Syndicalisme - De 2006 à 2007, encore et toujours la réforme...
D'un côté, il y a les irréductibles partisans de la réforme de l'éducation qui ne jurent que par les compétences transversales et les apprentissages par projets. De l'autre se retrouvent les farouches défenseurs d'une pédagogie traditionnelle fondée largement sur l'acquisition des savoirs par matières. Le passage, dans une large mesure, à des stratégies différentes d'apprentissage s'effectue toujours dans la controverse et la confusion en ce début d'année au primaire et au secondaire, particulièrement chez les enseignants.
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) ont adopté en décembre dernier une position médiane qui vise à apporter des correctifs importants à la réforme sans pour autant que son existence, déjà trop avancée, soit remise en question. La présidente du plus vaste regroupement d'enseignants au Québec, Johanne Fortier, croit que ce dossier majeur a marqué la fin de 2006 et qu'il figurera pour la FSE, en compagnie de toute la problématique des élèves en difficulté, en priorité de l'ordre du jour en éducation au cours de l'année 2007.
Elle se penche sur les objectifs de la rencontre avec le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), Jean-Marc Fournier, qui s'est déroulée durant ce même mois: «Nous avons la conviction qu'on est vraiment dans un point tournant et que c'est majeur. On dit au ministre dans nos propositions que nous ne voulons pas cautionner un retour en arrière qui apparaît simpliste, et il n'est pas davantage question de faire une profession de foi envers la réforme. Il faut prendre acte de la difficulté, voire même de la détresse de ce qui se passe actuellement dans le milieu. Voilà pourquoi nous avons soumis six propositions qui sont autant d'appels à l'aide, à la compréhension du ministre par rapport à une situation vécue; c'est un signal envoyé pour faire en sorte que ce dernier entende la voix des enseignants.»
Les deux correctifs majeurs
À moyen terme, la CSQ-FSE prône cette solution: «On a eu l'idée d'une commission autonome et indépendante qui pourrait faire le point sur deux aspects: il y a toute la difficulté de l'intégration des élèves, qui demeure omniprésente, et aussi celle des compétences transversales et disciplinaires, tant dans leur développement que dans leur évaluation. Même la coalition pour réussir la réforme signale dans son mémoire que le Québec a été très téméraire de mettre de l'avant une telle approche sans savoir exactement comment évaluer ces compétences-là.»
La présidente explique la position syndicale prise dans ce sens-là: «On s'est situé entre les deux pôles d'un débat très polarisé entre les "pro" et les "anti" réforme. Il faut prendre le temps d'écouter les enseignants et de redresser ce qui doit l'être. La mise sur pied d'une commission, c'est une façon d'assurer une certaine crédibilité, neutralité et objectivité à une pareille démarche; il ne faut pas remettre cela entre les mains du ministère même, qui devient juge et partie. On pense qu'il s'agit de propositions réalistes qui, en même temps, tiennent compte du désarroi vécu actuellement sur le terrain.»
Comment le ministre a-t-il reçu les propos de la Centrale et de la Fédération? «Il a été ouvert à nous écouter et à nous entendre. Les propositions ont été bien reçues. En ce qui concerne le mécanisme de la commission, il a exprimé sa tiédeur et montré qu'il préférait s'en remettre à la table de pilotage du dossier. Rien n'empêche qu'il doit, à notre avis, nous donner une réponse officielle et définitive de la part du ministère. La table est un passage obligé ou nécessaire si on parle des autres acteurs en présence, mais le leadership et la responsabilité, ça relève du ministre de l'Éducation et nous nous attendons, au cours des quelques semaines à venir en janvier, à ce qu'il se positionne par rapport à la dernière orientation soumise.» Il en résulterait un progrès significatif: «S'il y a des réponses favorables, ça donne un souffle nouveau et une perspective nouvelle beaucoup plus intéressante.»
Si les portes se referment...
Advenant un refus de sa part, il se pose un problème et un risque sérieux de démotivation, de décrochage de la part des enseignants qui se sentent de plus en plus impuissants et démunis; voilà le message qu'ils nous livrent. Mme Fortier fournit une des principales raisons d'un tel désarroi: «On a parlé de l'intégration très importante des élèves en difficulté, qui se combine avec un écrémage de nos classes par des projets sélectifs; de plus en plus d'élèves du secondaire se dirigent vers le privé et pour éviter cela, on met en place de tels projets. Donc, nos classes sont épurées des meilleurs éléments et on retrouve à l'intérieur de celles-ci des élèves beaucoup plus, entre guillemets, faibles. Si on ne peut donner un coup de barre sur ce plan-là, toute réforme sera en péril.»
En cas de fin de non-recevoir du ministre touchant les compétences, les enseignants devront trouver d'autres moyens pour faire valoir leur point de vue: «Si au retour on n'a pas de réponse, il va falloir voir comment on s'oriente: quels types d'actions, de mobilisations, d'interventions pourrons-nous faire pour qu'on nous entende?»
En ce sens, 2007 est une année charnière dans le suivi de la réforme: «C'est une année cruciale. On sait qu'on est au passage de la deuxième à la troisième année du secondaire, là où se situent les modifications dans les choix de cours; il est supposé y avoir l'an prochain en troisième secondaire une diversification des parcours qui est tout à fait nouvelle; les commissions scolaires ne sont pas prêtes à déclencher cette opération.» La FSE demande de reporter à plus tard ce changement.
Johanne Fortier fait ressortir le caractère d'urgence de la situation en ce début d'année: «On en est rendu là, et si on ne veut pas polariser le débat entre les pour et les contre la réforme, sans être capable de dégager des positions à court et moyen termes, on va se retrouver au centre d'une polémique et dans un milieu complètement divisé.» En conclusion, elle laisse par conséquent savoir que 2007 sera véritablement, pour la Fédération des syndicats de l'enseignement, l'année de la réforme et du dossier de l'intégration des élèves en difficulté.
Collaborateur du Devoir
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) ont adopté en décembre dernier une position médiane qui vise à apporter des correctifs importants à la réforme sans pour autant que son existence, déjà trop avancée, soit remise en question. La présidente du plus vaste regroupement d'enseignants au Québec, Johanne Fortier, croit que ce dossier majeur a marqué la fin de 2006 et qu'il figurera pour la FSE, en compagnie de toute la problématique des élèves en difficulté, en priorité de l'ordre du jour en éducation au cours de l'année 2007.
Elle se penche sur les objectifs de la rencontre avec le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), Jean-Marc Fournier, qui s'est déroulée durant ce même mois: «Nous avons la conviction qu'on est vraiment dans un point tournant et que c'est majeur. On dit au ministre dans nos propositions que nous ne voulons pas cautionner un retour en arrière qui apparaît simpliste, et il n'est pas davantage question de faire une profession de foi envers la réforme. Il faut prendre acte de la difficulté, voire même de la détresse de ce qui se passe actuellement dans le milieu. Voilà pourquoi nous avons soumis six propositions qui sont autant d'appels à l'aide, à la compréhension du ministre par rapport à une situation vécue; c'est un signal envoyé pour faire en sorte que ce dernier entende la voix des enseignants.»
Les deux correctifs majeurs
À moyen terme, la CSQ-FSE prône cette solution: «On a eu l'idée d'une commission autonome et indépendante qui pourrait faire le point sur deux aspects: il y a toute la difficulté de l'intégration des élèves, qui demeure omniprésente, et aussi celle des compétences transversales et disciplinaires, tant dans leur développement que dans leur évaluation. Même la coalition pour réussir la réforme signale dans son mémoire que le Québec a été très téméraire de mettre de l'avant une telle approche sans savoir exactement comment évaluer ces compétences-là.»
La présidente explique la position syndicale prise dans ce sens-là: «On s'est situé entre les deux pôles d'un débat très polarisé entre les "pro" et les "anti" réforme. Il faut prendre le temps d'écouter les enseignants et de redresser ce qui doit l'être. La mise sur pied d'une commission, c'est une façon d'assurer une certaine crédibilité, neutralité et objectivité à une pareille démarche; il ne faut pas remettre cela entre les mains du ministère même, qui devient juge et partie. On pense qu'il s'agit de propositions réalistes qui, en même temps, tiennent compte du désarroi vécu actuellement sur le terrain.»
Comment le ministre a-t-il reçu les propos de la Centrale et de la Fédération? «Il a été ouvert à nous écouter et à nous entendre. Les propositions ont été bien reçues. En ce qui concerne le mécanisme de la commission, il a exprimé sa tiédeur et montré qu'il préférait s'en remettre à la table de pilotage du dossier. Rien n'empêche qu'il doit, à notre avis, nous donner une réponse officielle et définitive de la part du ministère. La table est un passage obligé ou nécessaire si on parle des autres acteurs en présence, mais le leadership et la responsabilité, ça relève du ministre de l'Éducation et nous nous attendons, au cours des quelques semaines à venir en janvier, à ce qu'il se positionne par rapport à la dernière orientation soumise.» Il en résulterait un progrès significatif: «S'il y a des réponses favorables, ça donne un souffle nouveau et une perspective nouvelle beaucoup plus intéressante.»
Si les portes se referment...
Advenant un refus de sa part, il se pose un problème et un risque sérieux de démotivation, de décrochage de la part des enseignants qui se sentent de plus en plus impuissants et démunis; voilà le message qu'ils nous livrent. Mme Fortier fournit une des principales raisons d'un tel désarroi: «On a parlé de l'intégration très importante des élèves en difficulté, qui se combine avec un écrémage de nos classes par des projets sélectifs; de plus en plus d'élèves du secondaire se dirigent vers le privé et pour éviter cela, on met en place de tels projets. Donc, nos classes sont épurées des meilleurs éléments et on retrouve à l'intérieur de celles-ci des élèves beaucoup plus, entre guillemets, faibles. Si on ne peut donner un coup de barre sur ce plan-là, toute réforme sera en péril.»
En cas de fin de non-recevoir du ministre touchant les compétences, les enseignants devront trouver d'autres moyens pour faire valoir leur point de vue: «Si au retour on n'a pas de réponse, il va falloir voir comment on s'oriente: quels types d'actions, de mobilisations, d'interventions pourrons-nous faire pour qu'on nous entende?»
En ce sens, 2007 est une année charnière dans le suivi de la réforme: «C'est une année cruciale. On sait qu'on est au passage de la deuxième à la troisième année du secondaire, là où se situent les modifications dans les choix de cours; il est supposé y avoir l'an prochain en troisième secondaire une diversification des parcours qui est tout à fait nouvelle; les commissions scolaires ne sont pas prêtes à déclencher cette opération.» La FSE demande de reporter à plus tard ce changement.
Johanne Fortier fait ressortir le caractère d'urgence de la situation en ce début d'année: «On en est rendu là, et si on ne veut pas polariser le débat entre les pour et les contre la réforme, sans être capable de dégager des positions à court et moyen termes, on va se retrouver au centre d'une polémique et dans un milieu complètement divisé.» En conclusion, elle laisse par conséquent savoir que 2007 sera véritablement, pour la Fédération des syndicats de l'enseignement, l'année de la réforme et du dossier de l'intégration des élèves en difficulté.
Collaborateur du Devoir
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