Penser, un sport extrême (bis)
Photo : Agence France-Presse
Ce titre coiffait cette semaine un article consacré à la situation politique en Chine, deux ans avant l'ouverture des prochains Jeux olympiques. Pourrait-il décrire la situation qui prévaut dans le monde des études supérieures?
Pendant deux jours, tous avaient à dire et redire sur cette affirmation, répétée une fois de plus, que l'actuel gouvernement, avec ou sans l'aide de son homologue fédéral, allait enfin faire sienne une promesse déjà inscrite au programme du Parti libéral: on injecterait de nouvelles sommes dans le réseau de l'éducation, et ce, au profit des institutions responsables des études supérieures. Résultat: d'après l'évaluation des parties concernées, toutes semblaient être «pour la vertu», quitte à voir plus tard si l'enthousiasme des divers acteurs concernés — des étudiants qui doutaient aux recteurs rassurés — se trouverait finalement justifié.
Pour un monde meilleur
Il faut admettre qu'au Québec, il y a un manque flagrant de projets rassembleurs. On ne bâtit pas un pays en rénovant des voitures de métro, dont la date de péremption est depuis longtemps dépassée, ou en prenant des mesures pour que le système hospitalier fonctionne enfin de façon minimale. Alors quoi de plus beau que de promettre un meilleur avenir à la jeune génération? À cette génération qui semble être le souci de tous les acteurs politiques lors de toutes les campagnes électorales occidentales, des États-Unis à la France en passant par «le plusse meilleur pays du monde»?
Et M. Charest d'y aller donc d'une déclaration-surprise en ces jours de congrès de son parti. Quelles sommes sont en jeu? «Plus que vous ne pensez.» Quand? «Bientôt.» Comment? «Vous verrez.» Et le recteur de l'Université de Sherbrooke de rappeler qu'au temps où il faisait campagne pour le parti actuellement au pouvoir, il défendait un programme électoral qui avançait l'injection immédiate de 240 millions de dollars pour le secteur des études supérieures. C'était en 2003. Et de préciser, en cette année 2006 qui achève, qu'«avec la démographie que l'on a, avec les bouleversements mondiaux qui s'en viennent, les pays émergents, etc., pour bien préparer nos jeunes, retenir les plus talentueux, on a besoin d'un réinvestissement de l'ordre de 750 millions».
Au temps de la performance
«Préparer nos jeunes» donc, mais à quoi? Et comment? Car dans le descriptif statistique, il n'y a pas que les chiffres financiers qui font peur, surtout lorsque d'autres données décrivant le profil des étudiants font aussi frémir.
Ainsi, une étude vieille de quelques mois informait que, chez les garçons titulaires du plus haut diplôme qui soit, le «Ph.D.» ou son équivalent, près de la moitié d'entre eux, en fait plus de 46 %, avouaient n'avoir pas eu le temps ou senti le besoin d'ouvrir un livre au cours de la dernière année. Des manuels techniques, d'accord. Des ouvrages de réflexion ou de simples objets de lecture, pour quoi faire?
Il faut dire que, pendant la presque dizaine d'années nécessaires pour compléter ce cycle qui va du cégep au dépôt du mémoire final (et certains secteurs n'imposent même plus la rédaction de thèses, là où les ordinateurs sont devenus la «voix» de leur maître), pendant ce cycle, devant la phénoménale quantité de données que l'étudiant doit assimiler, il n'y a plus de temps pour la réflexion. On se débarrasse donc au plus vite du cours d'éthique (où l'on n'apprendrait rien de concret pour l'exercice d'une profession) et pour le reste, on accumule le plus d'informations destinées à répondre aux exigences d'un futur travail, lequel est de plus en plus marqué au sceau de la spécialisation à outrance.
Fini donc le temps de la «teste bien faicte», remplacé par celui de la tête bien «remplie». Du moins en ce qui concerne les sciences pures et leur secteur connexe, celui des sciences appliquées. En fait, à la vitesse où vont les choses, l'activité de lecture sera bientôt une spécialisation réservée à un petit nombre. Quant à l'activité d'écriture, à quand donc le programme informatique qui permettra de traduire en mots ce que le langage courant des courriels laisse deviner?
Si les recteurs et autres responsables universitaires répondent tous présents lorsqu'il s'agit de demander au gouvernement de déposer un programme pratique pour garantir le développement de leurs institutions, le seront-ils aussi pour faire connaître le profil souhaité de la future cohorte qu'ils préparent? Il faut se demander si l'objectif visé dans les programmes d'études consiste à produire des «outils», pensés pour un univers de production où la performance est la seule norme, ou des êtres complets, capables d'une réflexion globale. Toute réponse indique le projet qu'a une société pour sa jeune génération.
Pendant deux jours, tous avaient à dire et redire sur cette affirmation, répétée une fois de plus, que l'actuel gouvernement, avec ou sans l'aide de son homologue fédéral, allait enfin faire sienne une promesse déjà inscrite au programme du Parti libéral: on injecterait de nouvelles sommes dans le réseau de l'éducation, et ce, au profit des institutions responsables des études supérieures. Résultat: d'après l'évaluation des parties concernées, toutes semblaient être «pour la vertu», quitte à voir plus tard si l'enthousiasme des divers acteurs concernés — des étudiants qui doutaient aux recteurs rassurés — se trouverait finalement justifié.
Pour un monde meilleur
Il faut admettre qu'au Québec, il y a un manque flagrant de projets rassembleurs. On ne bâtit pas un pays en rénovant des voitures de métro, dont la date de péremption est depuis longtemps dépassée, ou en prenant des mesures pour que le système hospitalier fonctionne enfin de façon minimale. Alors quoi de plus beau que de promettre un meilleur avenir à la jeune génération? À cette génération qui semble être le souci de tous les acteurs politiques lors de toutes les campagnes électorales occidentales, des États-Unis à la France en passant par «le plusse meilleur pays du monde»?
Et M. Charest d'y aller donc d'une déclaration-surprise en ces jours de congrès de son parti. Quelles sommes sont en jeu? «Plus que vous ne pensez.» Quand? «Bientôt.» Comment? «Vous verrez.» Et le recteur de l'Université de Sherbrooke de rappeler qu'au temps où il faisait campagne pour le parti actuellement au pouvoir, il défendait un programme électoral qui avançait l'injection immédiate de 240 millions de dollars pour le secteur des études supérieures. C'était en 2003. Et de préciser, en cette année 2006 qui achève, qu'«avec la démographie que l'on a, avec les bouleversements mondiaux qui s'en viennent, les pays émergents, etc., pour bien préparer nos jeunes, retenir les plus talentueux, on a besoin d'un réinvestissement de l'ordre de 750 millions».
Au temps de la performance
«Préparer nos jeunes» donc, mais à quoi? Et comment? Car dans le descriptif statistique, il n'y a pas que les chiffres financiers qui font peur, surtout lorsque d'autres données décrivant le profil des étudiants font aussi frémir.
Ainsi, une étude vieille de quelques mois informait que, chez les garçons titulaires du plus haut diplôme qui soit, le «Ph.D.» ou son équivalent, près de la moitié d'entre eux, en fait plus de 46 %, avouaient n'avoir pas eu le temps ou senti le besoin d'ouvrir un livre au cours de la dernière année. Des manuels techniques, d'accord. Des ouvrages de réflexion ou de simples objets de lecture, pour quoi faire?
Il faut dire que, pendant la presque dizaine d'années nécessaires pour compléter ce cycle qui va du cégep au dépôt du mémoire final (et certains secteurs n'imposent même plus la rédaction de thèses, là où les ordinateurs sont devenus la «voix» de leur maître), pendant ce cycle, devant la phénoménale quantité de données que l'étudiant doit assimiler, il n'y a plus de temps pour la réflexion. On se débarrasse donc au plus vite du cours d'éthique (où l'on n'apprendrait rien de concret pour l'exercice d'une profession) et pour le reste, on accumule le plus d'informations destinées à répondre aux exigences d'un futur travail, lequel est de plus en plus marqué au sceau de la spécialisation à outrance.
Fini donc le temps de la «teste bien faicte», remplacé par celui de la tête bien «remplie». Du moins en ce qui concerne les sciences pures et leur secteur connexe, celui des sciences appliquées. En fait, à la vitesse où vont les choses, l'activité de lecture sera bientôt une spécialisation réservée à un petit nombre. Quant à l'activité d'écriture, à quand donc le programme informatique qui permettra de traduire en mots ce que le langage courant des courriels laisse deviner?
Si les recteurs et autres responsables universitaires répondent tous présents lorsqu'il s'agit de demander au gouvernement de déposer un programme pratique pour garantir le développement de leurs institutions, le seront-ils aussi pour faire connaître le profil souhaité de la future cohorte qu'ils préparent? Il faut se demander si l'objectif visé dans les programmes d'études consiste à produire des «outils», pensés pour un univers de production où la performance est la seule norme, ou des êtres complets, capables d'une réflexion globale. Toute réponse indique le projet qu'a une société pour sa jeune génération.
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