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Libre-opinion: Le néorelativisme du créationnisme

Sébastien Malette - Doctorant à l'université de Victoria  4 octobre 2006  Éducation
Lorsqu'on dirige un programme d'enseignement visant à préparer des élèves pour la poursuite d'études supérieures, nous pensons qu'il est important de comprendre la différence entre ce qu'on nomme une «théorie scientifique» et une «théorie religieuse». Teresa Kielczewski-Tracy évoque à cet effet l'argument d'un pluralisme des systèmes de vérité et la nécessité de les enseigner tous, en postulant que la théorie de l'évolution de Darwin n'est qu'une simple théorie concurrente à celle du créationnisme.

Mais pouvons-nous vraiment faire confiance au comparatisme de Mme Kielczewski-Tracy lorsqu'elle affirme présenter ces théories sur un pied d'égalité au sein d'une «école chrétienne»? Certainement pas. Comment le pourrait-elle? Son comparatisme confond d'entrée de jeu la valeur épistémologique d'une théorie construite d'après un modèle scientifique qui opère selon des explications ouvertes à la vérification et à la falsification, par rapport à une théorie purement affirmative tirée d'un livre sacré.

Recherche perpétuelle

Soyons plus précis: une théorie dite «scientifique» est réputée «confirmée» jusqu'à preuve du contraire. Elle doit fournir des arguments pouvant être réfutés par l'expérience que nous partageons tous et/ou par l'élaboration d'une certaine cohérence logique satisfaisant au minimum le critère de non-contradiction.

La démarche scientifique fonctionne donc selon une approche probabiliste de la connaissance, misant sur une recherche perpétuelle de la vérité, impliquant non seulement la correction des théories précédentes lorsqu'elles s'avèrent fausses ou incomplètes mais aussi l'ouverture aux nouvelles façons de concevoir ce que nous nommons la vérité.

En revanche, le créationnisme est une théorie «religieuse» réputée comme absolument «vraie» par ses défenseurs. Le créationnisme est enseigné comme un dogme, c'est-à-dire comme une vérité transhistorique et irréfutable parce qu'elle provient de Dieu. Ce genre de théorie opère selon l'argument que ce n'est pas la théorie divine qui est fausse mais le faillibilisme d'une raison humaine éternellement affligée d'un orgueil prométhéen.

Selon nous, il est clair que ces deux systèmes d'explication n'ont aucune commune mesure. Ils diffèrent tant par leurs méthodologies que par leurs présupposés. L'une est ouverte à la réfutation et à l'enquête scientifique; l'autre s'affirme comme un dogme irréfutable et sacré.

La première bêtise est donc de niveler ces deux théories comme équivalentes; la seconde est de taxer de dogmatisme notre préférence pour une méthode ouverte à la contestation scientifique.

Il me peine de faire des distinctions aussi rapides entre deux théories qui mériteraient un examen beaucoup plus approfondi. Mais la question est urgente: sans une connaissance des distinctions entre la démarche scientifique et la croyance religieuse, comment Mme Kielczewski-Tracy peut-elle rendre justice à la théorie de l'évolution au sein de son institution? Quels critères les professeurs de l'école Emmanuel enseignent-ils à nos jeunes pour les aider à développer un esprit critique et à voir plus clair au sein de la diversité des idées qui s'offrent à eux? La question se pose si on juge que l'éducation ne se réduit pas à une simple entreprise de pur relativisme entre des théories prétendument équivalentes.
 
 
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