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Le cellulaire entre dans l'arsenal de la violence à l'école

Lisa-Marie Gervais   6 mars 2007  Éducation
Le téléphone portable est devenu une arme qu’utilisent certains élèves malveillants. Le phénomène est relativement nouveau au Québec, mais est déjà très répandu en France. Photo: Ron Chapple Picture Arts
Le téléphone portable est devenu une arme qu’utilisent certains élèves malveillants. Le phénomène est relativement nouveau au Québec, mais est déjà très répandu en France. Photo: Ron Chapple Picture Arts
L'utilisation des cellulaires et des lecteurs MP3 par les élèves pour enregistrer ou filmer les professeurs à leur insu et diffuser les images sur Internet inquiète de plus en plus le milieu de l'éducation. Simple tendance ou véritable phénomène? En plein cours de maths, l'élève sort discrètement de son sac son téléphone cellulaire muni d'un appareil-photo et le pointe en direction du professeur qui est justement en train de gronder sévèrement un camarade de classe.

Un simple clic, à peine audible, mais qui pourrait coûter cher à l'étudiant et ruiner la réputation de l'enseignant. Le happy slapping, vous connaissez?

Inspiré des émissions Jackass et Dirty Sanchez, ce phénomène rebaptisé «vidéolynchage» ou «joyeuse baffe» par les Français serait né au sud de Londres en 2004. À l'origine, il consistait à agresser une personne ou un groupe dans un lieu public, le tout étant filmé clandestinement à l'aide de la fonction caméra d'un téléphone cellulaire. Ces images étaient ensuite diffusées largement sur Internet, le plus souvent à l'insu de la victime.

Avec le temps, le phénomène s'est transformé, passant de simple gifle captée sur image au violent passage à tabac filmé et diffusé sur le Web. Et il a finalement gagné les écoles. Plus subtils, les actes de «happy slapping» ciblent désormais les professeurs dans le but de les ridiculiser.

Au Québec, le phénomène est relativement nouveau. Mais plusieurs cas de «happy slapping» dans certaines écoles secondaires de la province ont récemment défrayé les manchettes. C'est une tendance dont on doit désormais tenir compte. Big Brother a fait son entrée en classe. «On n'a qu'à naviguer sur YouTube. Le nombre de vidéos que l'on y trouve sous la rubrique "profs" est surprenant. Il y en a dans plusieurs pays, et certains sont d'une rare violence», dit François Beauregard, rédacteur en chef de la revue de la Centrale syndicale du Québec (CSQ), qui s'en inquiète et consacre tout un dossier sur la violence envers les enseignants dans son dernier numéro.

En novembre dernier, à la polyvalente Charles-Gravel au Saguenay, un enseignant a été filmé à son insu par un téléphone cellulaire en pleine classe. Le coup avait été orchestré par des étudiants qui ont tenté, en vain, de le faire sortir de ses gonds. Le vidéoclip s'est néanmoins retrouvé sur YouTube peu de temps après. Même scénario à la trame plus dramatique cette fois, à l'école Mont-Bleu dans Gatineau. Devant une classe totalement indisciplinée, un enseignant a bel et bien perdu le contrôle. Les cris et les insultes ont fusé, le tout mis en boîte par caméra du cellulaire d'une étudiante. En l'espace de 24 heures, les trois petits films sur l'exaspération du professeur ont été regardés par des milliers de personnes sur Internet. Bouleversé par l'incident, l'homme de 57 ans qui compte 33 ans d'expérience en enseignement, a dû prendre un congé de plusieurs mois pour s'en remettre.

«Filmer une partie de la vie d'un enseignant hors contexte équivaut à dénaturer avec des mauvaises intentions des gestes qui sont posés dans une intention professionnelle», souligne Réjean Parent, le président de la CSQ. Il déplore ce moyen qu'ont les élèves de «condamner par contumace» un enseignant par la voie de la technologie.

Pour le spécialiste en communication sociale, Jo Mulamba Katambwe, ce phénomène, qu'il qualifie d'épidémie, est d'autant plus alarmant qu'il ne restera pas marginal. «On est dans une société d'images où beaucoup d'importance est accordée à la publicisation de la vie privée. Dans cette logique médiatique, il ne faut pas s'étonner que les téléphones cellulaires, qui nous permettent de prendre des images et de les mettre sur YouTube, soient si populaires», a soutenu ce professeur au Département de lettres et communication de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Le bannir, la solution?

En France, cette tendance connaît un véritable boom. Durant les six premiers mois de 2006, pas moins de 200 incidents auraient été répertoriés, selon la présidente de l'Association SOS Benjamin qui lutte contre la violence à l'école. L'agression filmée d'une enseignante d'un lycée des Yvelines avait marqué l'entrée de ces «plaisanteries» de mauvais goût dans les établissements scolaires de niveau secondaire. L'adolescent «vidéaste» attend d'ailleurs son procès qui a récemment été reporté au 12 juin. En effet, depuis janvier et l'adoption d'un amendement d'un sénateur UMP dans le projet de loi Sarkozy sur la délinquance, le happy slapping est devenu un délit.

La situation est telle qu'une député de l'UMP en a fait son cheval de bataille. Nathalie Kosciusko-Morizet s'inquiète de cette nouvelle tendance qui «menace la sécurité des enseignants et des enfants en encourageant cette violence», née de l'essor des nouvelles technologies. Elle ne prône rien de moins que le bannissement du téléphone cellulaire, non seulement dans les classes, mais partout ailleurs dans l'école.

Certes, l'importance de réglementer est d'autant plus grande dans ce pays où 95 % des jeunes entre 15 et 17 ans possèdent un cellulaire. Dans des proportions moindres, les élèves du primaire et même les tout-petits de maternelle ont leur «babymo» (pour baby mobile), un téléphone cellulaire déguisé en ourson ou autre animal de peluche. À titre comparatif, selon une étude réalisée par Nokia, 64 % des jeunes Canadiens âgés de 15 à 29 ans ont des téléphones cellulaires. Parmi eux, plus de la moitié peuvent prendre des photos avec leur téléphone.

Après avoir fait la sourde oreille, le ministre français de l'Éducation, Gilles de Robien, a finalement tiré la sonnette d'alarme sur le téléphone portable. En plus d'avoir fait rédiger une circulaire sur la prévention de la violence à l'école, il a reconnu que le téléphone «doit être totalement prohibé dans les classes, voire dans les bâtiments».

Même si l'usage du téléphone cellulaire et autres appareils électroniques est déjà interdit dans les salles de cours au Québec, l'heure du bannissement n'est pas encore venue. Plusieurs conseils d'établissement songent néanmoins à inclure des mesures plus sévères aux codes de vie des écoles, dont ils ont la responsabilité. Déjà, dans certains établissements, les sac à main sont interdits en classe. Après l'incident qui lui a fait perdre momentanément un professeur, l'école secondaire Mont-Bleu n'y est pas allée de main morte: elle a carrément interdit l'utilisation du téléphone portable partout en ses murs. Même chose à Toronto où le Marc Garneau Collegiate Institute a interdit le cellulaire dans les corridors et la cafétéria, malgré les protestations des parents, qui voulaient garder le contact avec leurs enfants pendant la journée. Le conseil scolaire songe même à étendre cette mesure à toutes les écoles dès avril.

«Les directions d'école sont vraiment aux prises avec ce problème, et on va devoir y réfléchir. C'est toute la confiance en notre système d'éducation qui est en jeu», a indiqué pour sa part la présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Diane Miron.

Au Saguenay, le directeur de la polyvalente Charles-Gravel a demandé que la question soit mise à l'ordre du jour du prochain Conseil des commissaires. À la Commission scolaire de Montréal, on dit surveiller de près cette problématique, bien que l'on ne songe pas encore à imposer un règlement.

Pour le professeur Katambwe, adopter une attitude autoritaire prohibitive n'est pas recommandable. «Il ne faut pas chercher à bannir l'utilisation du téléphone cellulaire, mais plutôt tenter de promouvoir un usage responsable», a-t-il noté. Il se dit en désaccord avec certains professeurs qui n'osent toujours pas dénoncer les actes de happy slapping dont ils sont victimes, de peur que cela fasse boule de neige. «Au contraire, il faut plutôt provoquer un débat social et en parler dans les écoles et les familles. Devant la croissance certaine du phénomène, nous n'avons pas d'autres choix», a-t-il conclu.
 
 
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  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mardi 6 mars 2007 07h47
    Les compromis sont ingérables
    La recommandation du professeur Katambwe est ingérable "promouvoir l'utilisation responsable" du cellulaire à l'école, à partir du moment ou ce dernier devient une arme, c'est comme "promouvoir l'utilisation responsable du couteau de poche". Il faut restaurer l'autorité de l'école et laisser aux professeur la possibilité de se concentrer sur l'enseignement.

  • Richard Guay
    Abonné
    mardi 6 mars 2007 09h04
    Un peu de judo!
    Le judo, on le sait, est une technique de combat qui consiste à se servir du mouvement de l'adversaire pour le mettre au tapis. Plutôt que d'enrayer un mouvement qui semble plus que difficile à contrôler; un mouvement qui semble est le fait d'une minorité d'élèves, pour ne pas dire d'une poignée, pourquoi ne pas se servir positivement de l'atout que constitue cette nouvelle technologie. On pourrait, par exemple sensibiliser les élèves responsables et matures - c'est-à-dire la majorité - au fait que leur cellulaire pourrait servir à dénoncer la violence entre jeunes. En substance, le message pourrait être le suivant: "Tu es témoin d'actes violents. Capte-le et apporte-le au comité anti-violence de l'école... Tout en gardant secrète ta collaboration, le comité se chargera de le montrer au fautif pour le confronter et lui faire prendre conscience des effets pervers de sa conduite... Après tout, dénoncer un acte, ce n'est pas STOOLER son auteur mais, au contraire, peut-être lui rendre service!"

  • Julie Houle
    Inscrite
    mardi 6 mars 2007 09h26
    Épeurant!
    En tant qu'enseignante, je suis très consciente que lorsque les élèves décident de faire sortir un enseignant de ses gonds, ils sont excellents. S'ils mettaient autant d'efforts a planifier leurs travaux et à les faire, ce seraient tous des premiers de classe. Personnellement, nous devrions bannir les téléphones cellulaires des classes .
    Quel étudiant a besoin d'être rejoint pendant ses cours? S'il y a urgence familiale, les parents pourront toujours appeler au secrétariat de l'école comme ils le fesaient avant les cellulaires et, si c'est le nouveau petit copain qui envoie des messages textes à sa nouvelle copine... je crois que cela peut attendre!
    En plus des caméras, la messagerie texte est très nuisible en classe. Cela augmente la possibilité de plagiat énormément.

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    mardi 6 mars 2007 10h41
    Big Brother et son cordon ombilical
    Bonjour

    Assez curieusement,tout le monde se plaint de ne plus avoir de vie privée et d'être constamment surveillé et à la fois, vous avez ces parents qui veulent absolument garder le contact avec leurs petits même dans la classe d'école.

    On ne peut revenir en arrière mais,il faut quand même admettre que lorsqu'on allait à l'école, on y allait pour apprendre quelque chose. Les parents devraient apprendre à se détacher de leurs enfants,ils ne leur appartiennent pas. Ce sont eux les " big brother" qui sont incapables de couper le cordon ombilical. Tout cela, c'est pour pallier à leurs propres insécurités. Pourquoi mettre des enfants au monde qui les empêchent de se réaliser ?

    On devrait apprendre aux jeunes que le silence est formateur et que le cellulaire peut être une forme de manipulation pour les couper de leur individualité. D'ailleurs,un tel besoin de raconter sa vie à quelqu'un en présence de plein de gens dénote un manque de protection face à soi-même. Être si mal éduqué n'est certainement pas un signe d'évolution.

    Y-a-t-il toujours quelqu'un qui écoute au bout de ce
    sans-fil ou parlons-nous seul ? A t-on peur de la solitude à ce point ?

    C'est devenu un objet de culte ! On l'a même accroché à l'oreille pour faire ses exercices au gymnase.

    Ces gens sont inconscients. Ils braquent eux-mêmes la caméra sur leurs dépendances.

    Les humains sont incapables de concevoir qu'ils sont parfaits tellement ils se laissent manipuler.

    Valdor Lagacé-Gallant

  • mohamed ali touati
    Inscrit
    mardi 6 mars 2007 14h12
    l'ecole est un lieu d'etude ou un parc disney?
    je considere que je ne suis ni assez vieux pour etre depasser par le besoin de libertee au jeune ni si jeune pour etre a la hauteur des plaisenteries des petits mechants.
    quand j'etait eleve a tunis j'ai apris a respecter le professeur qui nous enseigne du bien et des sciences .
    et si quelqun parmis nous n'etait pas assis bien droit et les bras croiser ,il se fesait vite remarquer par le prof.
    il n'yavait meme pas de portable a mon epoque mais l'idee de bras croiser est toujours la bien venue. en plus une interdiction sans remord des cellulaires a l'entrer de l'ecole ,a verifier par le gardien.
    il n'ya pas de reuissite sans dicipline.
    merci au enseignants et tantpis pour les petits mechants.

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