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Le suicide chez les jeunes - Les professeurs sont dépourvus devant leurs élèves en détresse

Josée Boileau   15 mai 2002  Éducation
Enseignants et directeurs d'écoles secondaires doivent faire face plus souvent qu'on ne le croit aux tentatives de suicide et à la détresse psychologique de leurs élèves. Selon une enquête menée l'an dernier à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), 88 % des directeurs de 181 écoles secondaires du réseau public ont connu au moins une tentative de suicide dans leur établissement, la moitié en ayant même vécu entre deux et cinq depuis qu'ils sont en poste.

De plus, près de la moitié des directeurs ont dû faire face à au moins un suicide réussi — 13 répondants ayant même vécu ce tragique événement à plus de trois occasions.


Pas étonnant dès lors que dans le cadre d'une autre enquête de l'UQTR menée dans 36 écoles secondaires du Québec auprès de 717 enseignants, le quart d'entre eux disent avoir reçu les confidences de jeunes ayant l'intention de se suicider. Et plus de 20 % des profs avaient eu à s'occuper de jeunes leur racontant leur tentative de suicide. Une situation d'ailleurs vécue plus d'une fois pour 80 professeurs. De plus, 62 % des profs sondés ont reçu des confidences de jeunes en détresse psychologique importante.


Ces données ont été rendues publiques hier dans le cadre du congrès de l'ACFAS, à Québec. Ils ont été particulièrement remarqués parce que jamais jusqu'ici on n'avait interrogé directement professeurs et directeurs sur le phénomène du suicide et de la détresse psychologique. En voient-ils? Se sentent-ils à l'aise pour y faire face? Sont-ils formés pour le faire?


«Notre surprise, c'est que 56 % des enseignants disaient n'avoir reçu aucune formation sur le suicide», a dit l'un des auteurs de l'étude, le professeur Denis Rhéaume, faisant ressortir à quel point le monde scolaire est pourtant aux prises avec le problème. Surtout que le suicide est un phénomène en constante augmentation et qu'il a un lien avec les pressions que vivent les jeunes à l'école, a dit son collègue, Ghyslain Parent. D'ailleurs, 93 % des directeurs sondés affirment que l'école peut contribuer à créer un sentiment de détresse chez les jeunes.


Le suicide fait maintenant partie du langage courant des jeunes, comme a pu le constater Patrick Boulet, qui mène l'enquête auprès des directeurs dans le cadre de sa maîtrise. S'il a eu l'idée de consacrer son mémoire au suicide à l'école, c'est précisément parce que, enseignant au primaire depuis cinq ans, il constate avec étonnement que c'est un sujet que les jeunes de 10-11 ans évoquent souvent. «On ne sait pas trop comment réagir», dit-il.


En fait, seulement 1,5 % des professeurs sondés croient sans réserve qu'à leur école, les enseignants sont suffisamment préparés pour faire face à des élèves vivant une détresse psychologique importante. Le tiers des enseignants se sentent d'ailleurs carrément incompétents pour aider un jeune en détresse, et la moitié pour un élève à risque de suicide. Et, selon les directeurs, 90 % des professeurs de leur école ont fait savoir, à des degrés divers, que la dépression psychologique des jeunes était une de leurs préoccupations.





Que dire, que faire?


Le malaise des professeurs ressort des commentaires détaillés que les chercheurs ont reçus en complément à leur questionnaire — plus nombreux que ce qu'on voit généralement dans ce type d'enquête. Ainsi de ce prof qui, au retour d'une élève qui avait tenté de se suicider, n'a su que dire qu'il ne comprenait pas comment une belle fille comme elle, avec autant d'humour, avait pu commettre un tel geste. L'élève n'a pas répondu... Ou cet autre, jeune enseignant débutant, qui n'arrivait pas à voir si son élève le manipulait ou s'il avait vraiment envie de se suicider. À son école, le psychologue de service n'a jamais pu l'aider: sa journée de travail finissait à 15h45. Et cette enseignante qui a raconté son désarroi face à une mère qui n'a jamais trouvé le temps de la rappeler pour discuter des problèmes de son enfant.


Les professeurs réclament donc de l'aide, estimant à 84 % qu'ils ont un rôle à jouer dans la prévention du suicide: 70 % des répondants se disent d'ailleurs prêts à s'impliquer. Pouvoir aller voir un autre enseignant qui a reçu une formation appropriée est une piste qui les séduit, davantage encore que recevoir une formation eux-mêmes. Et les directeurs qui ont répondu au questionnaire étaient massivement d'accord pour que l'école en fasse plus et mieux, notant au passage que l'absence de budget et le nombre insuffisant de professionnels pour les appuyer sont des obstacles à ne pas négliger.


L'idéal serait peut-être d'en arriver à cette situation, vécue par une enseignante. Recevant un message à teneur suicidaire d'un élève absent, elle a quitté sa classe toutes affaires cessantes, est illico allée demander à la direction de lui trouver une remplaçante, a cherché l'ado, l'a trouvé, l'a épaulé avec l'aide d'une équipe de l'école. Deux ans plus tard, elle peut écrire avec joie que le jeune va maintenant très bien.






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