Consommation - Un blogue sur Dollarama: sans blague
Il y a des institutions dans le commerce de détail qui marquent un peu plus que d'autres. Parlez-en à Éric Plamondon, un rédacteur Web de la région de Québec qui, depuis plus d'un an, a décidé d'investir le cyberespace avec un projet complètement fou: tester les produits vendus dans la chaîne de magasins à rabais Dollarama et en faire part à l'humanité entière sur... un blogue.
Le site personnel baptisé Dollarablog (dollarablog.blogspot.com) attire chaque mois 40 000 personnes, propose 184 analyses de produits et n'est pas un espace publicitaire pour cette compagnie fondée en 1992 par Larry Rossy à Matane, dans le Bas-Saint-Laurent, assure le propriétaire des lieux. «J'aime bien magasiner au "Dollo" et j'ai pensé vous faire part ici de mon opinion sur les produits que j'achète», écrit simplement M. Plamondon, en guise d'introduction sur son blogue qu'il anime toutefois de manière totalement anonyme.
On est obligé de le croire même si les apparences, il faut l'avouer, jouent franchement contre lui: Éric Plamondon est un diplômé en marketing qui a déjà bossé pour une boîte de Québec spécialisée dans la création de sites web et de référencement de contenu, cet art de rendre incontournables, dans un moteur de recherche, les choses qui s'écrivent sur la Toile.
Mais à l'autre bout du fil, lui et ses anciens patrons sont catégoriques: «Ceci est vraiment une initiative personnelle!» Pis, «la direction de la multinationale du produit à 1 $ n'a rien à voir là-dedans: je ne l'ai jamais rencontrée», ajoute le blogueur, qui confirme au passage que le sens du marketing et de la plogue suit finalement ceux qui s'y exposent à l'école, y compris dans leurs activités paraprofessionnelles.
Un faux blogue pour faire mousser le catalogue de Dollarama? La chose aurait été étonnante pour cet empire de la «bébelle» qui a généré en 2006 743,3 millions de ventes à coups de produits vendus entre 1 $ et 2 $, dans un cadre économique où la dépense est prise très au sérieux. Pour offrir ses bas prix, l'entreprise fait effectivement dans le produit bas de gamme. Mais elle n'a pas non plus de dépenses en publicité, pas de site web, elle préconise les locaux aux loyers les plus bas — comme ceux qu'on retrouve dans les sous-sols de centres commerciaux — et n'accepte pas les cartes de crédit pour éviter les frais bancaires que les détaillants doivent assumer.
La formule est payante. Et elle ne déplaît pas à M. Plamondon qui, dans les dernières semaines, s'est amusé à aimer les céréales Muesli Gourmet D. «J'ai été surpris, écrit-il: plus goûteux que dans mes souvenirs. Même bon: je m'en suis repris un bol. Pour ce qui est de la texture, c'est la même chose: ce n'était pas si cartonneux.»
Il n'a pas aimé, par contre, la gaufrette au chocolat Mendo Wafer — «N'achetez pas» —, n'a pas détesté les saucisses viennoises en conserve — «C'est pas de la haute gastronomie, mais ça fait la job!» — et a laissé le soin à une de ses lectrices de mettre à l'épreuve les tests de grossesse qu'il est possible de se procurer dans ces temples du rabais facile disposant de 469 succursales au Canada seulement, et qui veulent doubler leur suprématie dans les prochaines années.
La place à l'expansion est là, surtout dans une société comme la nôtre, fascinée par les rabais et les endroits où les bas prix font loi, et où, aujourd'hui, il existe un magasin de ce type pour 27 000 habitants, alors qu'aux États-Unis, où le consommateur aime autant qu'ici faire attention à son argent, il y en a un pour 18 000 habitants.
Ce n'est pas M. Plamondon qui devrait s'en plaindre, lui qui, au rythme de deux billets publiés sur son blogue chaque semaine en moyenne, vient écrire bien plus qu'une chronique de la consommation à rabais, avec ces protecteurs de pattes de chaises, ces moulins à poivre, ces préparations pour gâteau nappé de chocolat et ces louches pour la soupe.
Il vient aussi alimenter ce nouveau courant de consommateurs, partout sur la planète, qui, désormais, n'attendent plus qu'on leur donne la parole pour exprimer leur point de vue sur un produit ou un service. Ils la prennent eux-mêmes dans les nouveaux espaces de communication.
Le problème, dans ce cas, c'est que malgré la présence de quelques interventions un brin critiques sur une poignée de produits, l'ensemble du blogue finit par sonner comme une ode à une multinationale de l'objet à la durée de vie aléatoire, fabriqué généralement en Chine. Une multinationale qui n'en a pas forcément besoin: sans faire de publicité pour sa marque et ses produits, le chef de la direction, Larry Rossy, a déclaré au 31 janvier 2006 une rémunération de 999 990 $, selon des documents déposés aux autorités boursières.
Ça, c'est de quoi acheter un demi-million de kits d'épilation Silky Skin ou un million de contenants de plastique pour restants d'oignons ou tomates. Mais c'est aussi une autre histoire...
Le site personnel baptisé Dollarablog (dollarablog.blogspot.com) attire chaque mois 40 000 personnes, propose 184 analyses de produits et n'est pas un espace publicitaire pour cette compagnie fondée en 1992 par Larry Rossy à Matane, dans le Bas-Saint-Laurent, assure le propriétaire des lieux. «J'aime bien magasiner au "Dollo" et j'ai pensé vous faire part ici de mon opinion sur les produits que j'achète», écrit simplement M. Plamondon, en guise d'introduction sur son blogue qu'il anime toutefois de manière totalement anonyme.
On est obligé de le croire même si les apparences, il faut l'avouer, jouent franchement contre lui: Éric Plamondon est un diplômé en marketing qui a déjà bossé pour une boîte de Québec spécialisée dans la création de sites web et de référencement de contenu, cet art de rendre incontournables, dans un moteur de recherche, les choses qui s'écrivent sur la Toile.
Mais à l'autre bout du fil, lui et ses anciens patrons sont catégoriques: «Ceci est vraiment une initiative personnelle!» Pis, «la direction de la multinationale du produit à 1 $ n'a rien à voir là-dedans: je ne l'ai jamais rencontrée», ajoute le blogueur, qui confirme au passage que le sens du marketing et de la plogue suit finalement ceux qui s'y exposent à l'école, y compris dans leurs activités paraprofessionnelles.
Un faux blogue pour faire mousser le catalogue de Dollarama? La chose aurait été étonnante pour cet empire de la «bébelle» qui a généré en 2006 743,3 millions de ventes à coups de produits vendus entre 1 $ et 2 $, dans un cadre économique où la dépense est prise très au sérieux. Pour offrir ses bas prix, l'entreprise fait effectivement dans le produit bas de gamme. Mais elle n'a pas non plus de dépenses en publicité, pas de site web, elle préconise les locaux aux loyers les plus bas — comme ceux qu'on retrouve dans les sous-sols de centres commerciaux — et n'accepte pas les cartes de crédit pour éviter les frais bancaires que les détaillants doivent assumer.
La formule est payante. Et elle ne déplaît pas à M. Plamondon qui, dans les dernières semaines, s'est amusé à aimer les céréales Muesli Gourmet D. «J'ai été surpris, écrit-il: plus goûteux que dans mes souvenirs. Même bon: je m'en suis repris un bol. Pour ce qui est de la texture, c'est la même chose: ce n'était pas si cartonneux.»
Il n'a pas aimé, par contre, la gaufrette au chocolat Mendo Wafer — «N'achetez pas» —, n'a pas détesté les saucisses viennoises en conserve — «C'est pas de la haute gastronomie, mais ça fait la job!» — et a laissé le soin à une de ses lectrices de mettre à l'épreuve les tests de grossesse qu'il est possible de se procurer dans ces temples du rabais facile disposant de 469 succursales au Canada seulement, et qui veulent doubler leur suprématie dans les prochaines années.
La place à l'expansion est là, surtout dans une société comme la nôtre, fascinée par les rabais et les endroits où les bas prix font loi, et où, aujourd'hui, il existe un magasin de ce type pour 27 000 habitants, alors qu'aux États-Unis, où le consommateur aime autant qu'ici faire attention à son argent, il y en a un pour 18 000 habitants.
Ce n'est pas M. Plamondon qui devrait s'en plaindre, lui qui, au rythme de deux billets publiés sur son blogue chaque semaine en moyenne, vient écrire bien plus qu'une chronique de la consommation à rabais, avec ces protecteurs de pattes de chaises, ces moulins à poivre, ces préparations pour gâteau nappé de chocolat et ces louches pour la soupe.
Il vient aussi alimenter ce nouveau courant de consommateurs, partout sur la planète, qui, désormais, n'attendent plus qu'on leur donne la parole pour exprimer leur point de vue sur un produit ou un service. Ils la prennent eux-mêmes dans les nouveaux espaces de communication.
Le problème, dans ce cas, c'est que malgré la présence de quelques interventions un brin critiques sur une poignée de produits, l'ensemble du blogue finit par sonner comme une ode à une multinationale de l'objet à la durée de vie aléatoire, fabriqué généralement en Chine. Une multinationale qui n'en a pas forcément besoin: sans faire de publicité pour sa marque et ses produits, le chef de la direction, Larry Rossy, a déclaré au 31 janvier 2006 une rémunération de 999 990 $, selon des documents déposés aux autorités boursières.
Ça, c'est de quoi acheter un demi-million de kits d'épilation Silky Skin ou un million de contenants de plastique pour restants d'oignons ou tomates. Mais c'est aussi une autre histoire...
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