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Josée Boileau   11 décembre 2006  Éducation
Le titre sonne comme un signal d'alarme: L'Enseignement secondaire au Canada, Un bilan positif - Un avenir incertain. Et l'alarme mérite en effet d'être sonnée, comme le fait le Conseil canadien sur l'apprentissage (CCA) dans un imposant rapport rendu public jeudi. Alors que les autres pays occidentaux ont mis en branle différents mécanismes pour tirer leur épingle du jeu dans un monde où la formation de haut niveau, la recherche et l'innovation vont de plus en plus primer, ici, on dort sur nos lauriers. Et ce n'est pas par manque d'argent mais de vision, comme le souligne le p.-d.g. du CCA, M. Paul Cappon.

De fait, le Canada traîne la patte quant au nombre de détenteurs de doctorat, le secteur privé investit peu le champ de la recherche et du développement, certains groupes, comme les autochtones, n'accèdent que difficilement à l'enseignement post-secondaire, la formation continue laisse à désirer, des millions de Canadiens peinent à lire et écrire...

Le rapport non seulement compare avec ailleurs, mais il fait aussi ressortir certains aspects dont on ne parle jamais. Par exemple, on croit beaucoup trop que la formation reçue dans la jeunesse restera un acquis. Les enquêtes font plutôt voir une perte de compétences — qui pourrait être contrée si le principe même d'une formation tout au long de la vie avait priorité.

Tous ces facteurs mis bout à bout font en sorte qu'au final, c'est la productivité du Canada qui écope. On le voit, il s'agit là d'une analyse autrement plus fine que les reproches que lançait cet automne Lucien Bouchard aux Québécois paresseux!

Le rapport bute toutefois sur la réalité politique canadienne, et pas seulement parce que, dans ses recommandations, il fait appel à des objectifs nationaux ou à la création d'outils, comme une carte nationale d'identité des étudiants, alors que l'éducation est de responsabilité provinciale. En fait, c'est toute la spécificité québécoise qui est noyée dans cette approche pancanadienne.

Par exemple, quand le rapport aborde la question des droits de scolarité, il trace des moyennes sans tenir compte du faible coût des études post-secondaires au Québec qui nous démarque du Rest of Canada.

De même, le Québec arrive largement en tête du pays quant à ses investissement en R&D, ce qui le place au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE. Ce qu'il faudrait savoir dès lors, c'est si cet effort est suffisant pour soutenir notre économie dans les années à venir, et s'il est bien distribué. La politique d'innovation annoncée la semaine dernière par le gouvernement du Québec est fort intéressante, mais on y fait complètement l'impasse sur la recherche en matière sociale, pourtant si riche ici comme le soulignait l'un de nos lecteurs en page Idées jeudi.

Et quel fut l'impact de la décision du gouvernement Charest de réduire les exigences de formation pour les entreprises à son arrivée au pouvoir? Ou encore, comment se situe à l'échelle occidentale notre réseau de cégeps, si facile d'accès pour qui veut reprendre des études?

Voilà des réponses qui seraient vraiment utiles aux Québécois, mais qui resteront, hélas, toujours occultées dans ce type de document qui tient pour acquis une unité qui n'existe pas.

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    lundi 11 décembre 2006 08h49
    Les chantres d'un Québec en marche
    Josée Boileau et Michel Venne sont en ce lundi matin, dans le journal Le Devoir, de stimulants chantres «d'un Québéc en marche», comme écrit Michel Venne, d'un Québec dont le «ROC» a toujours du mal à reconnaître la spécificité, comme nous précise ici fort justement Josée Boileau.
    Je trouve remarquable que la reconnaissance de nos talents paraticuliers vienne plutôt de l'étranger, de l'Europe en particulier. Il est vrai que plusieurs Canadiens anglophones désirent apprendre notre langue. C'est dommage que nous manquions de professeurs québécois à leur fournir. Nous pourrions ainsi faire d'une pierre deux coups : leur apprendre la langue française tout en les initiant aux particularités intéressantes de notre province, qu'on l'appelle spécifique, distincte ou nation.
    Quant à Thiery Ardisson qui vient chez nous pour nous faire la leçon à «Tout le monde en parle», il serait bien inspiré de se rendre compte que, en effet, il est chez nous dans un pays étranger et qu'il n'a pas à nous considérer comme des «Français de seconde zone».
    Nous peinons il est vrai à tirer notre épingle du jeu, noyés que nous sommes dans cette mer d'anglophones. Mais nous y travaillons bellement. Et je rends hommage tant à Michel Venne qu'à Josée Boileau de nous le rappeler.

  • Jean-G. Lengellé
    Inscrit
    lundi 11 décembre 2006 10h52
    Le mythe de l'université salvatrice
    Malheureusement ce rapport ne fait que perpétuer un certain nombre d'idées reçues et hélas trois fois hélas fausses, dont la plus fréquente est un mythe, le mythe de l'université salvatrice. Il faut reconnaître que les autres mythes sociétaux déclinant, que ce soit le bonheur ou le salut par la religion, l'indépendance ou que sais-je encore, il fallait en trouver un autre, celui de l'université.
    Parti du constat que la formation intellectuelle était "élitiste" et qu'il fallait la démocratiser à tout prix, le souci tout à fait honorable et sain de permettre à tous de s'instruire a conduit au cul de sac dans lequel il s'enlise, c'est à dire de croire que tout devait aboutir à l'université.
    De ce fait on a par exemple formé non pas un nombre suffisant des spécialistes de renom en science politique ou en sociologie mais des milliers d'étudiants en "sciences du vague" qui vont s'auto-perpétuer dans une quête éperdue de la prétendue "matière sociale si riche".
    Pire encore l'escalade non pas au savoir ou à la compétence mais au statut a fait déferler une vague de surenchère à la formation dite universitaire comme par exemple pour le nursing (pour éviter de dire "sciences" infirmières) l'éducation, le travail social, la comptabilité, les arts plastiques, la danse et j'en passe.
    Et c'est bien là que commencent les effets pervers.
    Alors que les anciennes Écoles normales avec leurs classes de pratique formaient au contact d'enseignants chevronnés des maîtres et des maîtresses solides, on a choisi de peupler les facultés des Sciences de l'éducation avec des psychologues plus ou moins évolués qui ont pour principale caractéristique de n'avoir presque jamais pénétré dans une salle de classe du primaire ou du secondaire.
    Il en va de même pour les infirmières qui étaient certainement bien mieux formées dans les CEGEPS où le soin au patient primait sur la dernière théorie à la mode.
    Les effets pervers se manifestent entre autre sur les coûts: puisqu'on est à l'université, il faut bien sûr respecter le fait que les professeurs n'enseignent qu'une moyenne de 3 cours d'une quarantaine d'heures par année! Certes il y a la sacro-sainte préparation, mais pour ce genre de formation plus ou moins mécanique et assez élémentaire merci, au bout de quelques années on tombe dans la routine. Voilà qui engendre alors des coûts exorbitants et hélas non pas pour former des maitres ou des infirmières de grande qualité, mais bien pour former des "maîtres ou des infirmières universitaires".
    Autre effet pervers, devant cet afflux d'étudiants il faut fournir plus de professeurs "universitaires" puisqu'on est à l'université et on fera alors appel à des armées de chargés de cours pour qui la motivation principale sera la survie et qui n'hésiteront pas à être généreux avec leurs notes pour à leur tour être bien évalués et par conséquent pour faire renouveller leurs contrats pour la fois suivante.
    Le résultat net, c'est que l'on peut très facilement obtenir un grade de premier cycle sans avoir eu un seul cours donné par un "vrai" professeur d'université qui en plus de ses cours s'adonne à la recherche bien comprise et exigeante et qui justifie alors pleinement le fait de ne donner qu'une moyenne de trois cours année, mais cours nourris par la recherche en question.
    Bouclons la boucle, si l'on fait peu de R & D, c'est bien parce que le système est vicié à la base, et que les CEGEPS sont sous-utilisés. Ce n'est ni par manque d'argent (souligné du reste par Bernard Landry il y a quelques années...) ni par manque de talent mais bien par les errements d'un ministère de l'Éducation peu enclin à faire autre chose que de suivre des modes inefficaces qu'à se pencher sur les solutions visant à pourvoir la société d'une main d'oeuvre efficace.

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