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Le mariage UQAM-Téluq engendre l'université bimodale

« Notre établissement, avec ses chercheurs et ses modes de fonctionnement, est devenu une référence dans la francophonie »

Réginald Harvey   20 mai 2006  Éducation
Les universités remplissent la double mission de produire et de diffuser les savoirs. La Téluq poursuit les mêmes objectifs, en plus d'être astreinte aux rapides changements technologiques pour arriver à ces fins. Après des fréquentations plutôt houleuses, la Télé-université (Téluq) et l'Université du Québec à Montréal (UQAM) formaient une même entité administrative il y a quelques mois. Il reste à voir de quoi auront l'air les rejetons issus d'une telle union, mais tout indique qu'ils se porteront bien.

Pour desservir ses 16 000 étudiants et faire face à ses obligations tant administratives que pédagogiques, la Téluq dispose d'un budget de fonctionnement de 29 millions de dollars par année; ses fonds de recherche et de création atteignent les 13,5 millions de dollars. En 35 ans d'existence, elle a remis des diplômes à 16 000 personnes. Celle-ci est la seule université à distance au Québec et seule une institution de l'Alberta remplit les mêmes fonctions dans tout le Canada.

Directrice générale de la Téluq, Louise Bertrand la situe dans le très fort courant de l'évolution technologique: «La formation à distance s'est développée et a évolué au rythme des technologies. La prémisse de base dans ce genre de formation, c'est que la technologie doit s'adapter à la pédagogie et non l'inverse. Nous avons donc adapté nos modes d'enseignement en tâchant de tirer le meilleur potentiel des différentes vagues d'évolution technologique.»

Technologies galopantes

Au milieu des années 1980, la micro-informatique connaissait un essor fulgurant qui allait bouleverser l'univers des communications. Dans son sillage, le réseau Internet apparaissait au début des années 1990 pour confirmer qu'une révolution s'était définitivement produite dans la transmission des connaissances. Comment la Téluq s'est-elle adaptée à des changements aussi radicaux? «Nous avons effectivement suivi les vagues en présence au cours des dernières années. Ce qu'il importe de savoir, c'est que nous possédons des chercheurs qui se livrent à des travaux sur la formation à distance tant sur les plans psychologique et pédagogique que technologique.»

Le laboratoire d'informatique cognitive et environnements de formation (LICEF) a été mis sur pied, ce qui a servi à positionner avantageusement la Téluq, comme sa directrice le rapporte: «Non seulement nous avons suivi le mouvement, mais nous sommes plutôt en tête de la parade. Nous avons développé certains outils qui nous sont propres, qui sont parfaitement adaptés à nos besoins et à ceux de la formation à distance. Si on regarde sur le plan international, notre établissement, avec ses chercheurs et ses modes de fonctionnement, est devenu une référence dans la francophonie. Si on le compare à des collègues du côté anglo-saxon, là encore on occupe le peloton de tête, compte tenu du fait que notre bassin de clientèle est plus faible.»

Le partage des formations

La directrice considère que la mission de base de la Téluq, à la suite du regroupement avec l'UQAM, consiste d'abord à bien desservir la population québécoise: «De ce point de vue, on veut offrir une plus grande variété de cours et enrichir l'offre. On parle de la bimodalité, soit de la combinaison de la formation à distance avec celle en salle de cours.»

Elle définit les rôles de chacun: «Nous, on continue à offrir entièrement la formation à distance et l'UQAM, celle en salle. Mais ce qu'on veut réaliser également, ce sont des combinaisons pour les étudiants; ils évoluent et leurs modes de vie changent. Par conséquent, on veut leur présenter beaucoup plus de souplesse dans les approches de formation: ce que nous développons pour la distance est d'une très grande qualité et le professeur peut également utiliser cela en classe à titre complémentaire pour ses étudiants.» Voilà l'objectif à atteindre pour le Québec.

Des projets pour toute une planète

La Téluq ne s'arrête pas là et cible également le reste du Canada et le niveau international, dans l'espace de la francophonie: «On a des étudiants francophones hors Québec et un certain nombre d'autres évoluent à l'extérieur du pays. Par exemple, on travaille avec les forces armées canadiennes là où elles sont déployées. Ce qu'on veut également faire avec l'UQAM, c'est de répandre tout le potentiel de la bimodalité au niveau international; celle-ci délocalise déjà un certain nombre de ses programmes dans plusieurs pays.»

Un exemple explique la stratégie utilisée: «On fait observer à un étudiant qu'il lui faudrait une propédeutique pour être admis à tel programme. On pourrait développer cette propédeutique à distance et il la suivrait à partir de son pays; une fois celle-ci acquise, il pourrait se rendre à Montréal pour suivre la formation. Il lui serait aussi possible de faire la moitié d'une maîtrise à partir de chez lui pour ensuite se rendre ici afin de la compléter.»

Le mariage UQAM-Téluq

Depuis à peine quelques mois, les deux entités universitaires que sont l'UQAM et la Téluq partagent leurs destinées. Louise Bertrand se montre réaliste au sujet de cette réalisation encore toute récente: «Je dirais que c'est un projet qui va atteindre sa vitesse de croisière et gagner en fluidité au bout de quelques années. On est en train de travailler ensemble et il y a certains projets de développement qui sont sur la table; ils en sont rendus à la phase d'approbation dans les semaines à venir. On est officiellement rattachés depuis le 26 octobre, soit depuis à peine six mois. C'est un projet de très grande envergure et je suis extrêmement satisfaite de voir le chemin parcouru. Il est certain que le rattachement de deux établissements de tailles et de cultures organisationnelles différentes, c'est un très gros défi, mais le potentiel est très grand et je demeure très confiante pour l'avenir.»

Cette expérience revêt un caractère unique: «C'est un chemin qui a été très peu fréquenté que celui-là, parce qu'il n'y a pas grand-monde qui a fait cela jusqu'à maintenant. On n'a pas de modèles, si on excepte les fusions qui ont eu lieu du côté de la Colombie-Britannique. On a voulu garder toute la dynamique propre à la formation à distance par rapport à l'UQAM de façon à tirer le meilleur parti des deux mondes.»

Défis et projets

La thématique du congrès international sur l'innovation en éducation repose sur les défis, les enjeux et les projets en cette matière. La directrice fait ressortir les priorités qui se dessinent pour la Téluq à ce sujet: «Le grand défi auquel a toujours été confrontée la formation à distance, c'est l'évolution technologique et ça demeure le cas. Il faut suivre le rythme effréné avec lequel les technologies progressent tout en respectant les attentes de nos étudiants qui, de leur côté, travaillent dans le quotidien avec des outils très performants. On doit aussi s'assurer que les choix que l'on fait sont les mieux adaptés aux contenus que l'on veut transmettre.»

Avec le rapprochement survenu avec l'UQAM, la Téluq doit maintenant gérer tout le potentiel de la bimodalité qui en a résulté: «C'est une richesse inouïe! On a mis en place un cadre pour y arriver et maintenant on tente de réaliser ce projet. L'université évolue. La formation à distance et les technologies contribuent à cette évolution; il faut arriver à trouver un genre d'équilibre dans tout cela et à en tirer le maximum.»

Dans cet esprit, la bimodalité représente véritablement la voie de l'avenir pour l'université. Quant aux projets, à l'heure actuelle ils se situent particulièrement dans le domaine de l'administration et de l'éducation. La Téluq et l'UQAM souhaitent également travailler en concertation pour fournir un appui au réseau de l'Université du Québec, plus particulièrement aux établissements situés en région.

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  • Roland Berger - Abonné
    20 mai 2006 10 h 28
    Dans 20 ans peut-être
    L'université bimodale permettrait déjà d'inverser le processus pédagogique de la formation des maîtres. Les candidats à l'enseignemenet pourraient en effet commencer à apprendre leur métier là même où ils sont destinés à l'exercer, et des professeurs d'université reconnus pour leur connaissance pratique du milieu d'enseignement primaire et secondaire pourraient les soutenir dans leur réflexion « académique » sur leurs apprentissages. Qui sait, dans 20 ans peut-être...
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