Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Dans les méandres de Bota Bota

Un spa sur l'eau flotte dans le Vieux-Port de Montréal: tout baigne pour le bain urbain

11 décembre 2010 | Emmanuelle Vieira | Consommation
Photo : Photos Sid Lee architecture
Dans les eaux calmes et sombres du Vieux-Port de Montréal, le Bota Bota flotte, cachant derrière ses façades de métal noir des secrets bien gardés. Premier spa scandinave au monde à être installé sur un bateau d'une telle envergure, l'œuvre hybride se nourrit de l'architecture tant navale que terrestre. Ce projet signé Sid Lee Architecture invite à un voyage dans l'imaginaire urbain et maritime en nous plongeant dans l'univers de la ville, du ciel et de l'eau, tout en nous faisant nager dans les profondeurs silencieuses de notre for intérieur.

Il y a Bora Bora à Tahiti, il y a maintenant Bota Bota à Montréal, un endroit magique où la mer turquoise a été remplacée par la beauté mystérieuse des eaux du fleuve Saint-Laurent. Et si les îles baignées par le vent ont leur charme, Montréal vue depuis Bota Bota apparaît soudain comme un endroit d'une extraordinaire beauté.

Ancré à l'extrémité de la rue McGill, dans la portion Est du parc des Écluses, ce bateau long de 55 mètres se fond merveilleusement dans son environnement urbain et aquatique. Cerné par des icônes de l'architecture montréalaise, notamment Habitat 67 et le Silo numéro 5, Bota Bota n'a pourtant pas toujours été là.

Construit en 1951, le navire a d'abord été le traversier Arthur-Cardin faisant la liaison entre Sorel et Berthier. Au moment de l'Expo 67, il subit une première transformation en devenant L'Escale, le premier centre d'art flottant au monde. Le bateau abrite alors une salle de théâtre, des foyers répartis sur trois étages, des bars, un restaurant, des cabines et des loges pour le personnel et les comédiens. Toute la façade inférieure du navire est encore hermétique et aveugle.

En 2008, la famille Émond rachète le navire avec l'idée de construire un spa sur l'eau et décide de confier le projet à des architectes qu'elle connaît bien, Jean Pelland et Martin Leblanc, avec qui elle a déjà conçu son premier spa, le Balnéa situé à Bromont-sur-le-Lac. «Pour Bota Bota, les défis étaient nombreux, explique Jean Pelland, architecte concepteur et associé principal de Sid Lee Architecture. Il a d'abord fallu comprendre la structure du bateau avant de se lancer dans sa reconversion en spa flottant.» L'architecture navale impose un cadre rigide en raison des notions de stabilité et de flottaison. Tout doit être méticuleusement pensé et calculé: la répartition des fonctions, le choix des matériaux et l'intégration des services.

Pour Sid Lee Architecture, l'aventure commence par les recherches et les échanges avec différents corps de métiers qui interviennent sur le projet.

L'unicité entre artisans, architectes navals et ingénieurs, associée à la vision avant-gardiste du client et des architectes concepteurs, explique en partie la réussite du projet. «Avec Bota Bota, nous avons découvert la richesse et la profondeur qui se cachent dans chaque détail technique de l'architecture industrielle et navale. Des hublots aux portes métalliques ou aux escaliers, chaque geste architectural à son importance et son utilité. Nous avons voulu garder ce principe et cet esprit-là sur l'ensemble du projet de reconversion», dit Jean Pelland.

Cette démarche n'est pas loin de la philosophie du célèbre Jean Prouvé, qui disait: «Tout objet à créer impose à la base une "idée constructive" rigoureusement réalisable. [...] L'idée constructive, c'est d'abord la compréhension d'une totalité d'un ensemble.»

Un recyclage intelligent

Vieux de 57 ans, le bateau a d'abord été placé en cale sèche pour être réparé et pour subir une modification au niveau de la coque, afin d'augmenter les capacités de portance et de flottaison. Les moteurs et la salle des machines ont été enlevés afin de dégager un espace suffisant pour loger les vestiaires du spa au niveau de la cale. Les ponts supérieurs d'origine, trop exigus, ont été complètement rasés, laissant la place à une nouvelle structure d'acier et de verre qui héberge les trois nouveaux ponts supérieurs du projet.

Ainsi, une bonne partie du bateau a été évidée et sur la structure métallique laissée apparente, les architectes sont venus poser des panneaux de métal préfabriqués, incrustés d'un total de 678 hublots. «Nous avons effectué des recherches pendant plusieurs mois et approché des techniciens aux quatre coins de la planète avant de réussir à inventer un hublot sur mesure, qui soit à la fois beau, très isolant et résistant», note Jean Pelland.

De l'extérieur, cette façade inférieure du bateau qui abrite les salles de soins est splendide, de grande élégance et sobriété grâce au noir métallique qui fait ressortir tous les détails de construction. L'ensemble, directement inspiré de l'univers du bateau, évoque au passage la mythique façade de la très célèbre Maison tropicale de Jean Prouvé.

Les salles de soins plongées dans une semi-pénombre offrent des vues filtrées sur l'eau et sur la ville. L'intimité créée par les petites ouvertures rondes et l'imaginaire rattaché aux hublots font voyager loin, très loin, nous libérant ainsi des soucis du quotidien. Le bateau a toujours fait rêver et les architectes ont su ici exploiter simplement et subtilement cet état de fait.

À bord d'un cargo chic

Tout en transformant le navire pour accueillir le programme du spa, les architectes ont souhaité dès le départ raconter l'histoire du bateau en préservant un maximum d'éléments de son architecture d'origine tout en y insérant de nouveaux éléments rattachés à cet univers particulier.

Ainsi, en parcourant l'intérieur du navire, on a l'impression de déambuler dans les espaces d'un cargo chic. L'utilisation du métal brut, froissé, ondulé ou irrégulier, de même que l'emploi du noir, du gris et d'une signalisation typique du bateau industriel, créent un univers propice à l'évasion du corps et de l'esprit, grâce à un langage architectural qui réinterprète simplement les formes et les textures de l'univers des navires.

Le parcours imaginé par les architectes permet de passer d'un univers sombre et introverti dans les niveaux inférieurs du projet à un univers plus lumineux et ouvert sur la ville au fur et à mesure qu'on s'élève vers les ponts supérieurs. L'escalier en forme de proue, la colonne vertébrale du projet, sert aux différentes fonctions du navire qui compte 21 salles de soins, six terrasses, cinq ponts, deux saunas et deux bains à remous avec des vues époustouflantes sur Montréal, en plus d'un bain à vapeur. Dans ce décor avant-gardiste et très minimaliste, le panorama de la ville est toujours différent. On découvre Montréal comme jamais auparavant et c'est littéralement la ville et l'eau qui habillent le bateau d'un flux de vie toujours changeant.

Quel chemin parcouru!

Installé dans un endroit qui avait presque été laissé à l'abandon après le départ du Festival Flora et de Mosaïcultures, Bota Bota revitalise le secteur du parc des Écluses en proposant un rêve là ou il n'y avait rien. La construction du projet à l'aide de panneaux préfabriqués est peut-être ce qui explique que l'ensemble dialogue aussi bien avec Habitat 67. Le langage épuré du projet et l'eau qui l'entoure favorisent également une intégration urbaine sans fausse note.

Établi à Montréal, avec des bureaux satellites à Amsterdam, aux Pays-Bas, la firme Sid Lee Architecture est très fière de ce projet. Les architectes et associés principaux, Jean Pelland et Martin Leblanc, ont souhaité «aller au-delà de la commande du client pour que le projet soit un véritable prolongement de la ville», expliquent-ils.

Travaillant avec des valeurs, des paramètres et des équipes multidisciplinaires, les deux associés voient grand et loin. Ils planchent d'ailleurs actuellement sur deux gros projets, pour Red Bull et pour le mythique club de soccer Ajax Amsterdam.

***
Collaboratrice du Devoir


Bota Bota, 358, rue de la Commune Ouest, quais du Vieux-Port de Montréal, www.botabota.ca, www.sidleearchitecture.com. Équipe du projet: Sid Lee Architecture, Ingénierie navale: Raymond Daoust. Ingénierie structurale: Anand Swaminadhan enr. Ingénierie mécanique: Blondin Fortin. Entrepreneur général: Mikado Construction. Production graphique et signalétique: Sid Lee.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel