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Attention! Zone... de fast-food

Les élèves des quartiers moins nantis courent trente fois plus de risques de croiser un restaurant-minute autour de leur école

Amélie Daoust-Boisvert   28 juillet 2010  Consommation
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Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Dans la grande région de Montréal, la moitié des écoles partage son voisinage avec au moins un fast-food. Phénomène particulièrement exacerbé dans les quartiers les plus défavorisés: quatre écoles sur cinq se trouvent à distance de marche d'un roi de la poutine ou autre grand manitou du sous-marin.

Dans les quartiers les mieux nantis, les élèves courent trente fois moins de risques de croiser un restaurant-minute autour de l'école, révèle une vaste étude menée par le chercheur à la Direction de la santé publique de Montréal Yan Kestens. Quelques exemples. L'école du Père-Marquette et le McDonald's? 600 mètres. L'école Georges-Vanier et le Subway? 100 mètres. Le collège Jean-Eudes et le Petit Québec? 250 mètres. Et à 300 mètres de ce temple de la poutine? L'école primaire anglophone Nesbitt.

Que les restaurateurs s'installent près des écoles «n'est pas complètement surprenant», dit Yan Kestens alors que Le Devoir l'accompagne dans un petit parcours de reconnaissance. «Ce qui nous a surpris, c'est la différence entre les écoles favorisées et défavorisées. Une probabilité 30 fois supérieure de trouver de la restauration rapide proche de l'école défavorisée, c'est saisissant. Je n'ai pas vu d'autres études où les différences sont aussi grandes» entre riches et pauvres, explique-t-il alors qu'il se dirige vers Rosemont à bord d'une Communauto. L'agente de recherche Karine Léger guide notre excursion, une carte bien spéciale à la main.

Géographe spécialisé en aménagement du territoire, Yan Kesten a dressé une carte exhaustive de la situation, de Saint-Jérôme aux limites de la banlieue sud de Montréal, une analyse publiée dans la plus récente édition du American Journal of Preventive Medecine.

Dans un rayon de 750 mètres autour des 828 écoles primaires et des 340 écoles secondaires, son équipe et lui ont localisé 1061 restaurants-minute (données de 2005) et zoné le tout selon le revenu familial moyen, comme indiqué au recensement de 2001. Écoles primaires, vraiment? «Dans ce cas, ils ne sortent peut-être pas le midi, mais les parents viennent les chercher le soir, et qu'est-ce qui se ramène vite à la maison pour souper...» illustre-t-il en tournant sur le boulevard Rosemont. La carte localise également les fruiteries, contrepoids santé rapide sur l'heure du midi.

Un jeune de deux à dix-sept ans sur quatre présente un surpoids ou de l'obésité, selon l'Enquête 2004 sur la santé des collectivités canadiennes. La restauration rapide partage le blâme avec bien d'autres facteurs. Mais à proximité des écoles, elle ferait vraiment prendre des kilos aux jeunes, selon une étude publiée en 2009. Des chercheurs des universités Columbia et Berkeley, en Californie, ont trouvé que les élèves qui fréquentent des écoles situées à moins de 150 mètres d'un fast-food augmentent de 5 % leur risque d'être obèse.

Là où le fast-food est roi

Coin boulevards Rosemont et Saint-Michel. «On va se prendre une poutine au Petit Québec?» blague Yan Kestens en passant devant l'établissement. Le véhicule vient de dépasser l'école primaire Nesbitt, une des plus grandes écoles primaires de la commission scolaire English-Montréal. «Nous sommes dans un quartier défavorisé. Pas d'épicerie, pas de fruiterie, et peut-être des citrons au dépanneur, mais c'est pour la Corona», s'exclame le chercheur. Sur ce, l'expédition croise le collège Jean-Eudes. Cette école privée sise dans un milieu moins nanti n'échappe pas au phénomène. «Quand le resto a ouvert, raconte une ancienne élève, c'était la folie. C'est le seul resto proche et la période de dîner dure seulement 50 minutes, donc tu ne pouvais pas aller très loin!»

L'absence de choix dérange Yan Kestens. Dans d'autres quartiers défavorisés, comme Verdun ou Hochelaga-Maisonneuve, «il y a aussi des fruiteries et de petits supermarchés. Est-ce que les jeunes y vont, c'est une autre question, mais au moins, ils ont le choix», souligne-t-il. Peut-être qu'influencé par des programmes éducatifs, «le jeune se dira: "Tiens, je vais aller me chercher un sandwich végétarien à la fruiterie"», rêve-t-il.

Boulevard Saint-Michel, un peu plus au nord, un McDonald's trône, seul maître des lieux entre les écoles secondaires John F. Kennedy et Joseph-François-Perrault. Vers l'ouest, rue Villeray. Devant l'école secondaire Georges-Vanier se dresse une véritable muraille de commerces qui offrent soit les sous-marins, la pizza, la poutine ou la crème glacée.

«Oui, il y a un problème de concurrence extérieure [pour les cafétérias d'école], mais il y a des inégalités sociales [devant ce phénomène]. On ne peut pas rester insensible à ça», note Yan Kensten. Une relation qui se vérifie autant à Longueuil ou à Laval que sur l'île.

Outremont: du choix

La Communauto prend la direction d'Outremont. «En 2005, il n'y avait pas de restauration rapide là où nous allons», affirme l'agente de recherche Karine Léger en observant la carte. Surprise! Coin Van Horne et Dollard, «ça a poussé proche de notre avenue d'école!» s'écrie-t-elle. Double Pizza a pignon sur rue depuis 2008, Subway depuis 2007. «Le paysage commercial change rapidement, cette étude devrait être répétée souvent», constate son collègue. Mais près du collège Stanislas, du Centre d'éducation des adultes d'Outremont et de l'école Guy-Drummond, la compétition tient bon. «Le café-boulangerie est invitant», remarque le chercheur.

«Je voulais répondre aux interrogations de certains politiciens, qui disent que ça ne sert à rien de sortir la malbouffe des écoles à cause de la concurrence déloyale des commerces», relate-t-il sur le chemin du retour. Pari tenu. Mais «qu'est-ce qu'on peut faire comme société?» poursuit-il encore. «Ça rajoute à la démonstration que nos environnements ne sont pas neutres. On a un pouvoir de les améliorer plutôt que de les subir. Ensuite, c'est une question de volonté politique, au même titre qu'on élargit les trottoirs ou qu'on installe des dos-d'âne pour réduire les accidents dans certains quartiers.»
 
 
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  • Sanzalure
    Inscrit
    mercredi 28 juillet 2010 08h17
    Pas surprenant
    Les riches préfèrent que les pauvres restent pauvres afin qu'eux et leurs enfants puissent rester riches. Comme la malbouffe ne favorise pas l'épanouissement individuel, pas surprenant que les riches s'organisent pour que les pauvres mangent mal et que l'ordre établi ne soit pas compromis.

    Serge Grenier

  • Duchêne Denys Mehdi
    Inscrit
    mercredi 28 juillet 2010 08h40
    Triste réalité.
    Il semble manifestement trop tard pour déloger ces commerces et ses franchisés qui contribuent à détruire la santé de nos jeunes. Lorsque je vois ces modèles U.S de malbouffe, je me questionne toujours sur la morale de ces individus qui ont décidé d'acheter une franchise de ces multinationales. Comme s'il n'y avait pas de possibilité de se lancer en affaires dans d'autres domaines.
    Alors aux écoles à offrir véritablement une alternative au plan alimentaire(cela existe chez un nombre très limité), tu prends un repas santé tel midi, on t'offre un coupon à chaque repas et après un certain nombre des sorties culturelles, sportives, en nature sont offerts aux jeunes pendant l'année.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mercredi 28 juillet 2010 08h49
    Outremont
    On vend des pizzas depuis bien plus longtemps que 2005, av. Van Horne, en face de Stanilas!

    Par ailleurs, les quartiers moins nantis sont peut-être tout simplement plus denses, ce qui rapproche tous les commerces.

  • Eliane Laura Pothier
    Inscrit
    mercredi 28 juillet 2010 09h43
    Et les parents?
    Il ne faut pas oublier qu'un jeune qui part de la maison le matin avec un bon sac a lunch équilibré ne serait pas attiré si facilement par un sous-marin minute accompagné d'un coke et d'un sac de chips. N'oublions pas que sans marché, il n'y a pas d'entreprises.

  • France Marcotte
    Abonnée
    mercredi 28 juillet 2010 13h07
    Un bain de culture dans la graisse à patates frites
    Oui, encore là, urbanisation plutôt que développement sauvage à la petite semaine pour les besoins à courte vue de ramener des taxes aux arrondissements. On ne peut laisser la loi de la jungle s'instaurer contre les enfants, c'est de la négligence qu'on pourrait qualifier de criminelle dans un sens. En tout cas du laisser-faire complice avec des conséquences à moyen et long terme, i.e., quand tous les protagonistes auront levé le camp. Le rapport de force est trop inégal avec la bonne volonté et même l'exemple des parents. Cela devient une question de culture... à entretenir ou à faire muter.

  • Carol Vadnais
    Inscrite
    mercredi 28 juillet 2010 14h26
    Une analyse insuffisante
    Encore une étude sur la proximité des établissements vendant de la malbouffe près de nos écoles! Voilà: tout est clair: la malbouffe assiège les écoles pauvres.

    Mais c'est fou comme l'auteur de cette étude ne s'intéresse pas aussi à des variables intéressantes comme la densité de la population (plus grande en milieu défavorisé), les règlements de zonage (certaines écoles favorisées sont situées dans des secteurs zonés non commerciaux), etc.

    Non, non, le monsieur semble privilégier le préjugé et l'hypothèse à l'analyse stricte des faits. Et puis, le chercheur ne s'intéresse pas aux faits qui contredisent son modèle de pensée. Et ce n'est pas qu'il ignore leur existence!

    Pour ce qui est de la malbouffe sur van Horne (proche de l'avenue d'école de l'agente de recherche qui n'hésite pas à employer le «notre»), désolé, mais il y avait de la malbouffe sur cette rue bien avant cette date. Je le sais: j'en mangeais!

    Bref, une étude qui constate certains faits, ne semble pas les creuser plus qu'il ne le faut et a des odeurs moralistes BCBG.

    Et qu'est-ce que le monsieur suggère? De la législation.

    Et s'il allait manger dans les écoles, il comprendrait peut-être que la bouffe y est parfois infecte, qu'il y a des jeunes ont besoin de sortir à l'extérieur de ces grosses boites bruyantes, que des jeunes trouvent ça cool la malbouffe, que des parents se contrefoutent de ce qu'ils mangent... Et c'est la même chose dans plusieurs collèges privés.

    D'ailleurs, tiens, c'est le revenu des parents des enfants inscrits dans les écoles qui est intéressant, pas nécessairement le quartier où les écoles sont situées. Ça existe des écoles avec des programmes qui attirent des élèves de milieu défavorisé et et qui sont situés dans des milieux défavorisés. Mais ça aussi ne semble pas faire partie de son étude.

  • Carol Vadnais
    Inscrite
    mercredi 28 juillet 2010 14h31
    erreur
    Dernier paragraphe: il fallait lire

    Ça existe des écoles avec des programmes qui attirent des élèves de milieu favorisé et et qui sont situés dans des milieux défavorisés.

    Merci!

  • Catherine Habel
    Inscrit
    mercredi 18 août 2010 11h46
    Question d'éducation...
    Les vendeurs de malbouffe sont des commerçants, il ne faudrait pas oublier qu'ils ne vont aller que là où il y a des profits à faire. Je ne pense donc pas que ce soient les jeunes qui aillent vers la malbouffe puisqu'elle est disponible, mais bien la malbouffe qui aille vers les jeunes puisqu'elle les sait intéressés.

    La solution au problème réside donc dans une meilleure éducation des enfants et adolescents face à la nourriture, pour qu'ils puissent faire des choix éclairés. Et une certaine éducation des parents aussi... est-il normal de laisser un enfant choisir de manger de la malbouffe jour après jour? Ou est-ce trop difficile de faire un lunch ou de lui apprendre que la malbouffe peut être acceptable, mais seulement de temps en temps, et non quotidiennement?

  • SUE MURPHY
    Inscrite
    jeudi 2 septembre 2010 14h23
    MALBOUFFE
    On parle de restauration fast-food mais que dire de l'offre que nous trouvons dans nos supermarchés....Sel dans tout, sinon c'est du sucre, sinon c'est du Gras, du MSG (gms) Glutamate monosodique, des sulfates, des colorants, des éducolorants.....Donc en premier, il faut tenter de trouver les produits santé à l'épicerie, ensuite préparé les lunchs de notre petite marmaille et la restauration sert souvent d'ère de socialisation, même chez McDo on peut quand même faire des choix moins gras,moins salés, moins calorifiques....Quand j'étais à l'école il y avait la Patate du coin, j'y allait environ 1 fois par semaine, c'était pas péché...Comme Catherine le mentionne de la malbouffe de temps en temps c'est pas criminel mais évidemment ne pas s'y abonner quotidiennement. Avant de faire le procès du domaine de la restauration rapide, il faudrait mettre un STOP AU SEL (SODIUM) dans tout AUX PRODUITS OGM, AU GMS et TOUS LES AUTRES ADDITIFS CHIMINIQUES qui je suis certaine ne font pas juste bloquer nos artères....De plus la médecine traditionnelle ne s'intéresse pas beaucoup à la NUTRITION dommage car selon moi, la nourriture est notre essence promordiale au bon fonctionnement de notre corps, esprits et organes...

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