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    Consommation responsable

    Les épiceries zéro déchet font une percée à Montréal

    7 novembre 2016 |Annabelle Caillou | Consommation
    Paola Mijia rentre pour la première fois dans une épicerie zéro déchet, qui valorise les produits locaux et cherche à limiter les produits emballés.
    Photo: Annabelle Caillou Paola Mijia rentre pour la première fois dans une épicerie zéro déchet, qui valorise les produits locaux et cherche à limiter les produits emballés.

    Depuis que Pauline Poison s’est tournée vers l’épicerie zéro déchet de son quartier, la corvée des ordures a pris une toute nouvelle tournure. « Mes poubelles sont quasi vides maintenant, je les descends moins d’une fois par semaine », confie cette résidante du quartier Villeray qui, depuis quelques mois, fait son épicerie sans emballage chez LOCO, ouverte en juillet.

     

    Souhaitant devenir des acteurs importants dans la lutte contre les changements climatiques, de plus en plus de Québécois comme elle n’hésitent plus à changer leur façon de consommer afin de réduire leur gaspillage alimentaire et leur production de déchets. Un objectif d’autant plus atteignable avec la multiplication des épiceries qui font la guerre aux déchets au Québec.

     

    L’ouverture récente à Montréal, de LOCO, Vrac & Bocaux et de Méga Vrac, des épiceries biologiques valorisant les produits locaux qui cherchent à limiter les produits emballés, a fait des habitués en quelques semaines. Finis le suremballage et les quantités imposées : les clients se servent eux-mêmes directement dans leurs contenants et choisissent la quantité dont ils ont besoin d’huile, de farine, de fruits séchés, et même de shampoing ou de lessive.

    47%
    Proportion des pertes qui proviennent du consommateur au Canada

    Source: RECYC-QUÉBEC
     

    Acheter à sa mesure

     

    Habituée des paniers biologiques et des épiceries en vrac, Pauline Poison est ravie de voir le mouvement zéro déchet faire sa place dans la métropole. « J’ai rapidement arrêté les paniers bios parce qu’on continuait d’emballer mes produits dans des sacs en plastique, même quand je tentais de négocier », déplore-t-elle. Quant aux épiceries en vrac, beaucoup d’entre elles refusent encore que Pauline utilise ses propres récipients, par souci d’hygiène ou d’organisation au moment de la pesée.

     

    Le concept zéro déchet va plus loin selon elle, car il permet en sus au consommateur d’acheter la quantité désirée : « On consomme bio, dans la quantité qu’on veut et on réduit considérablement nos déchets. »

    Photo: Annabelle Caillou Le concept zéro déchet permet au consommateur d’acheter la quantité désirée, précise Pauline Poison.
     

    Un avis que partage Sonia Haddad. « J’aime l’idée qu’on puisse acheter de petits volumes, ça permet d’utiliser seulement ce dont on a besoin pour une recette plutôt que de payer un gros sac qui restera au fond du placard. »

     

    Aux yeux de cette mère de famille, les épiceries zéro déchet offrent toutefois trop peu de choix aux consommateurs. Cela l’oblige à compléter sa liste d’épicerie dans les grandes chaînes d’alimentation. « Mes enfants adorent les croustilles d’algues, mais les épiceries zéro déchet n’en proposent pas forcément. J’aime aussi avoir plein de choix de tisanes », confie-t-elle.

     

    « Ce sont des épiceries de quartier avant tout », estime Sonia Haddad, qui avoue faire ses courses dans le commerce sans emballage de son secteur surtout parce qu’il se trouve à proximité de chez elle.

     

    Planifier son épicerie

     

    Toutefois, le concept zéro déchet ne laisse pas de place aux achats imprévus, reconnaît Laurence Lambert-Chan, une autre cliente régulière d’une épicerie sans emballage. « Ça demande de l’organisation. Je planifie le jour où je fais l’épicerie et j’ai toujours avec moi un sac en coton ou un bocal. »

     

    Pour éviter de décourager les clients qui entrent pour la première fois dans leur commerce sans récipient, l’épicerie Vrac & Bocaux vend sur place bouteilles de verre, bocaux et sacs réutilisables. Les quatre copropriétaires de LOCO proposent, elles, des bocaux consignés, que les clients peuvent rapporter.

     

    Il ne faudrait pas pour autant que les consommateurs tombent dans l’habitude d’acheter un nouveau sac ou bocal à chaque visite, prévient la directrice exécutive du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), Renée Michaud. « On achète des contenants réutilisables, mais encore faut-il les réutiliser. On risque de les accumuler à la maison inutilement et d’en jeter. »

     

    Les premières semaines, les bocaux sont en effet vite partis chez LOCO, reconnaît l’une des copropriétaires, Marie-Soleil L’Allier. Mais dès la deuxième ou troisième visite, les clients prennent le pli et reviennent avec leurs propres contenants.

    Photo: Annabelle Caillou Les premières semaines, les bocaux sont vite partis chez LOCO.
     

    Selon elle, les épiceries zéro déchet s’adressent à une clientèle prête à s’adapter à de nouvelles habitudes de consommation. « C’est sûr qu’on impose des contraintes, on ne peut pas proposer 14 sortes de riz. Mais il faut changer notre façon de consommer : on passe du client roi qui peut avoir tout ce qu’il veut quand il veut, au client qui accepte de se limiter à ce qui est disponible. »

     

    Pauline Poison, elle, ne juge pas si contraignant de changer ses habitudes au quotidien, compte tenu de l’impact bénéfique qu’elle estime avoir sur l’environnement.

     

    Créer un mouvement

     

    Le président-directeur général de RECYC-QUÉBEC, Dany Michaud, pense que la multiplication des épiceries zéro déchet sensibilisera la population au gaspillage alimentaire tout en donnant l’exemple aux supermarchés.

    31 milliards
    Coût du gaspillage alimentaire en dollars du Canada
     

    « L’offre va avec la demande. Les produits biologiques étaient demandés, alors on a fini par les faire rentrer dans la plupart des grandes épiceries. Ça pourrait être la même chose avec le vrac qui donne la possibilité d’acheter la quantité souhaitée », explique M. Michaud.

     

    D’après lui, il faut avant tout changer les habitudes de consommation des Québécois, la demande doit venir d’eux. « Tant que les gens vont accepter de prendre des carottes ou des pommes de terre en paquet de six, sans s’offusquer du suremballage, les épiceries vont continuer à le faire. »

     

    Laurence Lambert-Chan croit aussi que les commerçants et les grandes chaînes d’alimentation finiront par autoriser les clients à utiliser leurs propres récipients. « Les gens vont être sensibilisés, ça va devenir naturel d’avoir ses propres contenants. Avant, on n’avait même pas de sacs réutilisables, maintenant on se fait presque mal regarder si on n’en a pas », souligne-t-elle.

     

    De leur côté, les propriétaires de Vrac & Bocaux, Nelly Mermet-Grandfille et Thomas Tiberghien, doutent qu’un tel changement puisse s’opérer si facilement. « Le vrac, ça demande beaucoup de manutention, explique Thomas Tiberghien. Il faut nettoyer quotidiennement les pelles, que tout soit extrêmement propre. Sans compter qu’il faut remplir les bacs en permanence. Ce n’est pas le modèle le plus intéressant pour les supermarchés qui cherchent surtout la rentabilité. »

     

    L’emballage, un mal nécessaire ?

     

    « En quelques semaines, on a réussi à changer les habitudes des petits producteurs locaux, qui ont réduit leurs emballages », se réjouit Marie-Soleil L’Allier.

     

    Le gros du travail reste de convaincre les plus grands producteurs. « C’est difficile pour tout ce qui vient de l’extérieur; tout est emballé, les fruits et légumes surtout. Les sacs sont recyclables, mais ça reste un emballage de trop », se désole de son côté Thomas Tiberghien, moins optimiste.

    En quelques semaines, on a réussi à changer les habitudes des petits producteurs locaux, qui ont réduit leurs emballages
    Marie-Soleil L’Allier, copropriétaire de LOCO
     

    À ses yeux, les épiceries zéro déchet ne font pas le poids à l’heure actuelle face aux grands producteurs. « En étant de plus en plus nombreux, on pourra davantage faire pression sur eux et ainsi changer les mentalités », espère-t-il.

     

    Et puisque l’union fait la force, « pourquoi ne pas créer une association d’épiceries zéro déchet comme en France ? lance à tout hasard la copropriétaire de LOCO. Ça permettrait de partager nos difficultés, de nous entraider et de faire des achats groupés. »

     

    Réduire le suremballage, oui, mais le supprimer totalement semble peu envisageable selon Renée Michaud, du CIRAIG. Elle rappelle que l’emballage est nécessaire à la conservation des aliments frais provenant de l’extérieur du Québec. « C’est justement pour éviter le gaspillage qu’on emballe les aliments frais que l’on importe; on veut mieux les conserver entre leur production et leur consommation. Il reste qu’il y a du suremballage, mais on ne pourra jamais tout supprimer », pense-t-elle.

    40%
    Proportion des aliments gaspillés au Canada en 2015
     

    Selon RECYC-QUÉBEC, près de 40 % des aliments étaient gaspillés au Canada en 2015, ce qui représente une valeur de plus de 31 milliards de dollars, et 47 % de ces pertes proviennent du consommateur.

    Paola Mijia rentre pour la première fois dans une épicerie zéro déchet, qui valorise les produits locaux et cherche à limiter les produits emballés. Dans les épiceries zéro déchet, les clients se servent eux-mêmes directement dans leurs contenants et choisissent la quantité dont ils ont besoin. Le concept zéro déchet permet au consommateur d’acheter la quantité désirée, précise Pauline Poison.












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