L'industrie fera payer les consommateurs... autrement
L'acheteur devra jongler avec le sous-dimensionnement, une stratégie où le format des produits est réduit sans que leur prix soit modifié
Céréales, viande, sucre, matières grasses et produits laitiers: les prix des matières premières sont depuis plusieurs mois à la hausse. Les consommateurs canadiens vont-ils en faire les frais à l'épicerie? Un peu, et de manière parfois étonnante, selon les avis de plusieurs observateurs de la scène alimentaire.
«Les prix vont être protégés du côté des entreprises de transformation qui ont signé des approvisionnements à long terme, c'est sûr», lance à l'autre bout du fil Sylvie Cloutier, présidente du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC). Mais les consommateurs pourraient avoir à payer plus cher, à l'avenir, pour s'alimenter.
Le potentiel d'augmentation est théoriquement élevé. En 2010, le Canadien moyen a en effet consacré 12 % de son revenu disponible à la nourriture, indiquait récemment la Fédération canadienne de l'agriculture (FCA) en «célébrant» le 12 février dernier la journée d'affranchissement des dépenses alimentaires au pays. À cette date, le travailleur de base avait récolté assez d'argent pour payer sa facture d'épicerie jusqu'à la fin de l'année en cours.
«Nous payons ici le panier d'épicerie le moins cher au monde, dit Mme Cloutier. La forte concurrence entre les distributeurs a tendance à tirer les prix vers le bas.» Mais la tendance haussière des matières premières pourrait un peu changer la donne... sans que le consommateur en soit totalement conscient.
«Dans le contexte actuel, l'industrie va être tentée d'adopter des stratégies pour composer avec la hausse des matières premières, tout en maintenant les prix au niveau actuel, dit François Décary-Gilardeau, d'Option consommateurs. Cela va passer par le sous-dimensionnement des produits ou leur reformulation. Et, si ce n'est pas illégal, ça reste quand même des tactiques malhonnêtes vis-à-vis de la clientèle.»
Les hausses de prix passées ont confirmé le geste. Le sous-dimensionnement — ou downsizing, comme disent les anglophones — consiste à réduire la contenance d'un produit sans modifier son emballage, ni son prix de détail. Conséquence: le consommateur a l'impression de toujours acheter le même produit au même prix, mais au final il paie plus cher sur la base du prix au kilo, sans s'en rendre compte. Autre solution pour ne pas faire monter les prix: la reformulation d'un produit, afin de substituer les ingrédients dont le prix est à la hausse par des ersatz, forcément à prix inférieur. L'emballage reste encore le même. Le consommateur, lui, n'y voit encore que du feu.
«Ça se fait, confirme Mme Cloutier, mais je ne suis pas capable de vous dire s'il s'agit d'une tendance marquée.»
Le phénomène est difficile à quantifier, mais il est aussi facile à contourner, explique M. Décary-Gilardeau. Comment? En concentrant ses achats vers des aliments locaux et en fuyant les aliments surtransformés pour privilégier les produits de base, à transformer soi-même.
Reste toutefois, selon Option consommateurs, qu'une part importante des consommateurs, aux faibles revenus, risque de ne pas pouvoir composer avec des hausses de prix, peu importe la forme que ces hausses vont prendre. «Les gouvernements vont devoir se pencher sur cette question, dit-il. Les choix santé vont être remis en question» et les conserves de nouilles à la sauce tomate à 67 ¢ vont certainement devenir de plus en plus populaires.
«Les prix vont être protégés du côté des entreprises de transformation qui ont signé des approvisionnements à long terme, c'est sûr», lance à l'autre bout du fil Sylvie Cloutier, présidente du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC). Mais les consommateurs pourraient avoir à payer plus cher, à l'avenir, pour s'alimenter.
Le potentiel d'augmentation est théoriquement élevé. En 2010, le Canadien moyen a en effet consacré 12 % de son revenu disponible à la nourriture, indiquait récemment la Fédération canadienne de l'agriculture (FCA) en «célébrant» le 12 février dernier la journée d'affranchissement des dépenses alimentaires au pays. À cette date, le travailleur de base avait récolté assez d'argent pour payer sa facture d'épicerie jusqu'à la fin de l'année en cours.
«Nous payons ici le panier d'épicerie le moins cher au monde, dit Mme Cloutier. La forte concurrence entre les distributeurs a tendance à tirer les prix vers le bas.» Mais la tendance haussière des matières premières pourrait un peu changer la donne... sans que le consommateur en soit totalement conscient.
«Dans le contexte actuel, l'industrie va être tentée d'adopter des stratégies pour composer avec la hausse des matières premières, tout en maintenant les prix au niveau actuel, dit François Décary-Gilardeau, d'Option consommateurs. Cela va passer par le sous-dimensionnement des produits ou leur reformulation. Et, si ce n'est pas illégal, ça reste quand même des tactiques malhonnêtes vis-à-vis de la clientèle.»
Les hausses de prix passées ont confirmé le geste. Le sous-dimensionnement — ou downsizing, comme disent les anglophones — consiste à réduire la contenance d'un produit sans modifier son emballage, ni son prix de détail. Conséquence: le consommateur a l'impression de toujours acheter le même produit au même prix, mais au final il paie plus cher sur la base du prix au kilo, sans s'en rendre compte. Autre solution pour ne pas faire monter les prix: la reformulation d'un produit, afin de substituer les ingrédients dont le prix est à la hausse par des ersatz, forcément à prix inférieur. L'emballage reste encore le même. Le consommateur, lui, n'y voit encore que du feu.
«Ça se fait, confirme Mme Cloutier, mais je ne suis pas capable de vous dire s'il s'agit d'une tendance marquée.»
Le phénomène est difficile à quantifier, mais il est aussi facile à contourner, explique M. Décary-Gilardeau. Comment? En concentrant ses achats vers des aliments locaux et en fuyant les aliments surtransformés pour privilégier les produits de base, à transformer soi-même.
Reste toutefois, selon Option consommateurs, qu'une part importante des consommateurs, aux faibles revenus, risque de ne pas pouvoir composer avec des hausses de prix, peu importe la forme que ces hausses vont prendre. «Les gouvernements vont devoir se pencher sur cette question, dit-il. Les choix santé vont être remis en question» et les conserves de nouilles à la sauce tomate à 67 ¢ vont certainement devenir de plus en plus populaires.








