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    Changements climatiques et développement durable - L'Amérique affiche un retard sur l'Europe

    «Les autorités réglementaires exigent que les entreprises divulguent correctement le risque écologique»

    27 avril 2011 |Claude Lafleur | Consommation
    Les entreprises ont tout intérêt à se doter de stratégies pour engager un dialogue avec leurs «parties prenantes, dit André Boisclair en évocant le fiasco avec les gaz de schiste.  <br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les entreprises ont tout intérêt à se doter de stratégies pour engager un dialogue avec leurs «parties prenantes, dit André Boisclair en évocant le fiasco avec les gaz de schiste. 
    «La responsabilité sociale n'est pas un luxe pour une entreprise, dans bien des cas, c'est une nécessité», constate André Boisclair, consultant en développement stratégique et en affaires publiques. «Il s'agit pour une entreprise de réfléchir aux risques écologiques et sociaux auxquels elle s'expose, poursuit l'ex-chef du Parti québécois. C'est en outre une bonne façon de gérer de manière rigoureuse les coûts associés à la production de biens et de services.»

    André Boisclair dirige la pratique québécoise d'Ernst & Young en matière de changements climatiques et de développement durable. Après avoir été ministre de l'Environnement et de l'Eau, il a obtenu une maîtrise en administration publique à la Harvard Kennedy School of Government. «Dans le cadre de ma maîtrise en affaires publiques, dit-il, je me suis concentré sur les questions écologiques, secteur que je connaissais déjà du fait d'avoir été ministre de l'Environnement. C'est ma façon de contribuer à l'intérêt public et au bien commun.»

    Comme consultant, son travail consiste à cerner les risques écologiques qui guettent les entreprises. «Par exemple, en ce moment, je travaille avec une grande entreprise québécoise, dans le secteur du génie civil et de la construction, qui est soucieuse de répondre à la demande de ses clients qui cherchent à diminuer leur empreinte écologique», explique M. Boisclair.

    Il souligne par le fait même que les entreprises qui font preuve d'une bonne gouvernance en matière de développement durable ont souvent davantage de chances de remporter des appels d'offres.

    Les entreprises ont tout intérêt à se doter de stratégies pour engager un dialogue avec leurs «parties prenantes», insiste André Boisclair. «Il n'y a qu'à se rappeler le dossier des gaz de schiste», dit-il pour illustrer à quel point l'absence d'un dialogue avec les citoyens peut mener à un fiasco.

    Les entreprises sont en outre sujettes à une multitude de pressions, particulièrement celles inscrites en Bourse. «Dans le cadre du Carbon Disclosure Project, relate M. Boisclair, un regroupement de grands investisseurs — notamment la Caisse de dépôt, OMERS et Teachers — demande aux entreprises de divulguer leur empreinte de carbone et de rendre publiques leurs stratégies pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. En outre, pour des entreprises publiques, la pression est d'autant plus grande que les autorités réglementaires et de valeurs exigent qu'elles divulguent correctement le risque écologique qui pourrait avoir des conséquences sur le cours de leurs actions.»

    Les pressions proviennent même des employés, particulièrement les plus jeunes, qui aspirent non seulement à une bonne rémunération et à leur épanouissement professionnel, mais qui recherchent également des entreprises exprimant des valeurs proches des leurs. «Or, dans les domaines où la main-d'oeuvre se fait rare, rapporte M. Boisclair, chaque petit atout peut faire la différence.»

    Il y a enfin les pressions sociales qu'on voit apparaître dans des dossiers sensibles pour l'opinion publique, ajoute-t-il, telle que l'acceptabilité sociale des gaz de schiste. «Pour de grands projets-clés, dit-il, il faut des stratégies qui permettent de discuter intelligemment et sereinement avec l'ensemble des parties prenantes.»

    Sociétés d'État exemplaires

    C'est ainsi que les grandes entreprises qui sont d'importantes émettrices (notamment les alumineries) ont mis en place diverses stratégies afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. L'introduction de nouvelles technologies moins polluantes permet en même temps d'augmenter la productivité ainsi que de diminuer la consommation d'énergie, souligne-t-il au passage.

    Il y a aussi de grandes sociétés d'État qui donnent le ton, relate M. Boisclair, telles qu'Hydro-Québec qui, depuis des années, s'inspire des meilleures méthodologies disponibles, notamment celle du Global Reporting Initiative. Celle-ci préconise un ensemble d'indicateurs qu'une entreprise doit utiliser pour évaluer sa performance en matière de responsabilité sociale. M. Boisclair observe que les gouvernements, les grands donneurs d'ordres et même les syndicats sont de plus en plus sensibles à la responsabilité sociale des entreprises avec lesquelles ils font affaire.

    «Désormais, tout le monde est à la fois sensible aux aspects écologiques et sociaux de l'activité des entreprises, insiste-t-il, c'est-à-dire, entre autres, à leurs contributions à la vie économique de la nation en matière de création d'emplois et d'investissement, mais également à leurs contributions en matière de philanthropie et d'engagement social et communautaire.» C'est ainsi que, dans leur rapport d'états financiers, les entreprises couvrent à la fois leurs activités de nature économique, sociale et écologique.

    M. Boisclair note que si, dans certains cas, de telles préoccupations représentent parfois des dépenses importantes à court terme, elles génèrent souvent des économies à moyen et à long terme.

    Dix ans de retard


    C'est d'ailleurs pourquoi, au Québec, de plus en plus d'entreprises assument leurs responsabilités sociales. «On voit de belles percées de la part d'entreprises qui donnent le ton, indique avec satisfaction M. Boisclair. Je pense entre autres à Bombardier, Rona, Cascades et à plusieurs entreprises du secteur financier...»

    Par contre, observe-t-il, on est très en retard par rapport à ce qui se fait en Europe. «On remarque, d'une façon générale, qu'en Amérique du Nord, et particulièrement au Canada, on est en retard sur les meilleures pratiques européennes, indique l'analyse. Je dirais même qu'on est en retard d'une bonne dizaine d'années. On a du chemin à faire par rapport à ce qui se fait en Europe!»

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    Collaborateur du Devoir

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    Rectificatif du 5 mai 2011

    Julie Fournier, des relations publiques chez Ernst & Young, précise qu’André Boisclair n'y dirige pas la pratique québécoise en matière de changements climatiques et de développement durable: «Notre leader au Québec est M. Thibaut Millet.»













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