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Le courage d'être différent

Pascale Navarro   1 septembre 2006  Éducation
Chaque fois qu'un livre paraît sur un sujet aussi sensible que celui de la prostitution, nous sommes aux aguets. Mais quand on se penche sur la prostitution juvénile, on aborde un thème plus que délicat, compte tenu du phénomène d'hypersexualisation auquel filles et garçons sont exposés. Le livre de Michel Dorais, Jeunes filles sous influence (avec pour sous-titre Prostitution juvénile et gangs de rue, en collaboration avec Patrice Corriveau, VLB), est plein de démonstrations et surtout de témoignages expliquant comment se nouent ces liaisons dangereuses qui unissent des filles à peine sorties de l'enfance à de jeunes hommes en quête d'une image de mâle dominant.

Comment ne pas être bouleversé en lisant cet ouvrage qui nous montre à quel point les filles sont vulnérables? Et combien elles ont besoin de se sentir «désirables» pour exister? Même si on le sait en théorie, le fait de les entendre, sous la plume de M. Dorais, est plus que troublant.

L'auteur l'écrit lui-même: «Des décennies de féminisme n'ont rien changé au fait que de nombreuses jeunes filles entendent encore aujourd'hui se définir essentiellement par leurs charmes et le désir qu'elles suscitent.» Même s'il ne faut pas généraliser, il subsiste encore cette angoisse de plaire, d'être la meilleure, la plus belle, la plus hot. Et, plus alarmant, les jeunes filles qu'évoque le chercheur subissent des viols et des initiations qu'elles dénient.

Du côté des filles comme des garçons, on se rend compte à quel point il est important pour eux d'avoir un sentiment d'appartenance au groupe, au clan, et de convenir aux lois du gang. Les gangs, du moins ceux dont parle Michel Dorais, sont un lieu d'interdits qu'il faut transgresser, un vivier de criminalité, petite et grande. La comparaison est sans doute poussée, mais d'une certaine façon, ces gangs ne font que caricaturer la société dans laquelle ils vivent: nous aimons tellement le conformisme, la popularité à tout prix, le fait de suivre les modes, que nous encourageons très peu l'indépendance d'esprit. La confiance en soi et le courage d'être différent sont pourtant nécessaires pour échapper à la pression des pairs. Et si nous, adultes, ne valorisons pas ce courage, comment les enfants y arriveront-ils?

L'essai de Michel Dorais nous démontre également combien le phénomène de l'intimidation est conjugué sur tous les modes pour assurer la domination des plus forts sur les plus vulnérables. On associe généralement l'intimidation, ainsi que le bullying et autres comportements de cour d'école, aux enfants et aux ados. Mais parfois, je me demande si l'intimidation n'est pas aussi présente dans nos vies d'adultes. Notre façon de glorifier la richesse, la jeunesse, le pouvoir et la force physique a pour corollaire de rejeter ceux qui ne se conforment pas à ces valeurs et que nous voyons comme des losers. J'utilise ce mot à dessein, un mot qui me déplaît souverainement mais qu'on entend souvent pour catégoriser ceux qui choisissent d'autres chemins que la voie tracée, ceux qui n'ont pas pour objectif dans leur vie de gagner 100 000 $ par année ou d'écraser leur prochain. Du côté des femmes (je dois certainement être la millionième à l'écrire, mais allons-y), nous cédons également au pouvoir de l'image et dépensons des fortunes pour rester belles le plus longtemps possible. Quand une jeune fille veut plaire, n'est-elle pas prête à tout, elle aussi? Bref, cette culture est la même qui se reproduit dans tous les milieux: pourquoi donc les gangs y échapperaient-ils? Ils obéissent aux mêmes règles, mais sur le mode de la violence et de la criminalité.

Et pour ajouter au problème, un groupe, bien protégé celui-là, impose ses règles, sans jamais avoir à rendre de comptes. En effet, de toutes les études qu'on lit sur le thème de la prostitution, celles sur les clients sont les plus rares. Incroyable de voir à quel point ceux-ci sont épargnés: est-ce le privilège des puissants? On se démène pour démonter les gangs, stopper le trafic de drogue, juger les criminels, mais eux, motus. La classe des clients, même s'ils se retrouvent dans toutes les couches de la société, échappe aux mailles du filet. Quelle aubaine... !

Qui doit-on blâmer dans tout cela? Difficile à dire. Mais une chose est sûre: pour que la prostitution juvénile et l'exploitation de l'enfance cessent, il faudra que les hommes (profs, pères, jeunes, vieux) soient aussi présents que les femmes dans les débats entourant la prostitution et les rapports entre les sexes. On doit être reconnaissant aux féministes de toutes allégeances d'avoir beaucoup débattu du problème de la prostitution et de l'exploitation des femmes. Mais ces débats ne peuvent plus se dérouler entre femmes seulement.

***

Je signe ici ma dernière chronique de l'été. Bon automne à tous, et merci de votre généreux courrier!






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  • Placide Munger
    Abonné
    vendredi 1 septembre 2006 06h27
    Fausses routes plurielles
    « Vouloir contrer la prostution en alarmant ceux qui ne la pratiquent pas et n'y recourent pas plus est un exercice plus de relation publique que de prévention et encore moins de rémédiation. Une fois l'effet de scandalisation renouvelé et disparu pour la dix millième fois, pas une ou un jeune de moins ne se retrouvera dans cet engrenage.

    Les racines de la prostitution ne sont pas du domaine du discours social en dépit du lien évident qui est fait entre les stéréotypes et la sensibilité des ados les plus jeunes. Nous pouvons l'affirmer car un regard historique nous montre que chaque époque a son discours analysant et condamnant la prostitution, ou la glorifiant sous certaines formes très sévères. Les discours passent, la prostitution reste. Sur quoi se baser pour affirmer que nous, ici et maintenant, avons enfin compris mieux qu'ailleurs et qu'avant, la provenance et le devenir de la prositution ? »

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