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Secondaire - La pédagogie par projets permet d'heureux résultats

Denis Lord   6 janvier 2007  Éducation
La réforme est déjà implantée au premier cycle du secondaire. L'opération ne va pas sans heurts. Si un enseignant approuve l'orientation générale donnée, il n'est pas sans constater que beaucoup de correctifs devront être apportés.

Le renouveau pédagogique est en place au premier cycle de toutes les écoles québécoises de niveau secondaire depuis déjà quelques années. Dès l'an prochain, il sera appliqué à la troisième secondaire puis, en 2008 et 2009, au reste du second cycle.

Dans les grandes lignes, les objectifs de la réforme de l'éducation — actualisation des méthodes et du contenu de l'enseignement, hausse du pourcentage de diplômés — obtenaient le consensus des divers intervenants du secteur de l'éducation. Dans les faits cependant, la réforme s'est heurtée à une vaste campagne de dénigrement quant à ses modalités.

Rapprocher les matières

Marc Landry enseigne actuellement le français dans une école secondaire de la Rive-Sud. Voilà 15 ans qu'il oeuvre au sein du système d'éducation québécois et il épouse globalement son actuel remodelage. «Notre fameux système d'éducation produisait 40 % de décrocheurs, affirme-t-il. On enseignait presque comme à l'époque de Molière. J'exagère un peu, mais les jeunes d'aujourd'hui sont nés avec un cellulaire dans une main et une souris d'ordinateur dans l'autre. Le renouveau pédagogique correspond à une nécessité.»

À l'approche «perroquet», Marc Landry privilégie largement celle, socioconstructiviste, de la pédagogie par projets, qui met l'accent sur l'activité de l'étudiant dans une perspective collective et d'interconnexion entre les matières. «La réforme, affirme l'enseignant, permet aussi de faire le lien entre la théorie et la pratique. En français, ça fait des années qu'il est prouvé que le transfert ne s'opère pas entre la théorie et les exercices. On multiplie ces derniers, mais sans résultat. Il faut enseigner la grammaire dans un contexte cohérent.»

Pour ce faire, Marc Landry fait écrire à ses étudiants sous la forme journalistique des faits divers, par exemple, qui illustrent les notions de phrases incises et divers usages de la ponctuation. Il y a un mois, ses étudiants devaient produire un texte sur des personnalités humanistes comme Gan-dhi ou Gilles Kègle. Ce projet leur permettait de démontrer leur connaissance de la grammaire tout en exploitant des notions d'histoire et des questionnements abordés dans leur cours de morale.

Dans l'optique du professeur, la pédagogie par projets a largement fait ses preuves; ce mode d'apprentissage n'est-il pas à l'honneur dans les écoles internationales, qui sont parmi les mieux classées au palmarès de L'actualité?

Une mise en place ardue

Deux systèmes de notation par lettres (entre «A» et «E») sont actuellement employés dans le cadre du renouveau pédagogique: le premier quantifie les résultats obtenus par l'étudiant dans chacune des matières, et l'autre témoigne de l'acquisition des fameuses «compétences transversales». Au nombre de neuf, ces dernières servent à évaluer l'actualisation du potentiel de l'étudiant, ses capacités à coopérer, à résoudre des problèmes, à exploiter les technologies de l'information, etc.

La Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) milite pour l'abolition de l'évaluation des compétences transversales tout en affirmant que l'école doit continuer de permettre l'acquisition des apprentissages qu'elles représentent.

Comme plusieurs autres intervenants de l'éducation, Marc Landry croit aux compétences transversales et à l'utilité de leur évaluation. Elles témoignent à son sens d'une valorisation d'outils (méthodologie, débrouillardise, etc.) dont l'utilité dépasse le cadre d'une matière donnée et qui contribuent à faire de l'école un lieu stimulant, dynamique.

Mais là comme ailleurs, le renouveau pédagogique pose problème quant à son calendrier de mise en place. Marc Landry avait déjà évalué les compétences de ses élèves avant même de recevoir les directives du ministère de l'Éducation sur le sujet. Et encore: était-il nécessaire de faire la moyenne des notes données par les professeurs? Cela n'était pas balisé.

«L'implantation de la réforme n'a pas été assez planifiée, déplore le professeur de français, et la disponibilité pour s'y préparer est défaillante. C'est là qu'on frappe un mur. Je connais un professeur de morale en deuxième secondaire qui donne des cours à huit groupes qu'il voit une fois par semaine. Comment pourrait-il évaluer leurs compétences? Un autre professeur d'arts plastiques enseigne à 500 élèves. C'est impossible!»

Où trouver le temps ?

Marc Landry lui-même enseigne à 96 élèves répartis en deux groupes. À cette tâche s'ajoutent la correction des copies et les journées pédagogiques. Un horaire surchargé, quoi. Et ce n'est pas tout: les rencontres pour le renouveau pédagogique peuvent réunir jusqu'à 27 personnes. «C'est beaucoup, constate Marc Landry, nous ne nous rendons jamais à la fin de l'ordre du jour.»

En fin de compte, les professeurs manquent aussi de temps pour se concerter dans la planification de la pédagogie par projets, sans parler de ceux qui boycottent carrément les réunions. «L'an passé par exemple, nous avons parlé du stress et de ses effets sur le système immunitaire dans le cadre d'un cours sur la vulgarisation scientifique. C'est un sujet qui interpelle beaucoup les étudiants. Or, quelques semaines plus tard, ils abordaient le même thème dans un cours de biologie. Si nous l'avions su avant, nous aurions pu aller beaucoup plus loin dans ce projet.»

Des correctifs sont nécessaires

Pour l'enseignant de la Rive-Sud de Montréal, les investissements ne sont pas réalisés aux bons endroits. Il faudrait davantage valoriser la formation des professeurs et accorder les ressources promises (100 M$) pour les élèves en difficulté. Le secondaire est une étape cruciale dans le développement des étudiants et travailleurs, et les ressources en orthopédagogie y sont quasi inexistantes.

Une solution envisagée pour favoriser l'appropriation du renouveau par le personnel enseignant est d'appliquer au Québec le modèle européen, où le mercredi est jour férié pour les étudiants. Une bonne occasion pour eux de faire du sport, avance Marc Landry, alors que les professeurs en profiteraient pour actualiser la nouvelle pédagogie et développer une cohésion.

Cette solution exige cependant un grand travail de coordination et de gestion des infrastructures, du transport aux horaires des parents. Et il faudrait encore que les professeurs du second cycle se rendent compte de l'étendue de la problématique et comprennent mieux les exigences du nouveau système.

Rien d'impossible, toutefois, ni d'irréalisable. Et tout ajustement, aussi radical soit-il, est préférable au découragement, à la démobilisation et au je-m'en-foutisme. Ne parle-t-on pas ici de l'avenir d'une nation?

Collaborateur du Devoir






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  • Marie Chantal SCHMITZ
    Abonnée
    dimanche 7 janvier 2007 15h41
    Le mythe du modèle européen...
    « Je suis très contente de m'être abonnée à votre journal et d'y découvrir des articles sur le monde de l'éducation. en Belgique, nous avons une vision "idyllique" de la pédagogie et de l'enseignement au Canada. (Je ne parlerai que du Canada d'expression francophone dans la mesure où je n'enseigne pas dans un système non francophone.) Il est vrai que ce qui nous en parvient habituellement repose sur quelques piliers renommés : les universités Laval et Sherbrooke; les éditions "La Chenelière"; le site internet du CCDMD!!!!!!!!!!!!

    Vu ainsi, vous nous semblez un pays de cocagne :)
    Je rassure tout de suite les collègues canadiens : dans l'enseignement secondaire belge, il y a certes congé le mercredi mais uniquement l'après-midi! Je ne sais pas combien d'heures prestent les professeurs canadiens mais les Belges, dans les premiers cycles du secondaire prestent entre 22 et 26 heures (de classe) et ceux des derniers cycles prestent 20, parfois 22 heures. A cela s'ajoutent les conseils de classe, les réunions de coordination, les préparations, les corrections, les éventuels recyclages ou formations en cours de carrière... Tout dépend parfois de l'établissement où vous exercez et de la compétence du directeur. Dans deux départements pédagogiques différents, comme Maître-Assistante de langue française, pour la formation des futurs instituteurs et professeurs du secondaire inférieur, dans un département, je prestais 10 heures devant les étudiants, toute l'année, je devais aussi me déplacer pour les stages, effectuer mes recherches, surveiller les travaux de fin d'études de 6 étudiants maximum pour le salaire X. L'année suivante, pour les "mêmes fonctions", j'ai presté plus de 38 heures semaines la plupart du temps, quand je devais voir des étudiants en stage, aucune répartition n'ayant été prévue au préalable, j'en avais 200 à voir en 4 semaines et j'ai découvert par la suite que certains avaient été vu 5 fois et que d'autres n'avaient pas été vus :). Mon salaire était hélàs le même, je n'avais pas de temps pour faire correctement mes recherches et en cours d'année, j'ai eu un malaise cardiaque, au sein de l'établissement, vu le stress...!!!

    Maintenant, je fais de la recherche à l'Université libre de Bruxelles; comme je suis chercheuse volontaire et inscrite comme étudiante, je ne gagne rien mais je vis sereinement et je compte bien reprendre le collier l'an prochain mais pas pour que l'on tue les gens à la tâche.

    J'aimerais beaucoup savoir si les professeurs canadiens utilisent eux aussi des socles de compétences, des compétences de base, des compétences terminales. Je suis disposée à renseigner des sites où les informations de nos programmes sont téléchargeables pour que le dialogue se noue par dessus les océans!
    Cordialement à vous! »

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