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Sus au décrochage scolaire!

Pour s'attaquer au fléau qu'est l'abandon scolaire et le réduire de 10 % en dix ans, le ministère de l'Éducation (MEQ) propulse 125 millions en cinq ans dans un concentré de 200 écoles secondaires.

Agir autrement, c'est le nom de l'opération lancée hier par le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, inspirée tout droit d'un projet-pilote du même nom, qui n'a pas encore livré ses premiers résultats. L'intervention ne bénéficiera toutefois pas de la généreuse enveloppe qu'ont reçue les six écoles secondaires ciblées par l'expérimentation: chacune a reçu 1,2 million pour des mesures échelonnées sur trois ans, tandis que les 200 écoles ciblées par Québec se disputeront 25 millions par an, distribués selon le bon vouloir de leurs commissions scolaires respectives.


Pour permettre cette annonce, la directrice de l'école secondaire Édouard-Montpetit, Lucie Lalande, ouvrait sa porte au ministre Sylvain Simard hier. Depuis presque un an, son école est sous la lorgnette du MEQ parce qu'elle fait partie du projet Agir autrement. À coups de centaines de milliers de dollars, les résultats sont déjà palpables, affirme-t-elle, même s'ils n'ont pas encore fait l'objet d'un rapport final.


Afin de réaliser ses petits miracles du quotidien, l'école de 1510 élèves a reçu cette année 400 000 $, versés à égales portions par le MEQ et la Commission scolaire de Montréal. «L'argent n'est pas la réponse à tout, mais c'est avec ça qu'on embauche des ressources supplémentaires», explique Lucie Lalande, qui avoue s'inquiéter de la reconduction des sommes dans deux ans, au terme de l'expérience-pilote.


Le petit miracle a eu lieu par exemple dans cette classe composée d'élèves en échec dans les matières de base (français, maths, anglais) et issus de tous les groupes de la 3e secondaire. «On a formé une classe de 20 avec ces élèves et j'ai engagé deux professeurs pour leur enseigner les matières de base.»


Résultat? 100 % de taux de fréquentation, chez une clientèle plutôt tentée par l'école buissonnière et un accès plus certain à la 4e secondaire pour plusieurs d'entre eux. «Il y a des élèves là-dedans qui étaient tellement en difficultés que les laisser dans leur classe, c'était leur assurer un ticket pour le redoublement», ajoute Lucie Lalande.


Le ministre Sylvain Simard avait promis qu'il éviterait le «saupoudrage», pour maximiser les chances de réussite. Seul le secondaire est ciblé, et uniquement 200 écoles sur les 650 que compte le réseau. Pour sélectionner les écoles admissibles à Agir autrement, le MEQ a utilisé un indice de défavorisation basé sur la scolarité de la mère de l'élève et sur le niveau d'activité des parents.


Québec cible donc les écoles à indice de défavorisation élevé, et où les taux de décrochage sont aussi les plus hauts (moyenne de 37 %). «Ce n'est pas facile, plusieurs commissions scolaires n'auront rien», convenait hier le ministre Sylvain Simard en marge de l'annonce faite à Montréal. «Mais tout le monde a admis que c'était la bonne stratégie.»


Locomotive de la pauvreté, Montréal récolte la part du lion, avec 40 % de l'enveloppe totale. Comme pour l'ensemble de la province, il reviendra aux cinq commissions scolaires de l'île de Montréal de répartir les sommes aux écoles désignées qui auront présenté «un portrait de la situation et un diagnostic» de même qu'un plan de réussite bonifié, deux outils nécessaires pour avoir accès à l'aide financière.


L'argent sera dévolu à des mesures visant à contrer le décrochage, promet le ministre Simard, renvoyant la balle à ses commissions scolaires, détentrices du pouvoir d'allocation des budgets d'école. «Nous porterons une attention particulière à ces allocations», promet André Caron, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec.


Si les commissions scolaires liées aux six écoles-pilotes ont réussi à déposer le même montant que le ministère dans la cagnotte d'Agir autrement, les 54 commissions scolaires ici visées n'y arriveront tout simplement pas, prévient déjà M. Caron. «La mise va être trop haute, et ça va être difficile de demander aux commissions scolaires de doubler cette mise. Les milieux vont être encouragés à mettre des sous, mais à quelle hauteur? Chacun le décidera, mais je ne pense pas qu'on soit capable de mettre l'équivalent de ce que le ministère a mis.»


Est-il trop tôt pour agir, puisque l'expérience-pilote n'a pas encore conclu sa première année et qu'aucun résultat n'est encore disponible? «Nous ne sommes pas encore capables de dire avec précision quels sont les impacts du projet-pilote, mais nous en savons assez pour dire que l'action est importante, et le plus tôt possible», notait Robert Bisaillon, sous-ministre adjoint à l'enseignement primaire et secondaire, précisant que le suivi de ces actions serait serré.


Et manquera-t-on de fonds? «Ce n'est pas seulement une question d'argent», ajoute M. Bisaillon. «Je souhaiterais que les sommes soient le double, mais tant qu'Ottawa crée la situation actuelle sur les finances publiques, il y a un choix à faire», ajoute Sylvain Simard.


Si on concentre l'argent autour de 200 écoles, certaines écoles pourront aussi choisir de concentrer l'action autour de quelques élèves, jugés à risque mais sur lesquels l'investissement d'efforts ne sera pas vain. «Les écoles vont devoir faire ces choix, répond le ministre. Les diagnostics vont probablement amener les gens à se concentrer sur des clientèles où il y a des effets potentiels plutôt que sur d'autres.»






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