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Pour en finir avec le gros rouge qui fait tache

Fabien Deglise   21 novembre 2009  Consommation
La pression du temps des Fêtes commence naturellement à monter.
Photo : Agence Reuters
La pression du temps des Fêtes commence naturellement à monter.
C'est la même chanson qui recommence, à peine les monstres de l'Halloween mis au placard pour les 364 prochains jours de l'année: depuis le 1er novembre, le gros père Noël, avec son cri de ralliement monophonique, ses guirlandes, ses rabais-mystères et ses petits cadeaux par milliers, a une fois de plus décidé de débarquer dans notre environnement. En avance de 55 jours sur son rendez-vous annuel.

Et, bien sûr, ce n'est pas parce qu'il exprime cette précocité depuis plusieurs dizaines d'années, avec une finesse inversement proportionnelle à son tour de taille, qu'on ne peut pas s'en offusquer. Un peu.

C'est que la pression du temps des Fêtes commence naturellement à monter. Pour cause. La semaine dernière, alors qu'une météorologue radio-canadienne en fin de soirée évoquait un redoux — en le qualifiant même «d'été des Indiens» — à un autre poste le père Noël affichait déjà ses rondeurs devant quatre lettres bleues, BELL, une télévision branchée à un satellite et un duo d'enfants espiègles. Charmant? Pas vraiment!

Cette même soirée, Chevrolet invitait les consommateurs à déballer leur nouveau jouet pour le temps des Fêtes, Glade vantait les mérites de ces chandelles chimiques qui font sentir bon les Fêtes dans les maisons, Oral-B proposait d'emballer une de ses brosses à dents électriques et Home Dépôt, dans une démarche un peu plus subtile mais facilement démasquée, faisait danser la gigue des rabais en prévision du grand jour... Au loin, par la fenêtre du salon, des feuilles colorées cherchaient encore à s'accrocher aux branches d'un arbre à cheval entre deux saisons.

Pas de doute: la neige, les froids brutaux, les pieds humidifiés par la slush hivernale, le goût de la tourtière et du ragoût de pattes ne sont pas encore là. Et pourtant, dans une succursale montréalaise de la Société des alcools du Québec (SAQ), les ritournelles de Noël meublent déjà l'espace sonore, et les décorations — en vente — s'exposent avec ostentation dans plusieurs rayons d'un quincaillier canadien visité récemment.

Plus loin, un Provigo a même déjà sorti ses gâteaux aux fruits confits et ses boîtes de cannes bicolores qui, loin de mettre le consommateur dans l'esprit des Fêtes, risquent de leur faire regretter un tantinet la disparition de cette drôle de brigade Anti-Noël avant l'temps (ANAT) qui a déjà sévi sur le territoire montréalais. Au début des années 2000, ce groupe de citoyens était venu jouer les Grinch en semant la terreur dans les quartiers commerciaux de Montréal. Ses armes? Des oeufs, de la farine et de l'eau. Ses cibles? Les vitrines des commerçants qui avaient décidé de sortir décorations et lumières de Noël avant le 1er décembre. C'est ce qu'on appelle combattre l'absurde par l'absurde.

Provocant à souhait, leur projet avait fait beaucoup sourire à l'époque, surtout les citoyens agressés quotidiennement par ces appels répétés à succomber à cette magie de Noël, magie exprimée dans sa seule dimension commerciale et dépensière. Et, forcément, depuis quelques jours, on se prend à souhaiter que le père Noël soit remis sérieusement à sa place. Et pour de bon: le 25 décembre au matin. Point.

Un geste salvateur ?

Allez, on ose: dans une société qui vient de s'exposer aux effets pervers de la surconsommation et du surendettement — à l'origine, en partie, de la crise financière que nous venons de traverser — dans un monde où les préoccupations écologiques appellent chaque jour à repenser durablement le rapport à l'accumulation de biens, il est en effet étonnant de permettre au célèbre barbu, et à son incitation balourde à la dépense, de circuler dans les commerces, les rues et les programmes télévisés en liberté à peine surveillée, et ce, un mois et demi avant sa grande et mystifiante tournée des cheminées.

Pis, avec 55 jours d'exposition imposée, ce bon gros père Noël, et tout ce qui vient avec lui, finit par être aussi persistant dans la nature qu'un mauvais chocolat de pharmacie tombant sur le coeur. Pour cause. Au total, en 2009, il va nous gratifier de sa présence et de sa musak en boucle 20 jours de plus qu'une campagne électorale qui, rappelons-le, varie, selon niveau politique concerné, de 33 à 36 jours.

Et, à moins de s'installer au pôle Nord jusqu'au 26 décembre au matin — et ce, dans un grand paradoxe — impossible de l'éviter, lui, ses chants redondants, ses rubans typiques, ses rouges et ses verts... Oui: on vit bel et bien une époque formidable.

Allez comprendre: décembre, dans ses derniers milles, est depuis des décennies placé sous le signe de la joie, de la convivialité, de la famille et du partage, c'est vrai. On peut aussi y ajouter les rires, l'odeur des plats mijotés, la p'tite crème de menthe de matante Marie et le sourire d'un enfant.

Mais il n'empêche: les symboles de cette fin d'année, en apparaissant quand on ne les attend pas et surtout avec cette volonté d'intrusion démesurée, finissent par inspirer de plus en plus frustration, mécontentement, ennui, contrariété et déplaisir.

Devant un sapin en plastique chantant à la caisse d'un commerce, un 2 novembre, on se met alors à vouloir croire à la magie du temps des Fêtes et surtout aux voeux qui, dit-on, se réalisent à cette époque de l'année.

Et on formule même le sien, 54 jours avant le temps: Québec encadre déjà les heures d'ouverture des commerces et le nombre d'employés pouvant être présents en dehors des heures normales.

Le gouvernement force également les commerçants à respecter une série de jours fériés; donc, ne pourrait-il pas sortir désormais sa plume législative pour faire du père Noël une persona non grata au Québec avant le 1er décembre, au pire, ou le 15 décembre, au mieux?

Après tout, depuis trois semaines et pour les cinq prochaines, on va se le faire répéter: Noël, c'est le temps idéal pour rêver un peu. Et cette année, n'en déplaise au gros rouge qui fait tache, on a sérieusement envie d'y croire!
 
 
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  • Godefroy
    Abonné
    samedi 21 novembre 2009 09h20
    Conditionnemet mental
    Je m'ennuie beaucoup du "petit gratteux" de Canadian Tire.

  • Nicole-Patricia Roy
    Abonnée
    dimanche 22 novembre 2009 15h21
    Maudit Père Noël!
    Que votre article m'a fait plaisir! Vous avez si bien décrit l'absurdité actuelle de la période des fêtes que l on nous fait vivre 55 jours à l'avance. Je n'aime pas vraiment cette période que j'aimerais bien éviter en m'expatriant ailleurs durant un mois si cela m'était possible. Qu'est-il arrivé à l'ANAT qui combattait cette absurdité au début des années 2000? J'aimerais bien que cette brigade renaisse, elle serait très utile pour arrêter cette folie qui nous plonge dans une consommation effrénée et obligations de toutes sortes.

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