Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Les valoristes, ces soldats invisibles des villes

    Une bouteille à la fois, la consigne adoucit le sort des personnes démunies

    Le comptoir installé sous le pont Jacques-Cartier, où les valoristes pouvaient cet été apporter le fruit de leur collecte.
    Photo: Alliette St-Pierre Le comptoir installé sous le pont Jacques-Cartier, où les valoristes pouvaient cet été apporter le fruit de leur collecte.
    Depuis trente ans, la consigne contribue au recyclage et à la propreté des lieux publics. Discrètement, elle permet aussi de lutter contre la pauvreté. La coopérative de solidarité Les Valoristes, qui a poussé cet été à l’ombre du pont Jacques-Cartier, met en lumière le précieux travail de ces soldats invisibles.
     

    La dernière personne à avoir tenu la flamme la veille de l’inauguration des Jeux olympiques de Vancouver en 2010 n’était pas une célébrité du rock ou du hockey, mais plutôt Ken Lyotier, un homme qui, pendant plusieurs années, s’était assuré un petit salaire d’appoint en ramassant cannettes et bouteilles recyclables dans les rues de Vancouver.

     

    C’est grâce à cet homme qu’est né, en 1995, le centre de dépôt de bouteilles vancouvérois United We Can, qui permet aujourd’hui à plus de 700 valoristes par jour de déposer des contenants consignés en échange d’un peu d’argent. C’est de cette initiative sociale que se sont inspirés les cinq membres fondateurs de la coopérative de solidarité montréalaise Les Valoristes pour créer l’ébauche du premier centre de dépôt québécois et sensibiliser les gens à l’importance socioéconomique de la consigne.

     

    Le Québec et le Manitoba sont les deux seules provinces canadiennes à ne pas abriter un centre de dépôt de contenants consignés. « Dans les pays en développement, on voit souvent ces gens qui ramassent des contenants dans la ville pour survivre, qu’on pense au Brésil, à la Chine. Mais ils sont des milliers au Québec à tirer un revenu de la consigne », explique Pierre Batellier, président et unique cofondateur masculin de cette force féminine qu’est la coop.

     

    Un échange pas toujours simple

     

    La mission de la coop est de faciliter le travail de ces travailleurs de l’ombre. Car les valoristes rencontrent de plus en plus d’obstacles lorsque vient le moment d’échanger leurs contenants recyclables dans les supermarchés et les dépanneurs — les seuls endroits qui recyclent les contenants consignés. Parmi les embûches fréquentes, les glaneurs de cannettes et de bouteilles sont parfois obligés de dépenser le maigre pécule amassé dans le commerce qui les accepte. Ils peuvent aussi se voir refuser les contenants trouvés dans les poubelles s’ils sont trop sales ou si les commerces manquent de place pour entreposer leur collecte.

     

    Tout l’été, l’arrondissement de Ville-Marie a alloué au projet-pilote de la coop Les Valoristes un espace réservé sous le pont Jacques-Cartier, où les membres acceptaient sans chichi — et avec le sourire — les contenants récupérés par les valoristes qui écument les poubelles, les bacs à recyclage et les recoins du centre-ville de Montréal. En échange du fruit de leur récolte, ces gens — à 95 % des sans-abri ou des personnes à la recherche d’un revenu d’appoint pour subvenir à leurs besoins — repartaient avec leur butin. Le groupe estime qu’un valoriste amasse en moyenne 30 $ par jour, à coup de pièces de cinq et dix cents.

     

    « La consigne joue un rôle de filet social assez important,estime Pierre Batellier. Certains membres ne font pas ça juste pour l’argent, ils le font en attendant d’avoir un emploi, pour rester actifs, briser l’isolement, ou pour apporter une contribution positive à la société. »

     

    Certains des membres accueillis par la cofondatrice de la coop, Marica Vazquez Tagliero, vivaient jusqu’alors en situation d’itinérance. Quatre d’entre eux lui ont confié avoir trouvé un logis. « Je ne dis pas qu’ils ont trouvé une place grâce à la coopérative, mais peut-être que ç’a eu un petit impact ! »

     

    Moteur de changement

     

    Comme le projet-pilote a pris fin la semaine dernière, les valoristes doivent désormais recommencer à échanger leurs contenants dans les dépanneurs et les supermarchés. « Ils étaient bien tristes d’ailleurs, note Mme Vazquez Tagliero. On a vraiment créé une communauté cet été. On les connaissait par leur nom, on connaissait leur histoire. » Pour le moment, cette dernière ignore si la coop pourra être de retour l’été prochain, mais elle affirme que la réponse à ce projet a été positive.

     

    « Les valoristes sont en train de faire un travail merveilleux. Sans eux, le coût de nettoyage dans les parcs, les espaces publics et pendant les festivals serait beaucoup plus élevé. C’est le contribuable qui paie cette collecte hors foyer. Imaginez si on consignait les bouteilles d’eau, ça pourrait être vraiment bien, on pourrait avoir une ville plus propre — à l’inverse des autres contenants, on trouve rarement des contenants consignés traînant sur la chaussée — et on pourrait changer quelque chose pour les gens qui sont démunis. »

     

    À coup de cinq sous, un projet de consigne sous le pont Jacques-Cartier permet de lutter contre la pauvreté.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.