Un MBA pour décideurs responsables - Le défi actuel est d'intégrer le développement durable à la gestion même de l'entreprise
«Le public est très mal informé de ce qui se passe dans les entreprises»
«Beaucoup d'entreprises, si elles n'intègrent pas les dimensions sociales et écologiques du développement durable, vont disparaître», affirme Olivier Boiral.
Le responsable du MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations de l'Université Laval raconte la nouvelle donne qui définit l'univers entrepreneurial: «Dans certains secteurs d'activité, c'est un enjeu stratégique qui engage la survie des entreprises.»
À Detroit, les trois grands de l'automobile ont failli disparaître parce qu'ils fabriquaient des voitures trop grosses et trop lourdes qui consommaient trop d'essence. «Ils n'ont pas du tout su intégrer le virage écologique, alors qu'en Europe, au Japon, on a su mieux négocier ce virage, pour différentes raisons», dit Olivier Boiral.
Le MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations forme ainsi des gestionnaires capables d'intégrer ces enjeux. Le but n'est pas de former des spécialistes destinés à ne faire que du «conseil».
Selon lui, le Québec regorge de consultants en environnement. Aujourd'hui, le défi est d'intégrer le développement durable à la gestion même de l'entreprise. C'est ce que vise à accomplir l'Université Laval en offrant ce MBA.
Verdir les emplois
Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les normes de gestion du développement durable n'a jamais cru aux emplois verts, en vogue ces dernières années. «Je crois plutôt au verdissement des emplois.»
Depuis 15 ans, il ne cesse de répéter que les écoles de gestion et les écoles de génies ont un gros défi à relever en matière de formation, car ce sont leurs étudiants qui détermineront les investissements de leur entreprise, les choix de produits et l'orientation du marketing. Pour changer en profondeur les pratiques actuelles des organisations, il faut que ça vienne de l'intérieur.
Olivier Boiral travaille sur le développement durable depuis 1989. À l'époque, il faisait figure de dissident. L'école de gestion n'était pas en phase avec la culture du développement durable. «C'était et c'est encore très centré sur les valeurs économiques. Mais dire aujourd'hui qu'il faut prendre au sérieux ces enjeux ne fait pas de nous des hurluberlus», selon lui.
Il y a des défis urgents à relever. «On a passé la phase de parler du développement durable. Il faut maintenant agir. Le public commence à être lassé des discours pompeux sur cette thématique. Les gens sont soucieux d'action. Il y a urgence d'agir, de donner des résultats et d'être capable de les démontrer», ajoute l'enseignant-chercheur.
Connaissances techniques
Faire du développement durable, c'est très complexe. «Il y a des connaissances techniques à avoir: savoir faire une analyse du cycle de vie du produit, connaître la norme ISO 14001. Intégrer la loi québécoise sur le développement durable exige aussi des compétences», note Olivier Boiral.
Les entreprises et les administrations publiques ont de la difficulté à mettre en place des politiques de développement durable et à les respecter. Une grande partie d'entre elles adoptent des politiques passe-partout qui veulent «tout dire et ne rien dire du tout. Alors qu'il faut que ces politiques soient adaptées aux activités de l'entreprise», insiste M. Boiral. Les principaux enjeux d'une aluminerie, d'une raffinerie de pétrole ou d'une quincaillerie sont très différents.
Ce cours permet aux membres des conseils d'administration d'évaluer les réalisations des dirigeants sur l'atteinte d'objectifs de développement durable, un indicateur de la bonne gestion de l'entreprise. «Peut-être qu'à long terme le développement durable sera tellement intégré qu'on n'aura plus besoin de cours là-dessus», espère-t-il.
L'image verte
«Se donner une bonne image, c'est beaucoup plus facile que de faire du développement durable en substance», poursuit Olivier Boiral.
Une étude récente des Amis de la Terre montre que 98 % des produits vendus comme «produits verts», c'est du greenwashing ou «écoblanchiment». Le produit ne correspond pas à l'étiquette.
Un cours intitulé «Marketing responsable» propose d'étudier un certain nombre de principes éthiques, comme l'utilisation des enfants dans la publicité ou l'écoblanchiment. L'objectif est d'intégrer ces préoccupations au niveau de l'image de marque et du produit.
«Les sociétés pétrolières ont de gros problèmes de développement durable», affirme le Français, qui a notamment travaillé sur les rapports de développement durable de BP.
«Il y a énormément d'hypocrisie, a-t-il constaté, après avoir relevé de nombreuses contradictions. Elles sont beaucoup centrées sur le marketing vert. Certains gestionnaires voient ça comme une mode, du marketing. Le public est très mal informé de ce qui se passe dans les entreprises.»
Le MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations, créé en 2006, ouvre les mêmes portes qu'un MBA généraliste. Au total, 21 crédits sont dédiés à l'acquisition des connaissances de base en gestion des entreprises. Le programme forme une quinzaine d'étudiants par an, sur le plan des compétences mais aussi des valeurs.
***
Collaboratrice du Devoir
Le responsable du MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations de l'Université Laval raconte la nouvelle donne qui définit l'univers entrepreneurial: «Dans certains secteurs d'activité, c'est un enjeu stratégique qui engage la survie des entreprises.»
À Detroit, les trois grands de l'automobile ont failli disparaître parce qu'ils fabriquaient des voitures trop grosses et trop lourdes qui consommaient trop d'essence. «Ils n'ont pas du tout su intégrer le virage écologique, alors qu'en Europe, au Japon, on a su mieux négocier ce virage, pour différentes raisons», dit Olivier Boiral.
Le MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations forme ainsi des gestionnaires capables d'intégrer ces enjeux. Le but n'est pas de former des spécialistes destinés à ne faire que du «conseil».
Selon lui, le Québec regorge de consultants en environnement. Aujourd'hui, le défi est d'intégrer le développement durable à la gestion même de l'entreprise. C'est ce que vise à accomplir l'Université Laval en offrant ce MBA.
Verdir les emplois
Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les normes de gestion du développement durable n'a jamais cru aux emplois verts, en vogue ces dernières années. «Je crois plutôt au verdissement des emplois.»
Depuis 15 ans, il ne cesse de répéter que les écoles de gestion et les écoles de génies ont un gros défi à relever en matière de formation, car ce sont leurs étudiants qui détermineront les investissements de leur entreprise, les choix de produits et l'orientation du marketing. Pour changer en profondeur les pratiques actuelles des organisations, il faut que ça vienne de l'intérieur.
Olivier Boiral travaille sur le développement durable depuis 1989. À l'époque, il faisait figure de dissident. L'école de gestion n'était pas en phase avec la culture du développement durable. «C'était et c'est encore très centré sur les valeurs économiques. Mais dire aujourd'hui qu'il faut prendre au sérieux ces enjeux ne fait pas de nous des hurluberlus», selon lui.
Il y a des défis urgents à relever. «On a passé la phase de parler du développement durable. Il faut maintenant agir. Le public commence à être lassé des discours pompeux sur cette thématique. Les gens sont soucieux d'action. Il y a urgence d'agir, de donner des résultats et d'être capable de les démontrer», ajoute l'enseignant-chercheur.
Connaissances techniques
Faire du développement durable, c'est très complexe. «Il y a des connaissances techniques à avoir: savoir faire une analyse du cycle de vie du produit, connaître la norme ISO 14001. Intégrer la loi québécoise sur le développement durable exige aussi des compétences», note Olivier Boiral.
Les entreprises et les administrations publiques ont de la difficulté à mettre en place des politiques de développement durable et à les respecter. Une grande partie d'entre elles adoptent des politiques passe-partout qui veulent «tout dire et ne rien dire du tout. Alors qu'il faut que ces politiques soient adaptées aux activités de l'entreprise», insiste M. Boiral. Les principaux enjeux d'une aluminerie, d'une raffinerie de pétrole ou d'une quincaillerie sont très différents.
Ce cours permet aux membres des conseils d'administration d'évaluer les réalisations des dirigeants sur l'atteinte d'objectifs de développement durable, un indicateur de la bonne gestion de l'entreprise. «Peut-être qu'à long terme le développement durable sera tellement intégré qu'on n'aura plus besoin de cours là-dessus», espère-t-il.
L'image verte
«Se donner une bonne image, c'est beaucoup plus facile que de faire du développement durable en substance», poursuit Olivier Boiral.
Une étude récente des Amis de la Terre montre que 98 % des produits vendus comme «produits verts», c'est du greenwashing ou «écoblanchiment». Le produit ne correspond pas à l'étiquette.
Un cours intitulé «Marketing responsable» propose d'étudier un certain nombre de principes éthiques, comme l'utilisation des enfants dans la publicité ou l'écoblanchiment. L'objectif est d'intégrer ces préoccupations au niveau de l'image de marque et du produit.
«Les sociétés pétrolières ont de gros problèmes de développement durable», affirme le Français, qui a notamment travaillé sur les rapports de développement durable de BP.
«Il y a énormément d'hypocrisie, a-t-il constaté, après avoir relevé de nombreuses contradictions. Elles sont beaucoup centrées sur le marketing vert. Certains gestionnaires voient ça comme une mode, du marketing. Le public est très mal informé de ce qui se passe dans les entreprises.»
Le MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations, créé en 2006, ouvre les mêmes portes qu'un MBA généraliste. Au total, 21 crédits sont dédiés à l'acquisition des connaissances de base en gestion des entreprises. Le programme forme une quinzaine d'étudiants par an, sur le plan des compétences mais aussi des valeurs.
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Collaboratrice du Devoir










