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Littérature au cégep - Sade ou saint François de Sales?

13 décembre 2006  Éducation
Un colloque, la Table de concertation de la formation générale du Collège de Rosemont, amène des professeurs de cégep à se poser la même question que les anciens Grecs il y a 2500 ans:Oedipe-Roi ou les poèmes d'Homère sont-ils immoraux? Aujourd'hui, ils reprennent la question en d'autres mots: auteurs négativistes, néantistes et mélanomanes méritent-ils d'être offerts par les profs de cégep à leurs étudiants?

Ils auraient pu se poser la question plus simplement: «Doit-on enseigner La Philosophie dans le boudoir de Sade ou l'Introduction à la vie dévote de saint François de Sales?»... Quelque part entre les deux, peut-être.

Ma dernière reformulation n'est pas une boutade car, cégépien en 1968, je me souviens de ces oeuvres sans portée et sans richesse qu'on m'a fait lire: Poussière sur la ville d'André Langevin, La Colline inspirée de Barrès, Raboliot de Genevoix et le Mat théotime d'un quidam dont j'oublie le nom. Bref, ils m'ont fait perdre mon temps.

Mais pas tout à fait, car de ces oeuvres, Le Lys dans la vallée, Le Rouge et le Noir, L'Assommoir, Germinal, Le Grand Meaulnes, il me reste quelque chose: la grande littérature mérite d'être lue, mais seule la grande, à mon avis. Et pourquoi ne pas avoir l'intelligence minimale de nous faire commencer tout bonnement, tout naturellement, par le commencement: les deux poèmes d'Homère?

La liberté de choisir le meilleur

J'ai eu le bonheur, à 18 ans, d'échapper au pensum Maria Chapdelaine. Lu à 52 ans, j'ai été assommé par le fait qu'on ait pu honorer cet ouvrage dont tout respire le mépris de la vie au service de l'idéologie la plus réactionnaire: non à l'amour, oui à la mort, oui au sacrement du mariage de convenance, non à la modernité, oui au refus de tout progrès éventuel et pas une graine de pensée progressiste. Amen.

Par ailleurs, il existe des auteurs contemporains fort valables. Il est souhaitable qu'ils soient aussi offerts, ne serait-ce que pour éviter le piège du traditionalisme ou du passéisme. Encore là, il faut en avoir lu un grand nombre pour choisir ceux qui remplacent avantageusement les grands classiques des trois derniers siècles. Verser dans de jeunes coeurs la déprime des bouseux déprimants n'est pas digne d'un maître.

En philosophie, à mon cégep de 1966-68, tous ont été des professeurs cancres. Aucun ne nous a fait lire en entier une de ces oeuvres essentielles et majeures: l'Éthique à Nicomaque d'Aristote, La République de Platon, Propos sur le bonheur d'Alain ou toute autre oeuvre vraiment forte, riche d'espoir et accessible aux étudiants de collégial, par exemple les Dialogues de Platon. N'existait même pas un manuel de philosophie générale comme il en existe d'excellents aujourd'hui.

Dans ce métier, il faut avoir du caractère et être capable de forcer tout jeune à se hausser au contact des plus grands.

La littérature, à la différence des autres disciplines enseignées au cégep, est l'activité la plus libre qui fut jamais. Elle ne connaît aucune limite de sujets, de personnages, de situations, de cadres, de formes ou de style. Elle n'est même pas limitée par la morale. Elle est la liberté même, qu'elle enseigne à l'esprit, qu'elle ouvre à tous les horizons. Raison de plus pour un professeur d'avoir l'intelligence d'y choisir le meilleur, le texte aux phrases nourricières qui aident à vivre autant qu'à dévoiler l'infinie variété des situations humaines.






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