samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Le cahier des charges des directeurs d'école

Responsabilités accrues par la décentralisation, conseils d'établissement, services de garde, supervision du personnel, plans de réussite... les directions sont épuisées.

Équilibristes du réseau scolaire, les directeurs d'école croulent sous la tâche. Épuisés et étouffés par une tâche administrative qui les oblige trop souvent à remettre à plus tard les priorités éducatives, ils crient à l'aide.

Fallait-il être missionnaire pour débuter sa carrière de directeur après une vingtaine d'années d'enseignement, en acceptant de diriger non pas une, ni deux, mais trois écoles d'un petit village de la Gaspésie? «J'ai commencé directement comme ça, avec trois écoles», affirme ce directeur essoufflé «mais heureux». Trois écoles, trois conseils d'établissement, trois plans de réussite à compléter, trois budgets à peaufiner, trois équipes de personnel à superviser, alouette!


«C'est le volet pédagogique qui souffre de tout cela, c'est sûr. Chez nous, le manque de temps fait en sorte que sur l'engagement à la réforme, on a dit: "On oublie ça, pas de temps!"», explique le directeur d'école, qui préfère ne pas être identifié. «Je me suis habitué à vivre avec le fait que tout ne peut être fait. Il y a 24 heures dans une journée et je ne peux pas les travailler toutes», précise celui qui répond lui-même au téléphone parce qu'il n'a pas toujours une secrétaire à l'école.


La tâche est trop lourde, soufflent les directeurs. Assez! Si la décentralisation des pouvoirs a pelleté dans leur cour nombre de responsabilités, ils doivent aussi composer avec les conseils d'établissement, les services de garde, la supervision du personnel, les plans de réussite, en plus de veiller à ce que le navire et ses matelots entrent à bon port. «On demande aux directions d'école de répondre à toutes les attentes autour d'elles, c'est impossible», explique Serge Rodrigue, président de l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE), qui regroupe quelque 400 directeurs.


Le directeur d'école, un enseignant qui a sauté la clôture pour goûter au pré du patronat, doit avoir pratiqué l'enseignement cinq ans — passeport pédagogique lui donnant une partie des outils nécessaires — en plus d'aller puiser désormais des crédits d'administration à l'université, au niveau de la maîtrise.


«La responsabilité que l'on porte est très lourde et vient de tous les côtés, des parents, des commissions scolaires, affirme cette autre directrice «anonyme» d'une école secondaire, près de Québec. «Je parle avec vous de réussite, et c'est intéressant. Mais quand est-ce que j'ai le temps de le faire avec la commission scolaire, les parents, le ministère? Jamais. Et c'est ça qui est troublant.»


Non seulement la tâche est lourde mais les candidats ne se bousculent pas au portillon... Pour autant qu'elle paraisse extraordinaire, la situation des directeurs aux écoles multiples ne l'est pas. Au sein de la Fédération québécoise des directeurs d'établissement (FQDE), la plus importante des trois associations de directions d'école au Québec avec ses 2200 membres, 87 directions d'école ont trois bâtiments au bout de leur baguette, 35 en ont quatre, neuf en ont cinq, quatre dirigent six écoles, un en supervise sept et trois doivent même aller jusqu'à se diviser en huit!


Si les bassins démographiques de région, en déclin constant, commandent cette situation inusitée qui permet d'éviter la fermeture des écoles ne regroupant plus que quelques dizaines d'élèves, à Montréal et dans les autres centres urbains ce directeur aux multiples visages n'existe pas mais il n'en croule pas moins sous la tâche. Souvent seul pour des écoles de quelques centaines d'élèves, on lui ajoute au primaire, en annexe à son école, un service de garde, que les associations de directeurs souhaiteraient bien qu'on calcule comme une deuxième école à côté de la première.


«Le service de garde, c'est un extra qu'on ajoute au directeur, une école à côté de l'école, ouvert souvent de 7h à 18h!, dénonce le président de la FQDE, Robert Morin. Avec une école de 500 élèves et un service de garde de 300, la direction demeure seule avec des responsabilités doubles.»


En dehors des directeurs, eux-mêmes épuisés, qui souffre de cette situation? «C'est la réussite qui est en jeu», répond carrément Serge Rodrigue, président de l'AQPDE. Fortement préoccupés par la relève des directeurs d'école, difficile à dénicher, les trois présidents rencontrent d'ailleurs, mercredi, le ministre Sylvain Simard pour le sensibiliser aux effets pervers que pourrait avoir ce manque de relève jusque dans les classes et sur la «réussite du plus grand nombre».


Car la solution n'a rien de très magique: argent et ressources. La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), inquiète de ce phénomène, a même créé un «comité de la relève» et commandé une enquête autour de cette réalité. Des voies de solution ont été explorées, dont la possibilité d'épauler les directeurs «novices» — ils seront nombreux au cours des prochaines années — à l'aide d'un système d'entraînement (coaching).


La Commission scolaire des Hautes-Rivières, en Montérégie, prend très au sérieux cette problématique de la relève. Depuis trois ans, elle embauche un «entraîneur» pour superviser les nouveaux directeurs embauchés, qui ont parfois la jeune vingtaine et à peine cinq ans d'enseignement derrière la cravate!


«C'était un besoin criant de la part de la relève, qui se fait de plus en plus rare», explique Pierre Brisson, directeur général de la Commission scolaire des Hautes-Rivières. Non contente de se fabriquer un bassin de nouveaux candidats, la commission scolaire a donc conçu un cours sur mesure pour faire du coaching de directions d'école, à l'instar des universités qui offrent cette option. «On note qu'il y a de moins en moins de candidats mais une fois qu'on les embauche, il faut s'assurer de les garder chez nous», ajoute M. Brisson.


Depuis trois ans, Gilles Roy, lui-même ancien directeur général de l'ex-Commission scolaire de Marieville pendant 26 ans, rencontre donc ses novices dix fois par année après l'embauche, et quatre fois pendant la deuxième année de leur mandat. «J'ai remarqué que 90 % des besoins qu'ils expriment réfèrent aux aptitudes personnelles et relationnelles», explique-t-il. Confiance en soi, conscience de soi, gestion des conflits, empathie, capacité d'écoute, autant d'ingrédients magiques nécessaires à la recette du bon leader.


«Aujourd'hui, on enseigne le 30 juin et le 1er juillet on est directeur d'école», affirme Robert Morin, de la FQDE. Alors qu'auparavant, une personne pouvait passer quelque cinq ans dans la peau d'un adjoint avant de sauter à la direction de l'école, maintenant, les enseignants quittent la classe pour le bureau de direction.


«Se retrouver du jour au lendemain à la tête d'une école avec une équipe de professeurs à gérer, les parents au conseil d'établissement, c'est quand même tout un défi sur le plan personnel, note Gilles Roy. Ils sont parfois en conflit constant avec les gens qui les entourent, et c'est difficile de composer avec cela. Les gens sont épuisés.»


L'épuisement occupe d'ailleurs un large espace des préoccupations. En plus d'avoir de la difficulté à trouver et à garder les candidats directeurs, il faut aussi s'assurer qu'ils ne craquent pas! En l'espace d'un an, entre 2000 et 2001, la FCSQ a noté que les absences motivées par des problèmes de santé mentale — catégorie qui englobe notamment l'épuisement professionnel — ont augmenté de 13 %.


«L'évolution des problèmes de santé mentale nous préoccupe, c'est certain», explique Pierre D'Amours, conseiller en relations de travail à la FCSQ. L'organisme a d'ailleurs commencé à offrir une formation au personnel de ses commissions scolaires pour les aider à déceler et à prévenir les problèmes de santé mentale et l'épuisement de ses troupes.


«L'an prochain, je prends une année sabbatique parce que je n'en peux plus, affirme d'ailleurs cette même directrice d'une école secondaire. Je ne dors plus, je ne mange plus, je suis toujours occupée par l'école.»


«À Noël, j'ai craqué, ajoute le directeur des trois écoles primaires de la Gaspésie. Des conflits avec mon personnel ont eu raison de moi. Mais là, ça va mieux... »
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012