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Descendre de la voiture pour monter à bord de la mobilité

11 juin 2011 | Fabien Deglise | Consommation
Une scène tirée du film Minority Report, de Steven Spielberg (2002).<br />
Photo : DreamWorks Pictures Une scène tirée du film Minority Report, de Steven Spielberg (2002).
Le sens des rues change dans la République du Plateau, les vélos écolo-branchouillés mis en partage sortent et les critiques fusent. Dans les dernières semaines, la varlope a été passée sur le projet du maire de l'arrondissement centro-plateauïsque de Montréal de rendre difficiles les déplacements en voiture dans son fief.

Les Bixi, ce service de vélo-partage, ont reçu le même traitement pour cause d'injection de fonds publics jugée trop élevée pour une poignée de bobos et d'accointances ostentatoires avec le monde de la pub.

Il y a eu des tirs ciblés pertinents, des coups de gueule déplacés à la limite de la mauvaise foi, quelques dérapages aussi, qui toutefois ont tendance à perdre un peu d'effet de style quand on prend la peine de combattre un travers de notre époque pour sortir un peu de l'instant présent — celui qui colle au nombril — pour regarder... 30 ans plus loin.

À une époque où le présentisme — cette incapacité chronique à se situer par rapport au passé et au futur — se propage avec la même vitesse qu'un tweet futile portant sur Lady Gaga, l'exercice n'est pas facile.

Sans compter que, dans les sociétés vieillissantes qui perdent doucement la capacité de rêver collectivement leur futur, imaginer la répression en cours de l'auto sur le Plateau comme le début d'un changement de paradigme inspire forcément le doute. Et pourtant...

Il faut avoir eu le nez collé trop longtemps sur un pot d'échappement pour ne pas croire qu'en matière de transport, une révolution copernicienne est actuellement en train de se jouer. Et comment! Dans près de 40 ans, l'humain ne devrait plus se déplacer dans la ville et entre les villes de la même façon qu'aujourd'hui.

Et forcément, ce n'est pas parce que tout ça est encore inconcevable pour plusieurs esprits réfractaires au changement qu'il ne faut pas se mettre tout de suite dans le sens de la vague, pour éviter, à nous et à ceux qui suivent, un ressac plus tard.

Un environnement urbain sans moteurs à explosion et sans humains seuls dans des véhicules bruyants à quatre places: la chose est inévitable pour 2040 ou 2050, principalement à cause de la démographie et de ces couples qui se forment aujourd'hui en pensant avoir des enfants pour leur survivre.

On appelle ça le cycle de la vie... qui se chiffre: d'ici trois décennies, la population du globe se prépare en effet à doubler, mettant du coup de la pression sur les ressources, oui, et sur les environnements urbains où ces nouveaux humains vont forcément se concentrer.

Montréal ne va pas y échapper. Le jeu de la prospective est certes hasardeux, mais en 2030, la ville devrait compter aussi le double de sa population actuelle. Le tout sur une île qui, elle, ne devrait pas, sauf cataclysme majeur, voir sa superficie changer.

Parallèlement, le clou dans le cercueil de la grosse berline et de la belle compacte va certainement être planté par l'industrie du pétrole et de l'essence pour moteurs à explosion, une source d'énergie non renouvelable qui, tout en subissant ce choc démographique annoncé, va naturellement poursuivre la gestion de sa décroissance.

Avec, à la clef, un coup de main nécessaire donné aux mouvements collectifs vers d'autres modes de transport, certainement électriques, sûrement individuels, probablement légers, petits, peu énergivores et, qui sait, contrôlés à distance par des systèmes intelligents de gestion du transport.

Ce demain, General Motors a d'ailleurs voulu l'anticiper dans une vidéo présentée l'an dernier à l'occasion de l'exposition universelle de Shanghai.

Sur écran, le constructeur de voitures polluantes voulait se projeter 20 ans plus tard en imaginant dans les villes des réseaux de minivéhicules électriques en forme d'oeuf déboulant sur des réseaux où les déplacements seraient contrôlés à distance par une autorité supérieure de transport urbain. Le module passerait aussi en mode manuel sur les voies secondaires, pour plus d'efficacité.

Hasard ou coïncidence, cette vision a été mise en image en 2002 dans le film Minority Report de Steven Spielberg, où Tom Cruise empruntait des modules similaires pour faire face à son étonnant destin, mais également pour offrir, par le divertissement, un aperçu de la rupture culturelle à venir.

Cette rupture inévitable va forcer l'humain à sortir de l'ère de la voiture pour entrer dans celle de la mobilité, clament aujourd'hui les penseurs de la modernité en mouvement. Une ère où les symboles routiers actuels, décapotables, à propriété unique, stationnés le long des trottoirs, traversant un Plateau, vont forcément être jugés comme passéistes par les adeptes d'un transport en commun cohérent, lesquels vont aussi parfois faire usage de triporteurs électriques, de trains à grande vitesse et d'autres modules de déplacement dont il est encore impossible d'imaginer la forme aujourd'hui, pour satisfaire leurs besoins de transport entre un point A et un point B.

Un siècle et demi après l'invention du moteur à explosion par Étienne Lenoir, ce serait donc la suite normale des choses qu'il est légitime de conspuer, seul au volant de son Audi de l'année, en rageant contre un élu municipal ou contre un service de vélo-partage, tout en se disant que 2040 est bien loin et qu'en plus on ne sera pas invité à ce rendez-vous avec l'histoire.

Mais, ce faisant, c'est accepter de rompre avec une certaine conception de la vie en groupe, avec un certain sens du collectif, que l'historien Jules Michelet a très bien saisi à une autre époque dans ses écrits en affirmant que chaque génération doit finalement accepter de rêver la suivante.

***

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