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    Cours d'histoire épurés au secondaire

    Québec songe à un enseignement «moins politique», non national et plus «pluriel»

    27 avril 2006 |Antoine Robitaille | Éducation
    Le nouveau cours d'histoire du Canada et du Québec au secondaire, qui doit entrer en vigueur en 2007-08, fera peu mention de la Nouvelle-France ou des Patriotes et passera sous silence des épisodes comme l'acte d'Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982. Le double objectif consiste à rendre l'histoire «moins conflictuelle», «moins politique» et davantage «plurielle», notamment en accordant une place plus importante aux autochtones et aux groupes non francophones, et à remplir la mission, devenue centrale dans la «réforme», «d'éduquer à citoyenneté».

    C'est ce qu'on apprend dans un «document de travail aux fins de validation» du ministère de l'Éducation dont Le Devoir a obtenu copie. Ce document non disponible sur le site du ministère deviendra le programme officiel du cours «Histoire et éducation à la citoyenneté» et son adoption serait «imminente», a-t-on appris. Celui-ci remplacera le cours d'histoire Canada-Québec actuellement donné en quatrième secondaire. Le nouveau cours sera dispensé sur deux ans, en troisième et quatrième secondaire, soit à partir de l'automne 2007 pour la troisième et à l'automne 2008 pour la quatrième.

    La matière du nouveau cours d'histoire sera divisée en six «thèmes», selon ce qu'on apprend sur une ligne du temps proposée pour la première année du deuxième cycle: 1- à partir de 1500, «les premiers occupants»; 2- de 1608 à 1760, «l'émergence de la société canadienne»; 3- de 1760 à 1848, «le développement des idées libérales dans la colonie britannique»; 4- de 1848 à la fin des année 1920, «la formation de la fédération canadienne»; 5- de 1930 à 1980 environ, la modernisation de la société québécoise; 6- les enjeux de la société québécoise depuis 1980.

    «Il s'agit de sortir du cadre habituel d'une histoire structurée autour des conflits entre les francophones et les anglophones pour faire une histoire plus rassembleuse», explique Jean-François Cardin, un historien-didacticien de l'Université Laval bien au fait du projet actuel puisqu'il a été consulté lors des phases de préparation du document. Aussi consulté par le ministère, le professeur Jocelyn Létourneau, lui aussi de l'Université Laval et très critique du nationalisme, salue «l'ambition générale [de ce cours] d'en finir avec l'espèce de vision misérabiliste qui perdure dans la vision historique des Québécois».

    Dans le document, en effet, la période où a eu lieu la bataille des plaines d'Abraham de 1759, la Proclamation royale de 1763 et l'imposition du serment du test (c'est-à-dire le reniement de l'Église catholique) fait partie d'une section dont l'intitulé est «l'accession à la démocratie dans la colonie britannique». On peut en effet découvrir ceci: «Alors qu'elle avait été autorisée dès 1763, ce n'est qu'en 1791 que, par l'Acte constitutionnel, la Chambre d'assemblée est créée.»

    La Conquête est évoquée (plus que nommée) en ces termes: «La Nouvelle-France connaît une forme de gouvernement absolu. Le pouvoir est détenu par le roi de France, qui en délègue une partie au gouverneur. [...] Après 1763, c'est toujours un gouverneur, représentant cette fois le souverain britannique, qui dirige la colonie.»

    Par ailleurs, on ne parle pas dans ce document de l'acte de Québec de 1774, qui explique pourquoi le Québec a encore un code civil de nos jours, une des références des tenants de la «société distincte» dans le grand tout canadien. Et à propos de «société distincte», la saga de Meech et le rapatriement unilatéral de 1982 sont aussi absents du document.

    Une histoire «citoyenne»

    Le changement de perspective provient aussi du fait que désormais, la discipline de l'histoire sera mise au service d'un objectif supérieur: «Le message qui est subliminal mais assez clair là-dedans, c'est qu'il faut faire de l'histoire pas pour faire de l'histoire mais pour éduquer à la citoyenneté», dit M. Cardin. Le document, dans l'énoncé de la compétence 1, ne dit pas autre chose: «L'élève qui interroge les réalités sociales dans une perspective historique établit les fondements de son interprétation et se dote des assises historiques nécessaires à l'exercice de sa citoyenneté. Le savoir-agir qu'il développe ainsi lui permet de considérer le vivre-ensemble avec le regard d'un citoyen éclairé.»

    Conçu dans l'esprit «socio-constructiviste» de la réforme, qu'on a commencé à appliquer en première secondaire cette année, le nouveau programme estime que le savoir historique n'est pas très important: «L'enseignement de l'histoire à l'école n'a pas pour but de faire mémoriser une version simplifiée de savoirs savants construits par des historiens ni de faire acquérir des connaissances factuelles de type encyclopédique», peut-on lire dans le document.

    Ainsi, même si des études ont démontré depuis un certain nombre d'années, note M. Cardin, que «les jeunes ne savent plus qui est Montcalm ou Frontenac», le nouveau programme n'a pas pour but de corriger cet état de choses. «Ce n'est pas un retour aux dates, aux personnages»; il s'agit de se servir de l'analyse de questions historiques «pour dégager une compréhension de certains concepts et pour construire des compétences intellectuelles liées à la citoyenneté, qui favorisent un exercice plus fécond de la citoyenneté». M. Cardin explique qu'au fond, on veut que l'élève et «futur citoyen», lorsqu'il regardera le téléjournal plus tard, «soit capable de faire des liens et d'aller au-delà d'une opinion de premier niveau pour essayer de construire une opinion plus informée, plus structurée».

    Une inspiration

    Une des sources d'influence des concepteurs de ce programme est ce qui se fait au Canada anglais, explique M. Cardin. Dans le reste du pays, l'histoire et la citoyenneté «forment un vieux couple». Même dans les années 50, dit-il, «on voulait former des citoyens à partir des cours d'histoire du Canada. Mais la notion de citoyenneté entre 1959 et aujourd'hui a énormément changé. Elle est beaucoup moins ethnique, beaucoup moins nationale». Le mot «nation» n'apparaît évidemment pas dans le document, et même le Québec est rarement désigné autrement que sous l'expression «la société au sein de laquelle l'apprenant évolue».

    Dans le contenu aussi, le nouveau cours s'inspirera de ce qui se fait au Canada anglais: «Par exemple, l'histoire [du pays] ne commence plus avec Jacques Cartier mais avec les autochtones. C'est une tendance qu'on voyait au Canada anglais depuis un certain temps, depuis longtemps. La rectitude politique est très importante dans les programmes d'histoire au Canada, et le Québec prend ce virage-là avec ce programme.»












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