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Charest renonce à attendre Ottawa

Annonce budgétaire surprise: Québec s'engage à réinvestir seul en éducation postsecondaire

Antoine Robitaille   7 août 2006  Éducation
Saint-Augustin-De-Desmaures — Québec estime avoir assez attendu après le gouvernement fédéral: il réinvestira partiellement en éducation postsecondaire dès cette année. En parallèle, il continuera toutefois — comme il l'a fait depuis plus d'un an — à réclamer d'Ottawa qu'il ramène ses transferts en ce domaine au niveau de 1994.

Le premier ministre Jean Charest a fait cette annonce budgétaire surprise hier, lors d'une longue allocution de quelque 35 minutes qui mettait fin au congrès de la Commission jeunesse (CJ) du PLQ, à Saint-Augustin-De-Desmaures. «Comme nous l'avons fait en santé, la décision a été prise de ne pas attendre le gouvernement fédéral. [...] Il y aura un ré-investissement pendant la négociation, mais nous n'attendrons pas un autre palier de gouvernement pour faire ce qui doit être fait », a-t-il déclaré.

On ignore quel montant le gouvernement compte consacrer au remplumage des universités et les collèges, qui crient famine et accumulent les déficits. «Le montant, on le connaît, mais on vous en parlera plus tard», a indiqué le ministre de l'Éducation Jean-Marc Fournier, présent à la conférence de presse qui a suivi le discours de M. Charest. M. Fournier a précisé que Québec n'investira pas le 1,155 milliard $ qu'il réclame à Ottawa. Toutefois l'argent nouveau permettra de couvrir davantage que la croissance des «coûts de système», soit l'augmentation annuelle automatique des dépenses.

Du reste, le ministre Fournier a été mandaté pour rencontrer au cours de l'automne les «gestionnaires» des collèges et des universités afin de déterminer avec eux les modalités et «quelles priorités on va fixer dans le réinvestissement», a dit M. Charest. L'argent devrait tomber dans les coffres des établissements d'enseignement avant la fin de l'année scolaire, soit en mai ou juin 2007, a annoncé M. Fournier.

La consultation menée par le ministre ne sera pas une resucée de la commission parlementaire sur le financement des universités, tenue en 2004. «On parle de la mise en oeuvre d'une décision du gouvernement. [...] Ça n'a pas besoin d'être une longue discussion, c'est pas une grande consultation», a affirmé M. Charest. Ainsi, les étudiants pourraient bien ne pas participer au processus, ce que des représentants de la Fédération étudiante universitaire québécoise (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ont tout de suite dénoncé.

Des marges

Il y a un an à Sherbrooke, en des circonstances analogues (clôture du congrès de sa CJ à Sherbrooke), le premier ministre enjoignait les employés du secteur public de se montrer «raisonnables» et d'accepter les offres patronales, arguant que l'État n'avait pas de marge de manoeuvre. Hier, M. Charest avançait toutefois que, grâce à la «gestion rigoureuse» des finances publiques, grâce notamment à l'amélioration de la cote du crédit du Québec et de la réduction de la taille de l'État, il possédait maintenant des marges nécessaires pour réinvestir dans le secteur postsecondaire. Et ce, avant même la fin des négociations avec Ottawa, à propos desquels, du reste, il s'est dit «confiant». À ses dires, les signaux envoyés par Ottawa en ce domaine, depuis la tenue d'un grand sommet pancanadien sur l'éducation postsecondaire en février, sont «positifs».

L'annonce surprise de M. Charest survient quelque dix jours après l'échec des négociations sur la péréquation à la rencontre annuelle du Conseil de la fédération à Terre-Neuve. Le communiqué, émis au terme de ce sommet ne réitérait même pas le consensus obtenu un an plus tôt à Banff. En 2005, en effet, les provinces avaient convenu de réclamer d'Ottawa qu'il rehausse immédiatement ses transferts en éducation postsecondaire au niveau de 1994, ce qui représentait une somme de 2,2 milliards, soit 4,9 milliards de dollars de 2006. En 2006, les premiers ministres ont toutefois conclu que dans les rapports entre les provinces et Ottawa, c'était désormais «chacun pour soi».

M. Charest ne semble d'ailleurs plus attendre après le Conseil de la fédération pour régler le problème du sous-financement de l'éducation postsecondaire. Hier, il a lancé ses propres messages directement au fédéral. Le seul passage en anglais de son allocution portait d'ailleurs sur le financement postsecondaire et s'adressait directement au gouvernement fédéral. Plus tard en conférence de presse, il a eu ces mots: «Le règlement du déséquilibre fiscal, ça passe par le postsecondaire. Il y a une belle occasion pour le fédéral là-dedans. Avec une pierre, il frappe sur deux cibles en même temps.»

Réserves

Ayant réclamé cette semaine que le gouvernement ne se cache pas dernière l'échec du Conseil de la fédération ou la lenteur d'Ottawa pour «se soustraire à son obligation de financer nos universités et nos cégeps», le critique péquiste en matière d'éducation, Camil Bouchard, ne pouvait que se réjouir de l'annonce faite, hier. «Cela prouve que j'ai de l'influence sur ce gouvernement», a-t-il plaisanté. Reste que, selon lui, il était temps que le Parti libéral commence à respecter la promesse qu'il a faite en 2003 de réinvestir 240 millions de $ dans les universités. «Et permettez-moi d'être méfiant à leur égard. Ils ont montré dans les dernières années leur propension à ne pas respecter leurs promesses», a dit M. Bouchard.

La FEUQ et à la FECQ ont aussi accueilli la nouvelle «avec réserve», hier: «On n'a pas d'échéancier clair pour le moment », a dit son le président de la FEUQ, Philippe-Olivier Giroux.

Pressé de questions, M. Charest n'a par ailleurs pas profité de l'occasion pour revoir l'engagement pris par son parti de maintenir le gel des droits de scolarité, vu par de nombreux experts et la CJ du PLQ comme une cause directe du sous-financement du secteur postsecondaire. Le premier ministre a rappelé qu'un rapport sur la question était attendu le printemps prochain. Tout le monde s'entend pour dire qu'il faut «pousser plus loin la réflexion», a-t-il indiqué.

La santé

En matinée, les quelque 500 militants de la CJ réunis en congrès avaient d'abord adopté une série de résolutions. Les jeunes exhortent le gouvernement à limiter l'augmentation du budget du ministère de la Santé à celui de la croissance économique. Ils craignent que la santé n'en vienne à gruger les sommes dévolues aux autres missions de l'État. «Est-ce qu'à notre retraite le budget santé va atteindre 80 %?», s'est inquiété le président de la commission-jeunesse, Simon Bégin, qui quitte ses fonctions après deux ans et demi à la direction de l'aile jeunesse du PLQ.

Par ailleurs, les jeunes libéraux souhaitent une politique d'égalité des sexes «qui reconnaîtrait les problèmes que vivent les hommes présentement» et demandent au gouvernement d'augmenter le financement des organismes offrant une aide «aux hommes spécifiquement».

***

Avec Jocelyne Richer de la Presse canadienne
 
 
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