Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Le prix des aliments explose

    La production agricole mondiale ne suffit déjà plus à la demande et la population ne cesse d'augmenter: 80 millions d'êtres humains par année

    Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (connue sous l'acronyme FAO), l'indice des prix de l'alimentation a atteint en février son plus haut niveau depuis le début de la collecte des données, en 1990.
    Photo: Agence Reuters Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (connue sous l'acronyme FAO), l'indice des prix de l'alimentation a atteint en février son plus haut niveau depuis le début de la collecte des données, en 1990.
    Établissons une chose dès le départ: pour une fois, le mot «explosion» — qu'on a parfois tendance à saupoudrer un peu facilement — n'est probablement pas trop fort. Les prix des denrées, qui ont nourri les révoltes populaires au Moyen-Orient, sont nettement à la hausse. Quelques exemples en vrac: le prix du blé est de 63 % supérieur à son niveau de mars 2010, celui du maïs a bondi de 83 %, la livre de café est passée de 1,30 $ à plus de 2,70 $...

    Jonglez avec les chiffres comme vous voudrez, dans l'état actuel des choses, la production agricole mondiale ne suffit pas à la demande. Ajoutez quelques variables, comme la flambée du pétrole qui rend l'agriculture et le transport plus coûteux, un climat imprévisible et une demande accrue pour la viande dans les pays émergents. Résultat: malgré tout, les prix de l'alimentation sont assurés de poursuivre leur ascension.

    Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (connue sous l'acronyme FAO), l'indice des prix de l'alimentation a atteint en février son plus haut niveau depuis le début de la collecte des données, en 1990. Il s'est légèrement replié le mois dernier, mais pour l'instant, les autorités invitent tout le monde à ne pas y voir un renversement de la vapeur.

    «Le stress va continuer, même avec de bonnes récoltes», a dit récemment Pascal Thériault, agroéconomiste et professeur à l'Université McGill. D'ici 2025, selon lui, 200 millions de personnes dans les pays du BRIC — Brésil, Russie, Inde et Chine — vont gagner au moins 15 000 $ par année. Et logiquement, ils vont manger de plus en plus de viande.

    En parallèle, il y a le cours du pétrole brut. Vous en subissez les effets à la pompe, mais ses carburants dérivés servent à la fois à la production agricole, au transport maritime des marchandises et à l'emballage. Il n'a cessé d'augmenter depuis le creux qu'il a touché à la fin de 2008. Prenez le cours du Brent, référence du pétrole moyen-oriental: il est passé d'un peu plus de 40 $ à 123 $.

    Problème énorme

    La tendance lourde au chapitre des prix n'est pas sans conséquence, a souligné la Banque mondiale jeudi. Évidemment, cette ascension vertigineuse est une menace claire et grandissante pour les pays en voie de développement, et va de pair avec les cours du pétrole. La seule denrée épargnée est le riz, dont les récoltes sont plus stables en raison de l'irrigation et qui a connu une baisse de prix de 3 % depuis un an.

    Dans un texte écrit le 10 mars sur le site grist.com, repris par le quotidien The Guardian, l'éminent écologiste britannique Lester Brown résume succinctement la situation. En gros, le monde a consommé en 2010 un total de 2,24 milliards de tonnes de céréales. Puisque la production s'est élevée à seulement 2,18 milliards, il a fallu puiser 60 millions de tonnes dans les stocks mis de côté.

    Croisant les doigts pour que les productions de blé, de maïs et de riz s'avèrent suffisantes cette année, M. Brown finit par reconnaître qu'il ne faut pas rêver. «Il est peut-être possible d'éviter une augmentation des prix de l'alimentation au cours des prochains mois, mais à ce stade-ci, cela paraît improbable.»

    Non seulement la population augmente-t-elle au rythme de 80 millions d'êtres humains par année, écrivait-il, mais les États-Unis ont détourné une partie de la production de maïs à des fins énergétiques et les pays émergents mangent de plus en plus de viande, ce qui nécessite des produits céréaliers pour nourrir le bétail.

    La Chine, joueur imposant

    Le défi agroalimentaire est extrêmement complexe, rappelle M. Thériault, du seul fait que le nombre de facteurs est immense. On croit avoir trouvé une solution à un défi, mais celle-ci entraîne d'autres problèmes. Et les données ne sont pas toujours au rendez-vous. Par exemple, on sait qu'il existe des stocks céréaliers dans le monde, mais ils sont entre les mains de compagnies privées, comme le géant américain Cargill, et de certains États, comme la Chine. «C'est difficile de savoir qui détient quoi», dit M. Thériault.

    En Chine, les dernières récoltes ont été mauvaises. Pour compenser, raconte M. Thériault, l'État a puisé dans ses propres stocks et les a vendus aux consommateurs chinois. Pour se renflouer, il s'est ensuite tourné vers les marchés mondiaux, ce qui a mis une pression additionnelle sur les prix.

    Or ça ne s'arrête pas aux céréales et à la seule réalité de la demande réelle. Il y a aussi les marchés... La participation de spéculateurs a fait en sorte que d'autres denrées ont été touchées. Depuis janvier, le cacao est passé de 2800 $ la tonne à 3600 $, avant de revenir autour de 3160 $.

    Au début du mois de mars, un porte-parole de l'ONU, David Hallam, a indiqué qu'en présence d'une hausse continue du prix des hydrocarbures, la situation devrait aller en s'aggravant. «Ça pourrait exacerber une situation déjà précaire», a-t-il dit.

    Peu après, la FAO en a rajouté. La crise de 2007-2008 n'est pas si loin dans les esprits. «Les prix élevés préoccupent et on est en train de puiser dans les stocks assez rapidement», a dit le directeur de la FAO, Jacques Diouf, en entrevue avec l'agence Reuters à Abou Dhabi. «Depuis des années, on dit que ce qu'il faut, c'est davantage de productivité et d'investissements en agriculture.»

    Le léger repli des prix observé en mars, dont la tendance a été publiée la semaine dernière, va-t-il durer? «Le fléchissement de l'indice général ce mois-ci apporte un certain répit après les hausses continues des huit derniers mois, a dit M. Hallam dans un communiqué. Il serait cependant prématuré de conclure à une inversion de la tendance.»
    Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (connue sous l'acronyme FAO), l'indice des prix de l'alimentation a atteint en février son plus haut niveau depuis le début de la collecte des données, en 1990.
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel