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    Universités - La formation à distance permet d'assurer l'éducation dans les pays en voie de développement

    La Indira Gandhi Open University rejoint déjà 1,5 million d'étudiants

    20 mai 2006 |Ulysse Bergeron | Éducation
    L'augmentation rapide et sans cesse croissante du nombre d'étudiants dans les universités soulève un défi de taille, celui de l'accessibilité des institutions. Il s'agit là, selon Sir John Daniel, du principal défi que relèvent actuellement les universités. La formation à distance en guise de solution.

    «Sur le plan mondial, toutes les statistiques qu'on a faites concernant les inscriptions universitaires ont toujours été des sous-estimations considérables de la réalité. Il y a peu de temps, on disait qu'il y aurait 120 millions d'étudiants en 2010; voilà que ce nombre est déjà atteint», lance d'entrée de jeu Sir John Daniel, président du Commonwealth of Learning, une organisation qui fait la promotion de la formation à distance.

    Soulignant qu'il existe sur ce plan «une bonne différence entre les pays développés et ceux en voie de développement», il ajoute qu'une augmentation du nombre d'étudiants dans les pays en voie de développement est à prévoir. Même que celle-ci se manifeste déjà dans certaines régions du globe. À titre d'exemple, la Chine a doublé le nombre d'étudiants universitaires en quelques années seulement.

    Des universités pour les pays en voie de développement

    M. Daniel rappelle qu'au cours des deux dernières décennies, la mise en place d'institutions universitaires a été ralentie par la timide volonté «d'agences comme la Banque mondiale» d'investir dans ce secteur. «On favorisait l'enseignement de base, mais cela a changé. Même la Banque mondiale considère qu'on doit aujourd'hui développer les systèmes d'éducation comme une totalité», ce qui ouvre la voie à la création d'universités et, en particulier, d'institutions qui se tournent vers la formation à distance.

    Toujours selon M. Daniel, l'augmentation du nombre d'étudiants dans les pays en voie de développement «va changer le profil mondial de l'enseignement universitaire d'ici quelques années. La plupart des étudiants universitaires proviendront de pays en voie de développement». Et les universités devront alors s'adapter à leur réalité.

    Comment pourra-t-on y parvenir? En accordant une place «beaucoup plus grande» aux institutions privées et à but lucratif, en développant des programmes d'études orientés vers la création d'emplois et en ayant recours à la formation à distance, répond M. Daniel.

    La formation à distance rejoint l'Asie et l'Afrique

    À ce sujet, il rappelle que la formation à distance occupe déjà une place considérable dans plusieurs pays. En Inde, près de 25 % des étudiants ont accès à une telle formation. Le gouvernement indien désire même augmenter, au cours des prochaines années, ce pourcentage afin qu'il atteigne 40 %. En Afrique du Sud, «la majorité des étudiants noirs africains font leurs études universitaires de cette façon».

    À titre de comparaison, M. Daniel estime que, au Canada, «le pourcentage d'étudiants qui se tournent vers la formation à distance n'atteint pas 10 %». De plus, précise-t-il, ceux qui s'y intéressent ne «sont pas nécessairement les étudiants qu'on désire attirer». Plusieurs «étudiants sur campus» suivent des cours par voie électronique.

    Dans certains pays comme le Canada, les universités ont cru qu'en offrant des formations à distance, elles allaient gonfler le nombre de leurs étudiants. Ce ne fut pas le cas, souligne le spécialiste. «Si vos étudiants sur campus passent leur temps à suivre des cours électroniques, l'université devient alors moins efficace, car l'institution a dû payer pour les infrastructures et n'a pas rejoint le public qu'elle avait ciblé.»

    Contraintes normatives

    La formation à distance amène son lot de débats. L'un des aspects qui reviennent constamment est celui de l'enseignement délié des contraintes habituelles qu'imposent les frontières. Par exemple, un étudiant indien qui suit sa formation dans une université dont le siège se trouverait au Canada.

    «C'est un phénomène qui est en pleine expansion et qui, encore une fois, divise le monde entre le Nord et le Sud. Certains pays en voie de développement apprécient cela et d'autres pas. Même chose pour les pays développés», observe-t-il.

    En effet, ce dernier aspect suscite de nombreuses craintes. «Comme dans le cas de tout échange commercial où le vendeur ne rencontre pas l'acheteur, il y a toutes sortes de possibilités de monter des opérations frauduleuses.» Sans compter que plusieurs systèmes d'éducation, qui relèvent directement de leur gouvernement, désirent garder la mainmise sur leur système.

    Toutefois, selon John Daniel, l'enseignement sans frontières doit être considéré à sa juste valeur. La principale raison qu'il évoque est qu'il y a là une possibilité non négligeable de faciliter l'accès à l'éducation. Il précise: «Cela peut être — et cela sera sûrement — un élément qui va contribuer à l'expansion des systèmes dans le secteur de l'enseignement universitaire.»

    Succès sud-africain et indien

    La formation à distance permet, entre autres, de centraliser les effectifs universitaires tout en permettant de rejoindre un vaste territoire. Depuis 1947, la University of South Africa (UNISA) en fait la démonstration en offrant des cours à distance sur l'ensemble de son territoire. «Et aujourd'hui, la UNISA a plus ou moins 250 000 étudiants.»

    Lorsqu'on observe de près les institutions, une tendance se dessine. «Dans le monde, on crée des universités qui se spécialisent dans la formation à distance. Encore une fois, c'est marquant lorsqu'on se penche sur le cas des pays en voie de développement. C'est plus rare de voir des universités déjà existantes qui développent des secteurs de formation à distance.»

    À titre d'exemple, il y a la Indira Gandhi Open University, qui rejoint «1,5 million d'étudiants». De plus, «chaque État de l'Inde a mis sur pied une université ouverte». Il ajoute qu'il n'y a que dans les pays développés, où l'utilisation d'Internet est répandue, que les universités offrent de telles formations.

    Au cours des dernières années, quelques universités à distance se sont pourtant rattachées à des universités conventionnelles. Au Québec, la Téluq fait maintenant partie de l'UQAM. Dans l'ouest du pays, la Open University de Colombie-Britannique s'est jointe à l'université Thompson River. Tout cela en moins de deux ans. «Mais c'est un phénomène unique que je n'ai pas vu ailleurs au monde», souligne-t-il.

    Notons finalement que Sir John Daniel oeuvre dans ce secteur depuis de nombreuses années. Il a travaillé à la Télé-université avant d'être vice-président de l'Université Arthabaska en Alberta. Il a également été pendant 11 ans vice-chancelier de la Open University de l'Angleterre et sous-directeur général à l'éducation à l'UNESCO.

    Collaborateur du Devoir












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