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    Consommation

    La démocratie commerciale

    Potloc marie les besoins exprimés des citoyens aux projets des commerçants, au grand bonheur des uns et des autres

    3 novembre 2014 |Émilie Folie-Boivin | Consommation
    La propriétaire du café Sfouf, Gaby Kassas, avait déjà le local dans sa mire quand elle a choisi de s’établir dans le Centre-Sud. La consultation populaire, menée par Potloc, a vraiment confirmé qu’elle avait fait le bon choix.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La propriétaire du café Sfouf, Gaby Kassas, avait déjà le local dans sa mire quand elle a choisi de s’établir dans le Centre-Sud. La consultation populaire, menée par Potloc, a vraiment confirmé qu’elle avait fait le bon choix.

    Le café Sfouf avait déjà une longueur d’avance quand il a ouvert dans le quartier Centre-Sud en septembre dernier. Les propriétaires du local, vacant depuis dix ans, savaient que les gens ne souhaitaient pas voir une galerie d’art, un cordonnier ou une quincaillerie investir les lieux. Ils désiraient avoir enfin un café pour les familles. Les gens l’ont demandé. Ils l’ont obtenu. Par l’intermédiaire de Potloc.

     

    Menée par deux Français nouvellement diplômés de HEC Montréal, Potloc est une entreprise qui permet aux gens de façonner des quartiers à leur image. « On veut vraiment remettre le citoyen au centre d’un processus duquel il est normalement exclu. D’habitude, le propriétaire signe son bail avec le commerçant, et les consommateurs n’ont rien à dire. Puis le commerce fait faillite », résume Rodolphe Barrere, cofondateur du projet avec son associé Louis Delaoustre. Potloc veut favoriser l’émergence de commerces mieux ciblés, et qui couleront de beaux jours pendant de longues années dans leur nouveau local.

     

    Pour tester le projet, le duo s’est d’abord intéressé à un local vacant sur le Plateau. Pendant quelques jours, Potloc a ouvert les portes de cette ancienne pâtisserie en offrant du café aux passants et en les sondant sur le type de boutique qu’ils aimeraient voir investir les lieux. Résultat du vote ? Les 640 répondants voulaient une épicerie bio vendant des produits sans gluten et des plats pour emporter. Leur souhait a été exaucé quand le bar à jus Fruitologie a finalement ouvert en juin.

     

    Les propriétaires de locaux se sont mis à les contacter puis, un peu plus tard, sur plus de 1000 personnes sondées dans un Centre-Sud en pleine revitalisation, le café tant désiré a pris la forme du café Sfouf. Rue Fleury Ouest, une fruiterie devrait ouvrir dans un local où des travaux sont toujours en cours, et les fruits de sondages concernant sept locaux vacants du Quartier latin seront bientôt dévoilés.

     

    Tant Fruitologie que Sfouf, qui ont pris place dans des locaux grâce au bouche à oreille favorisé par Potloc, ont goûté rapidement au succès : ils étaient rentables deux ou trois semaines seulement après leur ouverture. Cette réussite, Rodolphe Barrere l’attribue au fait que la population a été écoutée, mais aussi aux attentes que Potloc a suscitées autour de ces espaces.

     

    « On croit beaucoup en la force de la communauté, et Potloc s’inscrit dans cette démarche de la ville intelligente, reconnaît le jeune entrepreneur. La ville intelligente doit être créée par les citoyens pour les citoyens. Les gens sont les mieux placés pour nous dire ce dont ils ont besoin, c’est eux qui disent s’ils vont fréquenter l’endroit ou pas. »

     

    Dans un contexte où le commerce de détail est en pleine mutation, où les sites d’achat en ligne et les centres commerciaux ravivent la concurrence des grandes enseignes, l’initiative de Potloc stimule l’achat local, ce que les citoyens valorisent de plus en plus dans les secteurs qu’ils ont ciblés. « On visite les petits commerces de quartier autant pour y rencontrer ses voisins que pour acheter un produit. C’est cet aspect du commerce de détail qu’on veut mettre au centre de la réflexion. »

     

    La propriétaire du café Sfouf, Gaby Kassas, trouvait important de mettre sa pierre dans le Centre-Sud, qu’elle habite depuis plus de dix ans. « J’avais la volonté de m’inscrire comme un acteur local. C’est important d’encourager les commerces de quartier, et le café me permet d’y contribuer davantage, car je m’approvisionne au marché Saint-Jacques voisin. »

     

    D’un côté, la population est ravie de trouver le commerce de proximité qu’il lui manquait. De l’autre, le commerçant se réjouit que les citoyens adoptent si rapidement son nouveau magasin. Et le propriétaire est soulagé d’avoir un locataire qui est là pour longtemps. « Au final, les gens contribuent au bonheur du quartier. » Peut-être est-ce là la recette du quartier presque parfait ?













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