur la décision de postuler des enseignants sont la lourdeur de la tâche associée à un poste de direction et les longues heures de travail que cette tâche implique», signale le rapport, précisant plus tard que 76 % des directeurs interrogés ont identifié ce facteur comme le plus important des facteurs dissuasifs.
Fait intéressant, la nouvelle génération de directeurs — souvent maintenant dans la jeune trentaine — n'a que faire de l'avancement et la réalisation de soi par le travail, traits caractéristiques de la génération des baby-boomers. «La génération qui suit privilégie l'atteinte de l'autonomie, le fait d'avoir des options, le désir d'avoir un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, incluant vie familiale», a-t-on réalisé en cours d'enquête, ce qui complique le recrutement.
Les nouveaux directeurs doivent non seulement avoir leur brevet d'enseignement et une feuille de route comptant huit ans de pratique en classe, mais on leur demande depuis septembre d'avoir complété 30 crédits de maîtrise en administration, six d'entre eux avant d'entrer en poste, le reste à acquérir simultanément avec le travail de direction.
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