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Collégial - Les cégeps signent des ententes avec les ordres professionels

La formation continue permet à la clientèle migrante de joindre enfin le marché du travail

Pierre Vallée   6 janvier 2007  Éducation
La formation continue au niveau collégial est une réalité depuis plusieurs années maintenant. Et l'on aurait tort de la réduire à des formations répondant uniquement aux besoins spécifiques de certaines entreprises. L'offre de service, quoique arrimée au marché du travail, est plus variée et plus pointue. Et surtout, elle dessert une toute nouvelle clientèle: les personnes immigrantes.

«Chez nous, la clientèle immigrante représente maintenant plus de 50 % des personnes inscrites à la formation continue, avance Eléna Galarneau, directrice de la formation continue au collège Maisonneuve. Dans certains secteurs, tels la transformation des aliments et les soins infirmiers, les personnes immigrantes peuvent composer jusqu'à 80 % de la classe.»

Même son de cloche de la part d'Anne Couillard, directrice de la formation continue au Collège Rosemont. «Il ne fait aucun doute que cette clientèle est en constante augmentation.» La raison pour l'engouement des personnes immigrantes pour la formation continue donnée dans les cégeps?

«C'est souvent une façon pour elles de réintégrer le marché du travail dans le secteur de leur formation, explique Eléna Galarneau. Plusieurs sont très scolarisées et ont des baccalauréats ou des maîtrises. En attendant que leurs compétences soient reconnues, cette formation leur permet au moins d'aller sur le marché du travail.» Elle donne en exemple des dentistes formés à l'étranger qui se recyclent dans l'hygiène dentaire.

Selon Anne Couillard, ces formations ont aussi l'avantage de permettre aux personnes immigrantes de s'adapter à la réalité québécoise. «Ce ne sont pas leurs acquis scolaires qui sont en cause, mais souvent les personnes immigrantes ne comprennent pas la manière de faire québécoise et la façon dont leur profession est exercée au Québec.»

Reconnaissance des acquis

L'intégration au marché du travail des personnes immigrantes scolarisées nécessite une forme de reconnaissance des acquis, ce qu'ont mis en place les cégeps. «Il faut être en mesure de reconnaître les compétences acquises par la formation, explique Martine Blache, directrice de la formation continue au Cégep du Vieux-Montréal. Mais il faut aussi reconnaître les compétences acquises par l'expérience.»

Cela a mené plusieurs cégeps à conclure des ententes en ce sens avec certains ordres professionnels. «Nous avons une entente à Rosemont avec l'Ordre des technologistes médicaux du Québec concernant la formation de laborantins, précise Anne Couillard. Nous négocions présentement avec l'Ordre des inhalothérapeutes et l'Ordre des acuponcteurs.»

Les personnes immigrantes qui suivent ces formations pourront, si elles réussissent, devenir membres de l'ordre professionnel et ainsi obtenir le droit de pratiquer au Québec. Ce partenariat avec les ordres professionnels va en s'accentuant, selon Eléna Galarneau, puisqu'on compte présentement 13 projets de reconnaissance des acquis sur la table. «C'est une façon de combler la pénurie de main-d'oeuvre dans certains secteurs. Cela répond aussi aux besoins du ministère de l'Immigration, qui cherche à attirer au Québec une clientèle immigrante mieux scolarisée. Il va de soi que l'on doit trouver une façon de mieux les intégrer au marché du travail et c'est un défi que peut relever la formation continue collégiale.»

Autres clientèles

La présence des personnes immigrantes ne doit pas pour autant occulter les autres missions de la formation continue au niveau collégial. «Une partie de notre clientèle est composée de Québécois qui se retrouvent sans emploi, soit à l'assurance chômage ou à l'aide sociale, précise Eléna Galarneau. Ce sont des gens qui cherchent à réorienter leur carrière et qui sont à la recherche d'une formation pour le faire.»

Les formations données par les cégeps mènent à une attestation d'études collégiales (AEC). La formation est technique et les étudiants n'ont pas à suivre les cours de formation générale. La formation est donc plus courte dans le temps, ce qui sied bien à une clientèle adulte dont le but est de réintégrer le marché

du travail.

Une seconde clientèle est celle qui cherche surtout à se perfectionner. «Ce sont des personnes qui possèdent un DEC, mais qui souhaitent une mise à niveau de leurs connaissances, souligne Anne Couillard. C'est une formation qu'on pourrait appeler de post-DEC. Et elle n'attire pas seulement des détenteurs de DEC puisque plusieurs universitaires en profitent aussi. Cette formation leur convient parfaitement s'ils cherchent à se perfectionner ou à acquérir une compétence dans un secteur particulier.» Elle remarque aussi qu'on assiste à un certain décloisonnement des clientèles. «Une nouvelle clientèle qui vient d'apparaître est celle des 45-55 ans.»

Offre variée

Un simple coup d'oeil sur la liste des cours offerts en formation continue dans les cégeps suffit pour comprendre qu'elle couvre l'ensemble des disciplines et qu'elle emprunte diverses formes. D'abord, elle ne se limite pas uniquement aux AEC puisque certaines formations sont au niveau du DEC. De plus, les formations font souvent preuve de souplesse. «Nous avons une formation en techniques de l'éducation à l'enfance, explique Martine Blache, qui s'offre à temps plein et aussi à temps partiel. Ce qui permet à une personne qui travaille déjà dans un centre de la petite enfance d'aller chercher son diplôme tout en continuant à travailler.»

En règle générale, les formations offertes en formation continue reflètent les créneaux d'excellence de chacun des cégeps. D'autres répondent à des besoins spécifiques. «Nous cherchons à nous coller à la réalité, souligne Anne Couillard, et nous cherchons à être accessibles à tout le monde.» De plus, les cégeps ont appris à travailler de concert. «Il existe une entente tacite entre nous qui fait en sorte que nous respectons les spécialités et les créneaux des autres», explique Martine Blache.

Selon Eléna Galarneau, les collèges doivent aussi investir davantage dans les ressources d'accueil et dans les démarches d'accompagnement des étudiants en formation continue. «Souvent une personne répond à une offre parce qu'elle la connaît, sans pour autant que cette dernière corresponde à ses besoins spécifiques. Pourquoi s'inscrire en soins infirmiers si votre profil est plutôt du côté de l'agronomie? Vaudrait mieux alors s'inscrire en transformation alimentaire.»

Dans un monde de plus en plus axé sur l'économie du savoir, la formation continue est appelée à croître, avance-t-elle. «Il faut briser la barrière entre la formation régulière et la formation continue.» Elle croit aussi que la formation continue au niveau collégial a un rôle important à jouer dans cette nouvelle réalité, en particulier dans le domaine de la formation technique, où le Québec accuse un retard dans certains secteurs, comme en témoigne la pénurie de main-d'oeuvre.

Un bémol s'impose toutefois. «Nous ne disposons pas des ressources financières ni des marges de manoeuvre requises pour se développer adéquatement. Il est temps que le Québec prenne le virage de la formation continue au collégial et que le gouvernement y investisse les sommes nécessaires.»

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