La CSDM s'attaque aux règles d'ancienneté des profs
Alors qu'elle amorce un dialogue de négociation avec l'Alliance des professeurs de Montréal, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) vise plus de stabilité dans ses classes, écorchant au passage les règles d'ancienneté chères aux professeurs. Pour mettre fin au jeu de chaises musicales qui s'opère en début d'année, faisant défiler devant des élèves deux, trois et parfois quatre professeurs, la CSDM aspire à la règle «du bon prof dans la bonne classe pour toute l'année».
Voilà un des principaux enjeux de cette négociation locale, qui place la CSDM en situation de pourparlers avec les 8000 professeurs de l'Alliance. Dans le document présenté au syndicat tout juste avant Noël, la commission scolaire a souligné des problématiques auxquelles elle souhaite s'attaquer pour accroître la réussite des élèves. «Ce que nous demandons au syndicat, c'est: "Êtes-vous capables de mettre en veilleuse la règle d'ancienneté quand les élèves sont en classe et que l'année est commencée?», a expliqué hier la présidente de la CSDM, Diane De Courcy, lors d'un passage au Devoir.
En posant cette question, l'organisation souhaite faire cesser le processus de «placement» des professeurs qui s'étire sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, donnant «trop souvent» lieu à une rotation d'enseignants devant les enfants. «C'est une pratique qui nous occasionne beaucoup de plaintes de la part des conseils d'établissement et des parents», a expliqué hier Micheline Pothier, directrice générale de la CSDM. Si les employés veulent bien discuter de cette question, l'organisation souhaite être en mesure d'appliquer cette règle dès septembre prochain.
En novembre dernier, la commission scolaire a reçu une pétition signée par des parents qui revendiquaient une plus grande «stabilité» et la «continuité du personnel enseignant» dans les classes. «Je conviens qu'il existe de [multiples] raisons valables (par exemple: maladie) pour lesquelles l'assignation d'un enseignant puisse changer en cours d'année scolaire», écrit une mère dans cette pétition distribuée hier par la CSDM. «Néanmoins, nous vous demandons, Mme De Courcy, de rendre la CSDM plus respectueuse de sa clientèle, les enfants, en éliminant les changements non nécessaires.»
Cette pratique, assimilée par certains au «bingo des profs», voire à un encan, consiste à attendre que les enfants soient tous bien en classe, à la rentrée scolaire, de manière à faire un décompte réel de la clientèle bel et bien inscrite. En fonction du nombre d'élèves par école, le jeu des déplacements commence alors: un établissement comptant un surplus d'enseignants doit replacer ses profs ailleurs, selon des règles d'ancienneté.
Les postes mis en disponibilité sont alors affichés et les professeurs s'y inscrivent. C'est toutefois la règle d'ancienneté qui détermine l'attribution des postes. «Un simple congé de maladie dans une école peut provoquer un jeu de chaises musicales qui touche trois ou quatre profs et autant d'écoles», explique Mme Pothier. «Il faut qu'on arrive à s'entendre pour que la stabilité du personnel supplante la sacro-sainte règle d'ancienneté», ajoute Diane De Courcy, précisant que mercredi soir encore, une autre de ces assemblées a eu lieu alors que l'école est recommencée depuis quatre mois.
La commission scolaire reconnaît qu'elle devra faire son bout de chemin, notamment en permettant un décompte des élèves plus tôt qu'à la fin de septembre. «On doit raffiner nos outils, c'est vrai, mais les parents aussi devront être sensibilisés à l'importance de faire le choix de l'école au bon moment et de nous informer des déménagements prévus», affirme Mme De Courcy, qui concède que les situations d'exception (maladie ou congé de maternité, par exemple) pourraient bien sûr échapper au principe général dont rêve la CSDM.
Le syndicat ne voit pas cette demande d'un très bon oeil. «Tout le monde cherche une certaine stabilité, mais cela ne peut pas se faire au détriment de quelques principes de base, dont l'ancienneté. Ce n'est pas négociable», a expliqué hier Pierre St-Germain, président de l'Alliance.
L'Alliance s'est par ailleurs étonnée de la démarche médiatique entreprise hier par la CSDM pour faire part de ses souhaits patronaux. Elle a décelé dans l'ensemble des demandes de la partie patronale une «poursuite de la décentralisation des pouvoirs de la commission scolaire vers la direction d'école», comme l'a affirmé M. St-Germain.
Le syndicat souhaite quant à lui alléger la charge de travail des enseignants pour diminuer leur «détresse» en plus de stabiliser les contrats des profs à statut plus précaire. «À la première lecture, le dépôt de la CSDM est loin de nous satisfaire», a dit M. St-Germain.
Entre autres enjeux de négociation, la CSDM mise aussi sur des façons de mieux soutenir les enseignants, notamment en permettant qu'une portion de la formation et du perfectionnement auxquels les profs ont accès en cours d'année soit obligatoire plutôt que volontaire. C'est au terme d'une démarche consensuelle que les besoins de formation des enseignants sont établis au sein d'une école.
«Quand il y a de la formation à offrir aux enseignants sur un nouveau programme, par exemple, nous pouvons insister fortement pour que les profs y participent, mais c'est tout», note André Gravel, commissaire de la CSDM et porte-parole pour les questions de négociation. Constatant une plus grande détresse des jeunes enseignants, dont certains quittent la profession peu après y être entrés, la commission scolaire voudrait pouvoir accentuer les activités de formation et de perfectionnement de cette composante plus jeune de son personnel.
Elle songe à des mesures d'accompagnement comme le mentorat pour appuyer le travail des plus jeunes, mais ce voeu ne se réalisera pas sans modifier la convention collective. Dans ses rêves les plus fous, la CSDM souhaiterait revoir le processus de répartition des enseignants dans les écoles en dirigeant les plus expérimentés vers les milieux jugés plus difficiles. Il est notoire que ce sont très souvent les plus novices qui, ancienneté oblige, doivent composer avec les établissements les moins populaires.
«Il s'agit d'une main tendue vers l'Alliance et nous avons espoir de trouver des terrains d'entente sur ces questions», a conclu Mme De Courcy, précisant que la commission scolaire dispose des enveloppes nécessaires pour soutenir ses demandes.
Voilà un des principaux enjeux de cette négociation locale, qui place la CSDM en situation de pourparlers avec les 8000 professeurs de l'Alliance. Dans le document présenté au syndicat tout juste avant Noël, la commission scolaire a souligné des problématiques auxquelles elle souhaite s'attaquer pour accroître la réussite des élèves. «Ce que nous demandons au syndicat, c'est: "Êtes-vous capables de mettre en veilleuse la règle d'ancienneté quand les élèves sont en classe et que l'année est commencée?», a expliqué hier la présidente de la CSDM, Diane De Courcy, lors d'un passage au Devoir.
En posant cette question, l'organisation souhaite faire cesser le processus de «placement» des professeurs qui s'étire sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, donnant «trop souvent» lieu à une rotation d'enseignants devant les enfants. «C'est une pratique qui nous occasionne beaucoup de plaintes de la part des conseils d'établissement et des parents», a expliqué hier Micheline Pothier, directrice générale de la CSDM. Si les employés veulent bien discuter de cette question, l'organisation souhaite être en mesure d'appliquer cette règle dès septembre prochain.
En novembre dernier, la commission scolaire a reçu une pétition signée par des parents qui revendiquaient une plus grande «stabilité» et la «continuité du personnel enseignant» dans les classes. «Je conviens qu'il existe de [multiples] raisons valables (par exemple: maladie) pour lesquelles l'assignation d'un enseignant puisse changer en cours d'année scolaire», écrit une mère dans cette pétition distribuée hier par la CSDM. «Néanmoins, nous vous demandons, Mme De Courcy, de rendre la CSDM plus respectueuse de sa clientèle, les enfants, en éliminant les changements non nécessaires.»
Cette pratique, assimilée par certains au «bingo des profs», voire à un encan, consiste à attendre que les enfants soient tous bien en classe, à la rentrée scolaire, de manière à faire un décompte réel de la clientèle bel et bien inscrite. En fonction du nombre d'élèves par école, le jeu des déplacements commence alors: un établissement comptant un surplus d'enseignants doit replacer ses profs ailleurs, selon des règles d'ancienneté.
Les postes mis en disponibilité sont alors affichés et les professeurs s'y inscrivent. C'est toutefois la règle d'ancienneté qui détermine l'attribution des postes. «Un simple congé de maladie dans une école peut provoquer un jeu de chaises musicales qui touche trois ou quatre profs et autant d'écoles», explique Mme Pothier. «Il faut qu'on arrive à s'entendre pour que la stabilité du personnel supplante la sacro-sainte règle d'ancienneté», ajoute Diane De Courcy, précisant que mercredi soir encore, une autre de ces assemblées a eu lieu alors que l'école est recommencée depuis quatre mois.
La commission scolaire reconnaît qu'elle devra faire son bout de chemin, notamment en permettant un décompte des élèves plus tôt qu'à la fin de septembre. «On doit raffiner nos outils, c'est vrai, mais les parents aussi devront être sensibilisés à l'importance de faire le choix de l'école au bon moment et de nous informer des déménagements prévus», affirme Mme De Courcy, qui concède que les situations d'exception (maladie ou congé de maternité, par exemple) pourraient bien sûr échapper au principe général dont rêve la CSDM.
Le syndicat ne voit pas cette demande d'un très bon oeil. «Tout le monde cherche une certaine stabilité, mais cela ne peut pas se faire au détriment de quelques principes de base, dont l'ancienneté. Ce n'est pas négociable», a expliqué hier Pierre St-Germain, président de l'Alliance.
L'Alliance s'est par ailleurs étonnée de la démarche médiatique entreprise hier par la CSDM pour faire part de ses souhaits patronaux. Elle a décelé dans l'ensemble des demandes de la partie patronale une «poursuite de la décentralisation des pouvoirs de la commission scolaire vers la direction d'école», comme l'a affirmé M. St-Germain.
Le syndicat souhaite quant à lui alléger la charge de travail des enseignants pour diminuer leur «détresse» en plus de stabiliser les contrats des profs à statut plus précaire. «À la première lecture, le dépôt de la CSDM est loin de nous satisfaire», a dit M. St-Germain.
Entre autres enjeux de négociation, la CSDM mise aussi sur des façons de mieux soutenir les enseignants, notamment en permettant qu'une portion de la formation et du perfectionnement auxquels les profs ont accès en cours d'année soit obligatoire plutôt que volontaire. C'est au terme d'une démarche consensuelle que les besoins de formation des enseignants sont établis au sein d'une école.
«Quand il y a de la formation à offrir aux enseignants sur un nouveau programme, par exemple, nous pouvons insister fortement pour que les profs y participent, mais c'est tout», note André Gravel, commissaire de la CSDM et porte-parole pour les questions de négociation. Constatant une plus grande détresse des jeunes enseignants, dont certains quittent la profession peu après y être entrés, la commission scolaire voudrait pouvoir accentuer les activités de formation et de perfectionnement de cette composante plus jeune de son personnel.
Elle songe à des mesures d'accompagnement comme le mentorat pour appuyer le travail des plus jeunes, mais ce voeu ne se réalisera pas sans modifier la convention collective. Dans ses rêves les plus fous, la CSDM souhaiterait revoir le processus de répartition des enseignants dans les écoles en dirigeant les plus expérimentés vers les milieux jugés plus difficiles. Il est notoire que ce sont très souvent les plus novices qui, ancienneté oblige, doivent composer avec les établissements les moins populaires.
«Il s'agit d'une main tendue vers l'Alliance et nous avons espoir de trouver des terrains d'entente sur ces questions», a conclu Mme De Courcy, précisant que la commission scolaire dispose des enveloppes nécessaires pour soutenir ses demandes.
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