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    Présence discrète des OGM dans le panier d'épicerie

    19 janvier 2010 |Fabien Deglise | Consommation
    Environ 10 % du contenu d’un panier d’épicerie contient des OGM, selon une étude de l’Université Laval.
    Photo: Agence Reuters Fadi Arouri Environ 10 % du contenu d’un panier d’épicerie contient des OGM, selon une étude de l’Université Laval.
    Des OGM, beaucoup, mais pas trop. Plus de la moitié d'un lot d'aliments transformés vendus au Québec et testés pour le compte du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) contenait des organismes génétiquement modifiés (OGM), indique une importante analyse en laboratoire de l'Université Laval dévoilée hier.

    Sur cette base, les auteurs du document estiment toutefois à moins d'un dixième le niveau d'aliments entrant dans le panier d'épicerie des Québécois qui contiennent des organismes génétiquement modifiés, bien souvent à l'état de traces. Mais ils reconnaissent en avoir découvert entre 2005 et 2008 dans des produits très populaires auprès des consommateurs, comme le pain blanc, les biscuits, les farines, les saucisses fumées, le maïs en conserve, la nourriture pour bébé en pot et même le lait de soya pourtant certifié biologique, peut-on lire dans le document.

    Ce bilan tranche toutefois avec les chiffres avancés depuis des années par les opposants aux OGM qui estiment à 70 % le taux d'aliments vendus au pays touchés par les fruits de la biotechnologie.

    «C'est vrai que c'est moins, a reconnu hier Stéphane Groleau, des Amis de la Terre de Québec, mais c'est encore beaucoup pour des produits dont l'innocuité n'a pas été entièrement démontrée.»

    Piloté par le professeur de phytologie Dominique Michaud, de l'Université Laval, ce premier portrait commandé par le gouvernement provincial pour cerner l'incidence des OGM dans l'alimentation au Québec vise 36 produits transformés contenant du maïs, du canola et du soya, en raison de la forte probabilité d'y rencontrer des OGM. Ces trois plantes sont en effet de plus en plus cultivées sous cette forme sur la planète.

    L'équipe scientifique a également ajouté dans son panier des produits à base de papaye, un fruit génétiquement modifié exclusivement lorsqu'il a été importé d'Hawaï, et sur des tomates, dont quatre versions transgéniques ont été homologuées au pays; toutefois aucune de ces variétés n'est commercialement exploitée. Chaque produit a été soumis au test de la PRC (Polymerase Chain Reaction) en temps réel, la technologie de détection des OGM la plus précise sur le marché.

    Résultat? Des transgènes ont été détectés dans 20 des 36 produits sélectionnés, soit un taux de 55 %. Dix-sept de ces aliments contenaient des OGM à l'état de traces non quantifiables alors que trois autres ont exposé «des teneurs appréciables», indique le rapport. Parmi eux, des barres tendres à base de céréales dans lesquels les OGM représentaient 13 à 27 % du contenu, selon les échantillons (il y en avait trois par produits). Des gâteaux emballés (33 %) ainsi que de la farine de maïs (82 à 92 %) se sont logés à la même enseigne, peut-on lire dans le document de 112 pages dévoilé hier dans le cadre des activités de l'Observatoire Transgène, un groupe d'analyse de la biotechnologie au Québec.

    «C'est dans la farine de maïs que l'on en a finalement trouvé le plus, a indiqué hier M. Michaud. Et c'est étonnant puisque l'on dit depuis toujours que le maïs OGM est surtout utilisé dans l'alimentation des animaux. Mais on a la preuve ici qu'il y en a aussi dans l'alimentation humaine.»

    Autre constat, un échantillon de tomates en conserve a dévoilé en effet aux chercheurs des traces de tomates génétiquement modifiées, à des niveaux non quantifiables toutefois. Or, même si plusieurs souches de tomates génétiquement modifiées ont été approuvées pour commercialisation, très peu de pays les ont mises en champs en raison d'un goût qui ne plaisait pas aux consommateurs. En fait, seule la Chine a amorcé une production de ce fruit l'an dernier, selon les plus récentes données de l'International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications, un groupe qui fait la promotion de la transgénèse dans le monde entier.


    Étonnement

    En entrevue au Devoir hier, M. Michaud s'est dit étonné par les résultats obtenus par son équipe. «Je m'attendais à une plus grande incidence des OGM dans le panier d'épicerie», a-t-il indiqué. Même si la moitié des produits testés contenaient des OGM, leur proportion réelle dans le panier d'épicerie des ménages, qui contient également de la viande, des boissons et surtout des fruits et légumes qui ne sont pas génétiquement modifiés, fait «qu'entre 9 et 10 %» des aliments consommés seraient du coup porteurs de transgènes, écrivent les auteurs.

    Cette analyse en laboratoire devrait permettre à l'avenir d'asseoir sur des bases un peu plus solides et scientifiques le débat actuel sur les OGM, croit M. Michaud. À ce jour, l'incidence des OGM dans l'alimentation humaine n'avait été mesurée qu'à deux reprises par des analyses en laboratoire commandées en 2003 et 2004 par Le Devoir. La première avait révélé une présence d'OGM dans un tiers de 12 produits biologiques soumis à un laboratoire spécialisé. La deuxième, portant sur des aliments traditionnels, avait mis en lumière un taux de 37 % de produits contenant des transgènes.

    Selon les informations obtenues par Le Devoir, l'analyse de M. Michaud doit alimenter la réflexion du gouvernement Charest sur un possible étiquetage obligatoire des aliments contenant des OGM, une promesse électorale faite en 2003. Québec disposait tout au plus jusque-là d'une étude macro-économique qui évalue à 180 millions de dollars le coût pour implanter et assurer le fonctionnement pendant un an d'un tel système d'étiquetage, et ce, pour peu d'aliments porteurs de transgènes, indiquait l'analyse.

    En décembre dernier, le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) en France a ranimé les craintes au sujet des OGM en publiant une étude qui évoque la toxicité de trois souches de maïs génétiquement modifiés, le MON810, MON863 et le NK603 — ce sont leur nom — administrés à des rats lors d'études en laboratoire. Ces trois souches ont été identifiées par l'équipe de M. Michaud dans les produits soumis à l'analyse.

    Les conclusions du CRIIGEN ont toutefois été vertement dénoncées par Monsanto qui produit ces OGM, mais également repoussées par Santé Canada qui, retirer du marché ces plantes, a rappelé qu'aucun problème de santé lié à la consommation de produits contenant des transgènes n'a été enregistré au pays, comme ailleurs dans le monde.












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