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    Les agences SAQ… enfants pauvres de notre société d’État

    3 décembre 2016 | Karine Habel et Kathleen Saint-Jean - Épicerie chez Daniel, de Mont-Carmel | Consommation
    Le réseau des agences SAQ compte 495 points de vente.
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le réseau des agences SAQ compte 495 points de vente.

    Le samedi 3 décembre, les clients de la SAQ pourront bénéficier de rabais allant jusqu’à 20 % sur huit produits en succursale. En tant que propriétaires d’une agence SAQ, cette publicité, vue un peu partout sur Facebook et dans La Presse +, nous consterne. En effet, les clients qui profiteront de rabais aujourd’hui paieront leurs bouteilles moins cher que le prix coûtant payé par les agences. Cela fait partie des nombreux irritants que nous vivons en tant que partenaire d’affaires de la SAQ.

     

    Le réseau des agences SAQ compte 495 points de vente. C’est un moyen, pour la Société des alcools, de rejoindre une clientèle éloignée des succursales, tout en ne supportant pas les frais de locaux et de ressources humaines. C’est un double avantage pour la SAQ : aller chercher de nouvelles parts de marché en engageant peu ou pas de dépenses. Les agences sont situées, en grande majorité, en milieu rural, dans des commerces de petite taille.

     

    En 2013, la SAQ a lancé un appel pour l’ouverture de 40 nouvelles agences. Nous avons été personnellement sollicitées pour être dépositaires. Il s’agit, bien sûr, d’un projet intéressant pour une petite épicerie comme la nôtre, même si les conditions exigées par la SAQ sont assez imposantes. Tout d’abord, la SAQ demande un inventaire minimum important, chaque produit doit être présent sur deux rangées et compter au moins six bouteilles. Pour nous, par exemple, cela exige de maintenir un inventaire d’environ 30 000 $. Ensuite, contrairement à ce qui se fait dans le commerce de détail, il est de notre responsabilité d’aller chercher les produits à la succursale. Nous assumons donc les frais de transport et de ressources humaines reliés à celui-ci. D’autre part, une quinzaine de promotions et de changements de prix par année exigent plusieurs heures de travail dans notre système de caisse. Et tout cela pour 7,5 % de profit brut, comparativement à 53 % pour la SAQ, selon le rapport annuel 2015.

     

    Nous avons tout de même décidé de faire le pas, car offrir les produits de la SAQ était une occasion d’affaires qu’on ne pouvait pas laisser passer. Aujourd’hui, nous sommes indécises et nous nous sentons prises dans un engrenage. La SAQ laisse planer sur les agences une épée de Damoclès : au moindre signe de mécontentement, elle se réserve le droit de nous enlever l’agence pour la donner à un autre commerce. Non seulement les promotions en succursale induisent une compétition inégale entre agence et succursale, mais en plus on a aussi une compétition entre commerces locaux. Si on se plaint, on perd l’agence et elle va à notre compétiteur.

     

    Avec l’importante baisse de prix effectuée le 9 novembre, notre profit vient encore de diminuer, puisque notre marge de 7,5 % se fait sur un montant moindre. Nous nous réjouissons pour les consommateurs, mais nous avons vite compris que cette baisse se faisait aux dépens des agences. À partir du 9 janvier, nous devrons payer comptant lorsque nous irons chercher nos produits en succursale. Il ne nous sera plus permis d’utiliser la carte de crédit. La SAQ économise ainsi une somme importante, en frais de carte de crédit, sur le dos des agences. Ce sont plusieurs milliers de dollars de marchandises que nous devrons payer avant même d’avoir vendu une seule bouteille. Et cette bouteille sera fort probablement payée par carte de crédit par notre client. Des 7,5 % de profit que nous faisons, il faut donc retrancher près de 1,6 % en frais de crédit. Et soulignons au passage que les restaurateurs, de leur côté, peuvent continuer à payer par carte de crédit ; deux poids, deux mesures ?

     

    La SAQ est une société d’État qui a le monopole de la vente d’alcool. Alors, pourquoi payer pour être le premier résultat affiché dans Google ? Pourquoi créer un programme de fidélisation de la clientèle ? La fameuse carte Inspire, qui d’ailleurs ne peut pas être utilisée en agence. Pourquoi faire des promotions ? Éthiquement, il est douteux qu’une société d’État offre des incitatifs pour augmenter la vente d’alcool et donc, évidemment, sa consommation.

     

    Pour revenir à la situation des agences, nous sommes censées être des partenaires d’affaires de la SAQ, et cette dernière a pour mission de « contribuer de façon significative à la vie collective québécoise. C’est dans cette optique qu’elle considère toujours les enjeux sociaux, environnementaux et économiques dans ses prises de décisions. » Pourquoi alors agir de façon à étouffer financièrement les commerces qui abritent les agences, alors qu’elle pourrait participer concrètement à la dynamisation de nos milieux ?

     

    Nous souhaitons être partenaires d’affaires avec la SAQ dans un esprit de réelle collaboration. L’achalandage généré par la SAQ dans notre commerce est significatif et nous l’apprécions. Dans notre village de 1100 habitants, situé dans le Haut-Pays du Kamouraska, nous fournissons six emplois à des gens de chez nous et la SAQ est un partenaire de cette réussite. La question est de savoir pendant combien de temps encore nous en aurons les moyens.













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