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    Légumes et pesticides: les nettoyants pas plus efficaces que l’eau!

    15 mai 2017 |Ève Beaudin - Agence Science-Presse | Consommation
    Pour les pesticides non solubles à l’eau ou qui ont pénétré la chair de l’aliment, Onil Samuel, conseiller scientifique santé et environnement à l’Institut national de santé publique du Québec, se veut rassurant, car les concentrations de pesticides demeurent sous les limites maximales établies.
    Photo: iStock Pour les pesticides non solubles à l’eau ou qui ont pénétré la chair de l’aliment, Onil Samuel, conseiller scientifique santé et environnement à l’Institut national de santé publique du Québec, se veut rassurant, car les concentrations de pesticides demeurent sous les limites maximales établies.

    De nombreuses personnes s’inquiètent de la présence de pesticides dans les fruits et légumes et se demandent comment s’en débarrasser avant de les consommer. Même si certains savons spéciaux vendus vont jusqu’à affirmer que leur produit est « 100 fois plus efficace que l’eau » pour déloger les traces de pesticides, la recherche a montré que leur performance n’est pas supérieure à celle d’un lavage à l’eau. Explications du Détecteur de rumeurs.

     

    Les produits nettoyants en question

     

    De nombreuses compagnies mettent en marché des nettoyants pour fruits et légumes. Ils sont vendus dans les épiceries, les pharmacies, les magasins d’aliments naturels et en ligne pour un prix allant de 5 $ à 17 $ pour environ 750 ml. La liste des ingrédients nous apprend qu’ils sont constitués majoritairement d’eau (puisque c’est le premier ingrédient sur la liste), ainsi que d’agents tensioactifs et nettoyants, d’acide citrique et parfois d’huiles essentielles.

     

    En consultant le site Internet des fabricants, le Détecteur de rumeurs constate que l’argumentaire marketing consiste la plupart du temps à mentionner que le produit est « efficace » pour nettoyer les fruits et légumes et retirer de leur surface les pesticides, les saletés et les cires.

     

    Le terme « efficace » n’étant pas une appellation contrôlée, cela ne signifie pas grand-chose. Quelques compagnies ont un argumentaire plus « jazzé », comme la compagnie australienne Safeguard qui affirme que son nettoyant pour fruits et légumes est « 100 fois plus efficace » que le lavage à l’eau, selon des « tests effectués dans un laboratoire indépendant ». Cependant, on ne fournit pas de références pour l’étude en question. Les affirmations marketing sur l’efficacité de ces produits n’étant pas étayées par des études sur les sites des fabricants, le Détecteur de rumeurs se tourne donc du côté de la littérature scientifique.

     

    Que dit la science ?

     

    Les produits nettoyants pour fruits et légumes existent depuis une vingtaine d’années. Depuis leur mise en marché, au moins six études ont comparé l’efficacité de ces produits pour retirer les résidus de pesticides à la surface des fruits et légumes avec l’efficacité d’un lavage à l’eau. Ces études, recensées par le site Nutritional Facts, ne sont pas toutes accessibles au grand public.

     

    Leurs conclusions :

     

    Une étude publiée en 2003 dans le Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology a comparé l’efficacité d’un rinçage à l’eau avec l’efficacité de cinq nettoyants pour fruits et légumes. Les chercheurs ont mesuré la présence de fongicides et d’insecticides à la surface des aliments avant et après les différentes méthodes de lavages. Les nettoyants ne font pas mieux que le simple lavage à l’eau qui retire jusqu’à 80 % des résidus de pesticides sur les aliments.

     

    Une autre étude, menée par le Connecticut Agricultural Experiment Station, a comparé le rinçage sous l’eau courante pendant 30 secondes avec quatre produits nettoyants du commerce, mais aussi avec une solution d’eau additionnée de 1 % de savon à vaisselle (Palmolive®). Les légumes et fruits pour lesquels on avait utilisé un nettoyant ou la solution de savon à vaisselle étaient ensuite rincés, comme le recommande le fabricant. Résultats : les quatre nettoyants et la dilution de savon à vaisselle ne faisaient pas mieux que l’eau pour retirer les résidus de pesticides. Les auteurs estiment que c’est l’action mécanique de l’eau qui retire les pesticides de la surface de l’aliment et ils suggèrent aux consommateurs de rincer leurs produits pendant 30 secondes, plutôt que d’utiliser des nettoyants.

     

    Certains pesticides, comme le captane qui est en fait un fongicide, seraient toutefois plus résistants que d’autres à l’eau. Une étude publiée dans Food and Chemical Toxicology en 2001 a démontré qu’un trempage pendant 20 minutes dans du vinaigre pur pouvait faire mieux qu’un trempage dans l’eau (mais pas un trempage dans une dilution de 10 % de vinaigre). Par ailleurs, un trempage de 20 minutes dans de l’eau additionnée de 10 % de sel avait de meilleurs résultats que l’eau seule pour retirer le captane.

     

    Autrement dit, les produits du commerce ne font pas mieux que l’eau pour retirer la plupart des pesticides à la surface des aliments et seul un très long trempage dans une eau additionnée de sel peut en éliminer certains pesticides plus résistants.

     

    Comment laver les produits à l’eau

     

    Onil Samuel, conseiller scientifique santé et environnement à l’Institut national de santé publique du Québec, est d’avis que les produits nettoyants du commerce sont un gaspillage d’argent. « Rincer les aliments sous l’eau déloge les pesticides de surface qui sont solubles à l’eau », explique-t-il. « Quand c’est possible, on peut aussi frotter les légumes et les fruits qui ont la peau dure à l’aide d’une petite brosse. Ou les peler, mais on se prive ainsi de certains nutriments. »

     

    Pour ce qui est des pesticides non solubles à l’eau ou qui ont pénétré la chair de l’aliment, l’expert se veut rassurant : « Dans la majorité des cas, les concentrations de pesticides demeurent sous les limites maximales établies pour assurer la sécurité des consommateurs. De plus, les bénéfices de manger des fruits et légumes dépassent très largement les risques de consommer des pesticides. Alors, il n’y a pas lieu de s’en priver. »













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