Présence discrète des OGM dans le panier d'épicerie

Environ 10 % du contenu d’un panier d’épicerie contient des OGM, selon une étude de l’Université Laval.
Photo: Agence Reuters Fadi Arouri Environ 10 % du contenu d’un panier d’épicerie contient des OGM, selon une étude de l’Université Laval.

Des OGM, beaucoup, mais pas trop. Plus de la moitié d'un lot d'aliments transformés vendus au Québec et testés pour le compte du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) contenait des organismes génétiquement modifiés (OGM), indique une importante analyse en laboratoire de l'Université Laval dévoilée hier.

Sur cette base, les auteurs du document estiment toutefois à moins d'un dixième le niveau d'aliments entrant dans le panier d'épicerie des Québécois qui contiennent des organismes génétiquement modifiés, bien souvent à l'état de traces. Mais ils reconnaissent en avoir découvert entre 2005 et 2008 dans des produits très populaires auprès des consommateurs, comme le pain blanc, les biscuits, les farines, les saucisses fumées, le maïs en conserve, la nourriture pour bébé en pot et même le lait de soya pourtant certifié biologique, peut-on lire dans le document.

Ce bilan tranche toutefois avec les chiffres avancés depuis des années par les opposants aux OGM qui estiment à 70 % le taux d'aliments vendus au pays touchés par les fruits de la biotechnologie.

«C'est vrai que c'est moins, a reconnu hier Stéphane Groleau, des Amis de la Terre de Québec, mais c'est encore beaucoup pour des produits dont l'innocuité n'a pas été entièrement démontrée.»

Piloté par le professeur de phytologie Dominique Michaud, de l'Université Laval, ce premier portrait commandé par le gouvernement provincial pour cerner l'incidence des OGM dans l'alimentation au Québec vise 36 produits transformés contenant du maïs, du canola et du soya, en raison de la forte probabilité d'y rencontrer des OGM. Ces trois plantes sont en effet de plus en plus cultivées sous cette forme sur la planète.

L'équipe scientifique a également ajouté dans son panier des produits à base de papaye, un fruit génétiquement modifié exclusivement lorsqu'il a été importé d'Hawaï, et sur des tomates, dont quatre versions transgéniques ont été homologuées au pays; toutefois aucune de ces variétés n'est commercialement exploitée. Chaque produit a été soumis au test de la PRC (Polymerase Chain Reaction) en temps réel, la technologie de détection des OGM la plus précise sur le marché.

Résultat? Des transgènes ont été détectés dans 20 des 36 produits sélectionnés, soit un taux de 55 %. Dix-sept de ces aliments contenaient des OGM à l'état de traces non quantifiables alors que trois autres ont exposé «des teneurs appréciables», indique le rapport. Parmi eux, des barres tendres à base de céréales dans lesquels les OGM représentaient 13 à 27 % du contenu, selon les échantillons (il y en avait trois par produits). Des gâteaux emballés (33 %) ainsi que de la farine de maïs (82 à 92 %) se sont logés à la même enseigne, peut-on lire dans le document de 112 pages dévoilé hier dans le cadre des activités de l'Observatoire Transgène, un groupe d'analyse de la biotechnologie au Québec.

«C'est dans la farine de maïs que l'on en a finalement trouvé le plus, a indiqué hier M. Michaud. Et c'est étonnant puisque l'on dit depuis toujours que le maïs OGM est surtout utilisé dans l'alimentation des animaux. Mais on a la preuve ici qu'il y en a aussi dans l'alimentation humaine.»

Autre constat, un échantillon de tomates en conserve a dévoilé en effet aux chercheurs des traces de tomates génétiquement modifiées, à des niveaux non quantifiables toutefois. Or, même si plusieurs souches de tomates génétiquement modifiées ont été approuvées pour commercialisation, très peu de pays les ont mises en champs en raison d'un goût qui ne plaisait pas aux consommateurs. En fait, seule la Chine a amorcé une production de ce fruit l'an dernier, selon les plus récentes données de l'International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications, un groupe qui fait la promotion de la transgénèse dans le monde entier.


Étonnement

En entrevue au Devoir hier, M. Michaud s'est dit étonné par les résultats obtenus par son équipe. «Je m'attendais à une plus grande incidence des OGM dans le panier d'épicerie», a-t-il indiqué. Même si la moitié des produits testés contenaient des OGM, leur proportion réelle dans le panier d'épicerie des ménages, qui contient également de la viande, des boissons et surtout des fruits et légumes qui ne sont pas génétiquement modifiés, fait «qu'entre 9 et 10 %» des aliments consommés seraient du coup porteurs de transgènes, écrivent les auteurs.

Cette analyse en laboratoire devrait permettre à l'avenir d'asseoir sur des bases un peu plus solides et scientifiques le débat actuel sur les OGM, croit M. Michaud. À ce jour, l'incidence des OGM dans l'alimentation humaine n'avait été mesurée qu'à deux reprises par des analyses en laboratoire commandées en 2003 et 2004 par Le Devoir. La première avait révélé une présence d'OGM dans un tiers de 12 produits biologiques soumis à un laboratoire spécialisé. La deuxième, portant sur des aliments traditionnels, avait mis en lumière un taux de 37 % de produits contenant des transgènes.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, l'analyse de M. Michaud doit alimenter la réflexion du gouvernement Charest sur un possible étiquetage obligatoire des aliments contenant des OGM, une promesse électorale faite en 2003. Québec disposait tout au plus jusque-là d'une étude macro-économique qui évalue à 180 millions de dollars le coût pour implanter et assurer le fonctionnement pendant un an d'un tel système d'étiquetage, et ce, pour peu d'aliments porteurs de transgènes, indiquait l'analyse.

En décembre dernier, le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) en France a ranimé les craintes au sujet des OGM en publiant une étude qui évoque la toxicité de trois souches de maïs génétiquement modifiés, le MON810, MON863 et le NK603 — ce sont leur nom — administrés à des rats lors d'études en laboratoire. Ces trois souches ont été identifiées par l'équipe de M. Michaud dans les produits soumis à l'analyse.

Les conclusions du CRIIGEN ont toutefois été vertement dénoncées par Monsanto qui produit ces OGM, mais également repoussées par Santé Canada qui, retirer du marché ces plantes, a rappelé qu'aucun problème de santé lié à la consommation de produits contenant des transgènes n'a été enregistré au pays, comme ailleurs dans le monde.
6 commentaires
  • Eric Darier - Abonné 19 janvier 2010 05 h 12

    Toujours des OGM mais toujours pas d'étiquetage!

    Rien de très nouveau dans cette étude, mais quelques erreurs d'interprétation cependant.

    L'article affirme : « Ce bilan tranche toutefois avec les chiffres avancés depuis des années par les opposants aux OGM qui estiment à 70 % le taux d'aliments vendus au pays touchés par les fruits de la biotechnologie. »

    1. Ce chiffre de 70 % était celui donné par Santé Canada jusqu'au début de ce siècle. Le vrai chiffre est celui de 70 % des aliments TRANSFORMÉS, et non pas des « aliments vendus ». On peut présumer que Santé Canada avait obtenu le chiffre de 70 % en constatant simplement que 70 % des aliments transformés et vendus au Canada contenaient au moins un ingrédient OGM c'est-à-dire soit du soya, du maïs ou du canola ou un de leurs dérivés (fructose, fécule de maïs, etc.).

    2. Même l'étude de l'Université Laval reconnait que 55 % des aliments testés contenait des OGM (20 sur les 36 produits testés). Vu la taille des échantillons et donc la marge d'erreur, on peut dire que les résultats de l'étude de l'Université Laval confirment ce que Santé Canada affirmait il y a déjà des années.

    3. Tester les aliments pour des OGM au point de vente à ses limites, car il n'est pas possible parfois de retrouver les protéines comme dans l'huile de canola alors qu'environ 95 % du canola cultivé au Canada est OGM. Ce n'est pas parce que ce n'est pas détectable au point de vente que ce n'est pas un produit qui provient d'une culture OGM! Et donc, en prenant en compte ce facteur, on peut dire que le chiffre de 70 % de Santé Canada est encore valide.

    Si on veut faire des tests, il faut les faire en amont des épiceries, au niveau de la transformation et avec les ingrédients bruts. C'est pour cela que Greenpeace et de nombreux groupes réclament l'étiquetage obligatoire des OGM qui doit être accompagné d'un système de traçabilité justement pour que les tests se fassent en amont des épiceries.   

    CONCLUSIONS.

    1. L'étude de l'Université Laval confirme ce que l'on savait déjà c'est-à-dire qu'il y a bel et bien des aliments produits avec des cultures OGM vendus au Québec. Comme plus de 50 % du maïs, du soya et 95 % du canola cultivés au Québec sont OGM, il est évident qu'ils se retrouvent dans la chaîne alimentaire sous une forme ou une autre... mais toujours cachés des consommateurs. Le gouvernement Charest doit aller de l'avant avec l'étiquetage obligatoire des OGM!

    2. L'innocuité des OGM dans les aliments et leur dissémination dans l'environnement n'a jamais été prouvée d'une manière scientifique et indépendante. Le gouvernement canadien continue d'appliquer le principe de l'équivalence en substance, qui permet de présumer un produit sécuritaire sans avoir à faire des tests scientifiques rigoureux et indépendants. La Société royale du Canada avait dénoncé cette approche peu scientifique sans un rapport de 2001 au gouvernement fédéral qui a décidé d'ignorer les recommandations des scientifiques.

    3. Par delà l'innocuité non-prouvée des OGM pour la santé humaine, la question de l'impact de la culture de plantes OGM sur l'environnement, la biodiversité et les pratiques agricoles demeure entière. En fait, le recours à grande échelle de plantes OGM tolérantes principalement à l'herbicide Round up de Monsanto a des conséquences sur la résistance accrue des mauvaises herbes aux herbicides, ce qui exige, à terme, l'utilisation de plus d'herbicides ou des herbicides encore plus toxiques. Donc, si on veut mesurer les vrais impacts des OGM, on doit aussi prendre en compte toutes les conséquences dans l'ensemble du cycle de vie de la terre à l'assiette et dans un horizon de 5 à 15 ans au minimum.  Et ceci n'a pas été fait alors qu'une application stricte du principe de précaution l'exige.

    EXIGEZ DÉS DÉPUTÉS DU QUÉBEC L'ÉTIQUETAGE OBLIGATOIRE DES OGM
    http://www.greenpeace.org/canada/fr/campagnes/ogm/
     
    Eric Darier - Greenpeace

  • Amie du Richelieu - Inscrit 19 janvier 2010 09 h 13

    Étiquetage: un minimum!

    Les aliments vendus aux consommateurs peuvent contenir autant d'OGM qu'ils peuvent, mais ils doivent être étiquetés. C'est le principe du marché libre de connaître ce que l'on achète. De plus, rien n'est dit sur l'effet des OGM sur les animaux de boucherie: quelle est la proportion des viandes en épiceries dont les bêtes ont eu des OGM dans leur moulée? Et quels sont les effets des OGM sur les porcs, bovins et volailles qui en mangent durant leur courte vie? Peu importe le prix de séparer l'OGM du régulier et de faire l'étiquetage des aliments: quel sera le prix à payer sur la santé de tous les gens qui en auront mangé toute leur vie à leur insue?

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 19 janvier 2010 09 h 42

    OGM: la pointe de l'iceberg?

    Quand je suis arrivée dans le quartier où j'habite toujours, en 1992 un grand panneau affichait, dans la fruiterie à côté de chez moi, qu'il n'y avait sur les tablettes ou dans les frigos aucun produit irradié. Quelques années plus tard, l'affiche disparaissait. Ça va de soi: après une tempête dans notre verre de lait, quand on regarde les temps de conservation hallucinants des produits laitiers, pratiquement jusqu'à un mois, on comprend qu'ils le sont tous. Ou bien qu'on a trouvé une autre méthode, gardé secrète?

    Un autre aliment soulève ma curiosité, soit le beurre d'arachides. En effet, depuis... quatre ou cinq ans sinon plus, celui-ci, petit à petit, a acquis la consistance du miel plutôt du beurre, au point qu'il faut le mettre au frigo pour qu'Il ne soit pas trop coulant. C'est aussi le cas de celui vendu en vrac dans les magasin alilments naturels, qui avait autrefois la consistance du ciment... Comment en est-on arrivé une telle fluidité généralisée de la substance? Mon avis: en ajoutant de l'huile d'arachide, hydrogénée peut-être, aux arrachides. Dans les grandes épicieries, la liste des ingrédiens du beurre d'arachide dit naturels (natures conviendrait mieux puisqu'il n'y a pas de produit surnaturel) se résume à "arachides" mais comme l'huile vient de l'arachide... Peut-être même qu'on arrive à la diluer un peu. Une chose est sûre, cette modification ne s'est pas faite par l'opération du saint-esprit

    Le débat sur les OGN, comme les autres, finira par s'éteindre vu que les gouvernements sont surtout sensibles à ce qui favorise le commerce, la finance et la mondialisation. Alors pourquoi étiquetter? D'ailleurs, je me méfie un peu des étiquettes, particulièrement sur des produits certifiés bios, qui vienne de pays comme la Chine...

    Autrement dit, les OGM ne sont que la pointe de l'iceberg, qui finira bien par couler... puique la santé ne préoccupe pas tant que ça nos gouvernants, sauf lorsque survient un crise qu'ils doivent gérer, pour s'empêcher de couler eux-même, mais souvent n'importe comment. Et ça dépasse l'alimentaire. Pour un, le dossier de l'amiante (supposément que les édifices gouvermentaux, au Québec, auraient tous été désamiantés, à notre insu... Encore opération du st-esprit?) demeure inquiétant..

  • Tickon - Inscrit 19 janvier 2010 11 h 36

    Soya biologique contaminé!?

    Très bon commentaire Éric, merci!

    Ce que je trouve aberrant dans cette étude c'est qu'ils ont trouvé des OGM dans du lait de soya biologique!! Est-ce qu'on peut savoir qu'elle marque ils ont testé et quelle était la certification? Mais c'est probablement inutile, ça veut probablement dire qu'il y a eut contamination... tout comme dans le cas de la graine de lin qui à déjà couté chère aux fermiers canadiens. C'est une vraie pollution génétique ces OGM! Qui comme d'habitude va rapporter un peu de profits à court terme à certains individus, mais va couter une fortune à la population pour s'en débarrasser... ça s'appel externaliser les couts de production... vive notre capitalisme sauvage!

  • Chantal Grenier - Abonnée 19 janvier 2010 12 h 10

    Entre OGM et OGA

    À mon avis, il faudra attendre encore longtemps avant l'étiquetage obligatoire. Au Canada, les OGM portent officiellement l'appellation d'organismes génétiquement «améliorés», ce qui en dit long sur l'impartialité de la recherche, Grand producteur de céréales, domaine de prédilection de l'industrie agroalimentaire sous nos latitudes, le Canada ne va certes pas couper la branche lucrative sur laquelle il est assis, et qui se marie si bien avec les intérêts de l'industrie pétrolière par le biais des biocarburants. Les principales sociétés agroalimentaires sont d'ailleurs des pétrolières.

    Quant à la distinction entre nourriture animale et nourriture humaine, elle me semble quelque peu artificielle, étant donné que les humains mangent les animaux.

    En passant, je ne peux m'empêcher d'entrevoir un lien entre tout cela et l'épidémie d'obésité qui sévit sur la planète, y compris dans les pays pauvres. Les aliments sont de plus en plus le fruit d'une ingénierie destinée à accélérer la croissance, tant animale que végétale, et à maximiser les profits. Y participent les hormones, bien sûr, de façon évidente, mais aussi les OGM (OGA ?), notamment en limitant les pertes. De façon plus sournoise, comme l'a souligné Céline Massicotte, les produits offerts dans les épiceries évoluent beaucoup. Je mets au défi les lecteurs de ces lignes de trouver un yoghourt exempt d'amidon de maïs, sauf au rayon des produits biologiques, et encore. Les étiquettes proclament fièrement la teneur en probiotiques, ou une nouvelle saveur, ou surtout «0% de matières grasses». Les «substances laitières», même modifiées, reviennent tout simplement plus cher que les dérivés du maïs. En serons-nous plus sveltes ? Sûrement pas. Les féculents se transforment en sucre dans l'organisme, et le sucre en gras ! Idem des soupes en boîte, dont la publicité vante le caractère bien consistant. Et pour cause... elles contiennent davantage de maïs. C'est au point où il est impossible de renverser le contenu de la boîte dans une casserole.

    Je ne vois que la pression des consommateurs pour obtenir une législation un peu musclée, et nous sommes malheureusement trop bons enfants ici pour faire bouger les choses. Pourtant, il en va de notre santé et plus encore de celle de nos enfants, sans compter l'avenir de la biodiversité (2010 est justement l'année internationale de la biodiversité).

    Autre enjeu de taille mais plus rarement discuté : avons-nous envie de voir la production alimentaire mondiale aux mains d'un monopole qui décidera de ce que nous mangerons, et peut-être de qui mangera ou ne mangera pas ? Nous n'en sommes pas là, mais il ne faut pas laisser, par inertie, une telle chose se produire.