Noël québécois - Les 25 décembre d’hier à aujourd’hui
«Dès que les colons de la Nouvelle-France ont pu s’organiser un tant soit peu, ils ont célébré la fête de Noël », explique Sylvie Blais, historienne de l’art et coauteure, avec Pierre Lahoud, du livre La fête de Noël au Québec. Publié aux Éditions de l’Homme en 2007, l’ouvrage est aujourd’hui épuisé. « Mais il s’agissait uniquement d’une fête religieuse, et c’est à ce moment que s’installe la tradition des deux messes basses suivies de la messe de minuit. »
Et c’est aussi grâce à la fête de Noël qu’une croix se trouve au sommet du mont Royal. « Lors de la fondation de Montréal en 1642, la petite communauté est menacée par un risque d’inondation. Maisonneuve promet que si la communauté est épargnée, il ira planter une croix sur le mont Royal, ce qu’il fit le jour des Rois suivant. »
Bien qu’elle demeure essentiellement religieuse tout au long de la Nouvelle-France, la fête de Noël prend du faste avec le temps. « La crèche fait son apparition, ainsi que l’enfant Jésus en cire. Elle devient peu à peu aussi une occasion de réjouissances. Les communautés religieuses confectionnent des gâteries pour les enfants, la messe de minuit devient un événement social d’importance auquel on assiste dans ses plus beaux vêtements. Le clergé se plaint même que des ivrognes viennent perturber les célébrations religieuses. »
Époque victorienne
La conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques aura peu d’effet sur la manière dont est célébrée la fête de Noël au Canada français, sinon de permettre l’introduction du sapin de Noël. « Le sapin de Noël était alors une tradition essentiellement allemande. Le premier sapin de Noël a vu le jour à Sorel en 1781, grâce à l’initiative d’un général britannique d’origine allemande. »
Il faudra plutôt attendre le milieu du XIXe siècle pour voir s’installer les premiers changements à la fête de Noël au Québec, et ce, sous l’influence de l’Angleterre victorienne. « L’Angleterre est alors une puissance mondiale dont l’influence est considérable. C’est en 1843, en Angleterre, que la première carte de voeux de Noël est imprimée. On y voit une famille multigénérationnelle entourée d’images de démunis. C’est aussi la même année que paraît le conte A Christmas Carol de Charles Dickens. On greffe donc au Noël religieux une nouvelle valeur, celle du partage. » C’est d’ailleurs à la même époque que naît au Québec la Guignolée. Elle sera prise en charge en 1860 par la Société Saint-Vincent-de-Paul, et ce, jusqu’en 1960.
Une autre transformation importante survient en 1848 lorsque la reine Victoria publie à l’occasion de Noël une image de la famille royale réunie autour d’un sapin de Noël de table au pied duquel on a déposé des cadeaux et des jouets. « La fête de Noël s’enrichit d’une nouvelle signification, celle des cadeaux aux enfants. D’ailleurs, la tradition des cadeaux à Noël mettra du temps à s’enraciner au Québec, forts que nous étions de la tradition des étrennes au jour de l’An. »
La révolution industrielle
D’autres changements importants surviendront quelques années suivant la Révolution industrielle, autant en Europe qu’en Amérique. « Les biens deviennent alors plus accessibles à un plus grand nombre de familles et Noël gagne alors en importance. C’est aussi l’apparition des premiers grands magasins et les sapins et les décorations font d’abord leur apparition dans les vitrines de ces grands magasins avant de pénétrer au sein des familles. C’est aussi l’arrivée des premières publicités rattachées directement à la fête de Noël. C’est donc le début de l’époque commerciale de Noël. »
Au XXe siècle
Cette dimension commerciale ne fera que s’accentuer au début du XXe siècle. C’est vers 1920 que le père Noël fait son entrée dans les grands magasins au Québec et le premier défilé du père Noël à Montréal a lieu en 1925. Cette commercialisation se concrétise au début des années trente avec l’usage publicitaire de l’image du père Noël par la compagnie Coca-Cola. « L’image moderne du père Noël, que l’on confondait auparavant avec saint Nicolas, se concrétise et devient un symbole mondial. »
Les deux guerres mondiales mettent un frein aux réjouissances. Mais c’est un véritable envol que la fête de Noël connaît dans la période qui suit la Deuxième Guerre mondiale. Il y a d’abord un boom économique, avec la création d’une véritable classe moyenne, qui rend les réjouissances plus accessibles. C’est aussi l’époque des chansons de Noël comme Petit papa Noël. « Noël devient alors la principale fête de l’année. Les cadeaux et les réveillons sont alors bien ancrés dans nos moeurs. »
Mais qu’est-ce qui assure à Noël sa popularité et surtout sa pérennité ? « C’est que la fête de Noël a toujours su évoluer et elle l’a fait en intégrant de nouvelles valeurs, de sorte qu’aujourd’hui, elle prend dans l’imaginaire des gens de multiples significations. »
Et les Noëls d’antan étaient-ils mieux que ceux d’aujourd’hui ? « Il y a toujours eu des personnes pour prétendre que c’était mieux avant. Par exemple, dès l’apparition des guirlandes électriques, il s’en est trouvé pour déplorer l’abandon de la tradition des chandelles. C’est qu’il y a toujours un élément de nostalgie dans la fête de Noël, car elle nous ramène inévitablement à nos Noëls d’enfant. »







