Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    «Selfie», ordi et WiFi, c’est fini!

    Un interdit qui transforme l’ambiance de cafés et de restos

    Chez Camellia Sinensis, on a bloqué le réseau sans fil il y a de cela cinq ans afin que les clients puissent savourer pleinement l’expérience d’une dégustation de thé dans un lieu calme.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Chez Camellia Sinensis, on a bloqué le réseau sans fil il y a de cela cinq ans afin que les clients puissent savourer pleinement l’expérience d’une dégustation de thé dans un lieu calme.
    Les lieux sociaux (tels les restos et les cafés) où l’on peut se « débrancher » d’Internet ou du téléphone cellulaire sont rares. Mais ils existent. Le bar Félix, le resto Tripes Caviar et le café Camellia Sinensis ont fait une croix sur le sans-fil pour transformer leur atmosphère. Pour le mieux.
     

    Au Félix, sur la plaza Saint-Hubert, les gens doivent délaisser leur téléphone cellulaire pour profiter pleinement de l’univers théâtral de ce club privé unique à Montréal. À l’accueil, de jeunes femmes rangent soigneusement leurs appareils dans une pochette et verrouillent le tout dans un meuble à tiroirs. Elles le reprendront à leur départ, après avoir expérimenté l’appartement-bar du Félix et de sa piste de danse au second étage.

     

    Les lieux sont déstabilisants, et la soirée « sans téléphone » l’est encore plus pour certains visiteurs. François Dussault, copropriétaire du bar, ne s’attendait pas à ce que des clients, une fois privés de leur béquille technologique, aient une réaction aussi forte.

     

    « Un certain pourcentage des clients angoisse fort. Des gens qui, au bout de 20 minutes, demandent à le ravoir parce qu’ils ne se sentent pas bien. On les calme, on s’assoit avec eux. Bonne chance à tous ceux qui vont vouloir se lancer dans ce genre d’entreprise, car c’est de la gestion en c… », reconnaît le propriétaire de l’établissement, ouvert au début de l’année.

     

    Quand les gens arrivent dans une soirée avant leur groupe d’amis, le téléphone cellulaire vient d’habitude masquer la solitude jusqu’à leur arrivée. Mais pas ici. Pour aider les gens à apprivoiser l’univers du bar, l’équipe va discuter avec eux, afin qu’ils se sentent un peu comme à la maison.

     

    « Ici, c’est une expérience collective plutôt qu’individuelle, dit François Dussault. Tu le sens dès que tu entres dans la pièce et qu’il y a 200 personnes sans cellulaire. Tu sens que le monde a décroché. » Ces derniers raccrochent toutefois très vite, une fois le last call arrivé. Une file d’impatients se forme alors à l’accueil. Dans le salon du bar, il n’y a plus un bruit et les fêtards sont rivés à l’écran lumineux, curieux de voir ce qu’ils ont pu rater pendant qu’ils étaient occupés à vivre. « Le Félix représente la résistance. Et c’est totalement assumé. »

     

    Pour le trip

     

    Le chef propriétaire de Tripes Caviar, à Verdun, avoue quant à lui que, dans son restaurant, il n’irait pas jusqu’à interdire à ses clients de garder leur téléphone en poche. « Il faut comprendre qu’à Montréal, c’est un milieu compétitif pour un bar ou un resto. Je comprends qu’on veuille avoir une identité, mais il ne faut pas se tirer dans le pied en voulant être un peu marginal », dit Jean-Michel Leblond, qui dit comprendre tout à fait la vision du bar Félix.

     

    Si le restaurant Tripes Caviar suggère fortement aux clients de ne pas utiliser leur téléphone cellulaire (« Les gens pensent que c’est la politique de la maison, mais en réalité, les murs de la bâtisse historique sont juste tellement épais que les ondes n’entrent pas ! »), cette politique « sans cellulaire » est toutefois la règle dans leur food-club, lors de soirées-événements gastronomiques et thématiques organisées sporadiquement depuis plus de quatre ans.

     

    « La première fois que nous avons tenu cet événement, nous avions hâte de présenter le menu d’abats sur lequel on avait travaillé très fort. Quand on a présenté les plats, tout le monde était rivé à son téléphone, en train de prendre des photos », se souvient le chef. Agacé, il a demandé aux gens de le ranger. « Tout de suite, ils étaient beaucoup plus concentrés sur l’expérience et le moment présent. » La règle est donc restée et, depuis, le resto demande aux membres de laisser leur téléphone ainsi que leur montre à l’entrée. « On a étendu cette règle à la montre, car elle aussi brisait le rythme de la soirée. On veut vraiment prendre possession de l’attention des gens pendant trois-quatre heures, comme si le temps s’était arrêté. »

     

    Ces soirées ne laissent aucune trace sur les réseaux sociaux, aucune photo, que des souvenirs, ce qui permet au resto de contrôler l’image de marque du food-club et de l’empêcher de croître trop rapidement pour devenir la coqueluche du mois.

     

    Une certaine clientèle revient au food-club justement parce qu’il s’agit d’un des rares endroits où on oblige les clients à se priver de leur « fix » techno. « Ça déstabilise les gens de manière positive, c’est une thérapie », dit M. Leblond.

     

    Bulle de thé

     

    Dans un café, on s’attend à voir des rangées de pigistes, les yeux rivés sur l’écran bleuté de leur ordinateur, et des gens faisant défiler les pages, tête baissée sur leur téléphone. Une chose qui n’arrive plus au salon de thé Camellia Sinensis depuis qu’on a décidé d’y bloquer le réseau sans fil il y a plus de cinq ans. « On l’a enlevé pour remettre l’accent sur la dégustation de thé. On l’avait au début, mais les ordinateurs ouverts et les gens plogués sur leurs écouteurs changeaient complètement l’ambiance de la place », explique François Marchand, l’un des copropriétaires-dégustateurs du salon du Quartier latin. L’idée est inspirée de celle adoptée par un salon de thé à Prague.

     

    L’absence de téléphones a changé les lieux : c’est paisible, feutré, les gens discutent à voix basse. « On s’attendait à ce que la réaction soit négative, mais ce fut tout le contraire. » Avec les années, les clients se sont habitués à cette tranquillité. Elle fait désormais partie de la réputation de la maison. « En 10 ans, c’est arrivé au maximum cinq fois que des gens partent ailleurs pour travailler sur leur ordi. Et ça va, je le comprends. »

     

    Si des gens choisissent de venir dans ce salon qui donne l’impression d’être dans une bulle protégée de l’agitation du centre-ville, c’est pour être « complètement là » et prendre une pause. Une vraie pause. « Le fait qu’on nous dise de ne pas utiliser notre téléphone nous amène à faire d’autres choix, explique François Marchand. Ça permet de prendre le temps de converser et de goûter. Ça remet les choses en perspective. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.