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    Drogue douce

    Confession d’une dent sucrée

    Même si on bannissait les sucres qu’on voit, qu’on goûte, qu’on choisit, il y a tous ceux qu’on nous cache plus ou moins et qui ont envahi 75 % des produits transformés.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Même si on bannissait les sucres qu’on voit, qu’on goûte, qu’on choisit, il y a tous ceux qu’on nous cache plus ou moins et qui ont envahi 75 % des produits transformés.

    Le sucre. On peut dire que c’est le condiment universel et qu’il ne gâte rien.
    Brillat-Savarin

    C’est un peu comme pour le tabac, il aura fallu au moins 50 ans, bien des dommages collatéraux et beaucoup d’obstruction de la part de l’industrie pour que la vérité qui dérange les habitudes éclate au grand jour : le sucre ne fait pas que nous gruger les dents, il nous tue. Comme drogue récréative, il n’y a pas mieux, j’en conviens : coût modéré, pushers pastel, attirance partagée par tous de 0 à 110 ans, inoffensive au volant, sans criminalité associée, mains dans le pot de bonbons, comme dirait notre fabuleux ministre de la Santé, témoin de tous les moments joyeux de l’existence, réconfort de toutes les peines… Pourquoi s’en priver ?

     

    Et même si on bannissait les sucres qu’on voit, qu’on goûte, qu’on choisit, il y a tous ceux qu’on nous cache plus ou moins et qui ont envahi 75 % des produits transformés ; savez, ceux qu’on retrouve au centre de ces allées d’épicerie qu’on surnomme « la morgue ». Contrairement au tabac, désormais gardé sous clé dans les dépanneurs, le sucre est en vente libre partout, publicisé, adulé, présenté comme une récompense, « parce que vous le méritez », comme la gâterie qui fait du bien.

    Quand je suis en peine d’amour, je mange mes émotions. Oui, le chocolat, c’est une émotion.
    Anne-Marie Dupras
     

    C’est notre carburant, notre pétrole végétal, « naturel », et qui rend euphorique comme une ligne de cocaïne. Coke : 10 cuillères à café de sucre pour un petit format. Le sucre ferait affaire avec les mêmes centres nerveux du plaisir que la drogue dure, découvre-t-on, voilà pourquoi la dépendance est si forte.

     

    En prévision de Pâques, la semaine prochaine, mon B recevra du sucre du brigadier scolaire, de ses profs, du service de garde de l’école, sans compter ses parents et la famille élargie. Il en consommera plus dans une fin de semaine que mon grand-père n’en rêvait dans toute une année au même âge. Le sucre, même le sirop d’érable, était trop cher pour une famille gaspésienne de 12 enfants.

     

    Mondialement, nous avons triplé notre consommation en 50 ans. Nous sommes passés de deux kilos de sucre par an et par individu, au début du XIXe siècle, à 40 kilos aujourd’hui, au Canada. Les Américains, eux, approchent les 60 kilos. Les formats des boissons et aliments ne sont pas étrangers à cette différence notable, les tours de taille en témoignent de façon éloquente.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
     

    Le poison qui rend heureux

     

    Je me suis longuement interrogée sur les raisons qui ont fait qu’une végétarienne comme moi, mince et non fumeuse, qui s’entretient le squelette et le mental depuis autant d’années, avait bien pu se « fabriquer » un petit cancer du côlon il y a deux ans. La réponse m’est apparue à force de fouiller la question et de la poser à des experts : probablement (je n’ai pas de preuves) une longue dépendance entretenue dès l’enfance au sucre, aux biscuits, confitures, chocolats, pâtisseries maison (appelez-moi Betty Crocker), aux brioches et autres dérivés des glucides, bref à tout ce qui induit acidité, fermentation et inflammation dans les tripes.


    Je n’ai que moi à blâmer ; j’ai essayé de vaincre toutes mes dépendances, mais celle-ci est la plus tenace et je ne réalisais pas qu’elle était aussi dommageable. Je me suicidais aux petits Lu. Le Dr Montignac en parlait déjà dans les années 1980, mais le mal s’est amplifié par la suite, en raison du fructose tiré du maïs, à faible coût et injecté dans à peu près tout par l’industrie alimentaire.

     

    Depuis deux ans, j’ai coupé presque tous les glucides, remplacé le verre de jus d’orange matinal (neuf cuillères à thé de sucre) par un demi-citron pressé, me suis limitée à quelques carrés de chocolat noir chaque jour. La Société canadienne du cancer est pourtant rassurante à ce sujet : « Le fait de manger des aliments sucrés ne fait PAS croître les cellules cancéreuses plus rapidement. » Je trouvais cette affirmation pratique.

    La vie est comme le chocolat, c’est l’amer qui fait apprécier le sucre
    Xavier Brébion
     

    J’imagine que les fabricants de boissons gazeuses aussi. On pouvait les entendre se défendre jeudi soir à l’émission Enquête : pourquoi cibler un secteur particulier, en modération aucun aliment n’est mauvais, etc. La « modération » porte un chiffre : un demi-litre de boissons sucrées par jour pour les jeunes, chez qui le taux d’obésité a triplé depuis 1980. Sans parler du diabète de type 2.

     

    Quant au cancer ? Les études continuent à démontrer le lien entre sucre et cancers du sein, du côlon et du poumon, parmi les cinq cancers les plus « populaires » au pays. Même pour les non-fumeurs, une étude de l’Université du Texas dévoilée en janvier montre que vous doublez vos « chances » d’avoir un cancer du poumon avec une glycémie trop élevée.

     

    « La glycémie élevée, telle celle qui se manifeste après la consommation de confiseries, pommes de terre ou pain blanc, fournit aux cellules le carburant idéal. L’insuline est un autre moteur pour le développement de toutes les cellules, quelles qu’elles soient. Cette hormone essentielle exerce également un effet fortifiant sur les cellules cancéreuses et, par conséquent, favorise le développement des tumeurs », nous disent le Dr Kurt Mosetter et le biochimiste Wolfgang Simon dans La méthode sans sucre, que je viens de terminer. Bing bang, thank you mam !

     

    Dépendante affective

     

    L’Organisation mondiale de la santé nous suggère six cuillères à café de sucre par jour pour les femmes et neuf pour les hommes. Nous en consommons « en moyenne » 28. Pas vous, non, imaginez les autres. Pas étonnant, quand on sait que le sucre porte 60 noms différents.

     

    On se met plutôt au sirop d’agave, au stévia ou au Splenda, version light ? Il semblerait que le sucre, c’est du sucre, et que le corps finit par ne plus faire de différence entre le vrai et le faux, selon la chercheuse Susan Swithers de l’Université Purdue, en Indiana. Les consommateurs d’édulcorants sont aussi à risque d’obésité, de diabète de type 2, de cancers et de maladies cardiovasculaires. L’industrie des édulcorants ne l’aime pas beaucoup, on peut comprendre.

     

    Au final, la mode est au sevrage. On se lance des défis sans sucre comme les défis sans alcool. Mitsou vient de terminer 28 jours sans. Elle a toute mon admiration. Même si je me rééduque doucement, plus facile de résister à l’amer qu’à l’amour…













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