Émerveillement - Pour que la magie règne
Qui lit ou lira Le temps des enfants le fait ou le fera pour la raison même qui a poussé A. S. Byatt à l’écrire : opérer une plongée dans l’émerveillement. Elle dont le Possession lui valut le Booker Prize, en 1990, aime ces univers où les passions, en fait tout ce qui fait naître l’enthousiasme, pour reprendre ce mot venu des Grecs, tout ce qui engendre comme un souhait d’être emporté et d’aller au-delà de la chose quotidienne, nous parle donc dans The Children’s Book d’un temps ou de lieux où ce qui a de l’importance, ce n’est pas le nécessaire, mais plutôt ce qui nous fait entrevoir une réalité où les formes et les idées transforment nos conceptions du monde.
Rêve et imagination
Le roman se passe dans cette Angleterre de la fin de l’ère victorienne, qui oppose à l’empire financier et commercial les forces d’un autre monde où l’utopie, le rêve et l’imagination rompent avec la réalité affairiste et tout ce qui confirmerait que l’argent, plus que la richesse, est le maître du monde. Entre Alice au pays des merveilles et les diktats économiques, il faudrait choisir.
Plus d’un roman a ainsi décrit un univers où la magie peut opérer. S’il y a le Londres d’un Dickens, il y a aussi toutes ces pages où, à Noël, il fait bon, où les enfants, comme dans Casse-noisette, attendent les cadeaux devant des sapins aux bougies tremblotantes. Et il neige alors doucement sur les campagnes.
Ces Noëls
Noël n’est alors plus cette fête d’abord religieuse que le monde latin raconte à grand renfort de messes et de crèches, mais le fruit d’un autre temps, celui du Nord protestant où, une fois l’an, on met au rancart remords et autres malédictions.
Et ces Noëls sont devenus ce que l’on raconte et attend. Tandis que les adultes festoient, à coups de beau linge, de bonne chère et de remarquables bouteilles, les enfants entreprennent de construire des univers à partir d’une image, d’une figurine ou de tout autre support rendu plus grand par l’imagination que sa simple réalité, tout comme ils ouvriraient grands les yeux et les oreilles devant les histoires mises en mots, en images, en projections.
Et notre monde étant notre monde, dans un univers où l’objet et sa possession priment, ce que cet « empire commercial » avait déjà compris, alors Noël, et toute la grande période de festivités qui accompagne les jours du solstice d’hiver, ce Noël devient un temps de cadeaux plus que d’offrandes.
Mais que ce temps, devenu celui des enfants, conserve un fond de magie. Après tout, qui donne a encore la possibilité de faire rêver.







