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    Zéro déchet: Bulk Barn cède sous la pression des consommateurs

    Le géant canadien de l’alimentation en vrac permettra aux clients d’utiliser leurs propres contenants

    12 décembre 2016 |Annabelle Caillou | Consommation
    Le projet-pilote de contenants réutilisables a été lancé le 8 décembre dans 10 succursales au Québec.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le projet-pilote de contenants réutilisables a été lancé le 8 décembre dans 10 succursales au Québec.

    Pressée par la demande grandissante de ses clients séduits par le mouvement zéro déchet, l’entreprise Bulk Barn fait un pas de plus pour l’environnement. S’inspirant des épiceries de quartier qui tentent de réduire leur volume de déchets, la plus grande chaîne d’alimentation en vrac du Canada permet désormais à sa clientèle d’utiliser ses propres contenants en magasin.

     

    Le projet-pilote d’une durée d’un mois a été lancé le 8 décembre dans 10 succursales au Québec, qui en compte actuellement une trentaine. Il va permettre de sonder l’accueil des consommateurs et d’analyser l’organisation que cela nécessite. Le programme sera ensuite introduit dans tous les magasins du pays durant le mois de janvier.

     

    « Ça fait un moment qu’on y pensait, mais on voulait être bien préparés, confie le responsable des succursales Bulk Barn au Québec, Marc L’écuyer. On a conscience de notre impact sur l’environnement et il est temps de réduire notre utilisation du plastique. C’est une évolution naturelle des mentalités. »
     

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

    La récente multiplication des épiceries zéro déchet a influé sur cette décision, reconnaît-il. La demande des clients était même plus grande ici, au Québec. Dans la dernière année, des pétitions ont circulé sur les réseaux sociaux pour faire pression sur le détaillant. « C’était courant de voir des clients arriver avec leur pot et repartir la mine basse parce qu’on ne pouvait pas les autoriser à l’utiliser, explique-t-il. On a même dû devancer le projet prévu pour 2017. On l’a même lancé dès septembre à Toronto. »

     

    Lysandre Trudeau fait partie de ces consommateurs déçus. En septembre, la jeune femme s’est vu refuser la possibilité de remplir son contenant. « On m’a expliqué que c’était une question d’hygiène, que je devais utiliser leurs sacs recyclables. J’ai refusé et je n’y suis jamais retournée », explique-t-elle. Elle s’est réjouie en apprenant l’arrivée du projet dans une succursale près de chez elle.


    Éviter les contaminations

     

    L’enjeu de propreté était au coeur des réticences de la chaîne ontarienne. « Il fallait former nos employés, qui vont inspecter les récipients des clients. On devait penser à la façon de communiquer avec eux sans les froisser si leur pot est sale. On n’est pas là pour nettoyer, c’est leur responsabilité », explique Marc L’Écuyer.

     

    Le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, minimise toutefois les inquiétudes de Bulk Barn. À ses yeux, le problème ne vient pas du contenant, mais des pelles utilisées. « Les pots ne touchent jamais les condiments. Par contre, les clients sont en contact avec les cuillères ; on touche la poignée, on la remet dans le bac de noix ou de raisins ensuite. » Pour éviter toute contamination, les pelles des Bulk Barn se retrouvent justement dans un compartiment séparé des bacs d’aliments.
     


    Encourager les clients

     

    Si le programme de contenants réutilisables fera officiellement son entrée dans toutes les succursales de Bulk Barn d’ici peu, celles-ci continueront de distribuer gratuitement des sacs recyclables à leur clientèle. Une démarche qui pourrait décourager certains de changer leurs habitudes de consommation. Un incitatif, comme une réduction pour ceux qui apportent leur contenant, pourrait changer la donne, croit Karel Ménard.

     

    La porte-parole en matière de consommation responsable chez Équiterre, Colleen Thorpe, partage son opinion. Elle croit même que le système « pollueur-payeur », très utilisé en Europe, serait plus efficace. « En Amérique du Nord, on persiste à faire un rabais à ceux qui apportent leur sac réutilisable, pourquoi ne pas punir ceux qui n’en ont pas en les faisant payer plus ? »

     

    À ses yeux, le travail de sensibilisation auprès des consommateurs revient davantage aux épiceries de quartier qu’aux supermarchés. « Les grands magasins rejoignent peut-être plus de monde, mais ont-ils le temps d’expliquer aux clients l’importance de changer ses habitudes ? »
     

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Bulk Barn permet désormais à sa clientèle d’utiliser ses propres contenants en magasin.

    Bannir les sacs de plastique ?

     

    Pour la propriétaire de l’épicerie zéro déchet Méga Vrac, Ahlem Belkheir, bannir les sacs plastiques était l’ultime solution. Il y a quelques mois, ce magasin de la rue Masson portait le nom de Fou délices et proposait produits emballés et sacs plastiques aux clients. Face à la demande croissante des habitués qui arrivaient avec leurs propres contenants, la propriétaire a décidé de faire la transition vers le zéro déchet.

     

    Elle reconnaît toutefois avoir perdu quelques clients. « Certains étaient mécontents que j’enlève les sacs plastiques et ne trouvaient pas pratique d’apporter leur pot. » Elle a par contre attiré une nouvelle clientèle, plus sensible aux enjeux environnementaux.

     

    Elle se félicite surtout d’avoir changé les mentalités de la plupart de ses clients réguliers. « Ils ont commencé par prendre les sacs en papier disponibles et maintenant ils apportent leur récipient. C’est ça, le défi des épiceries qui vivent la transition vers le zéro déchet. Celles qui ouvrent directement avec cette étiquette risquent à la base d’attirer des gens déjà “conscientisés” », croit-elle.

     

    Aux yeux de Karel Ménard, bannir radicalement les sacs de plastique des Bulk Barn ne ferait que déplacer le mal de place. « Ils perdraient des clients qui iraient ailleurs, car les gens ont l’habitude d’utiliser les sacs de plastique. Ça prend trois générations avant que les comportements changent, alors ça ne sert à rien de brusquer les choses. Il faut se diriger vers le bannissement des sacs en trouvant des alternatives. »

     

    Colleen Thorpe pense quant à elle qu’il revient aux municipalités de légiférer et de bannir les sacs de plastique, pour faire une réelle différence.
     

     

    À la source du problème

     

    Agréablement surprise par la décision de la chaîne d’alimentation, Colleen Thorpe pense que Bulk Barn pourrait pousser ses concurrents à l’imiter. L’étape suivante pour réduire son impact environnemental serait, selon elle, de réduire les emballages auprès des fournisseurs et de se diriger vers des produits biologiques et locaux.

     

    Une opinion que ne partage pas Lysandre Trudeau. « J’ai l'habitude d'aller dans les épiceries zéro déchet à Montréal, mais c’est souvent cher parce que tout est local et biologique, constate-t-elle. Les produits Bulk Barn sont plus abordables pour le grand public, c’est une façon de démocratiser le mode de vie zéro déchet. »

     













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