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Ces menaces venant du champ... et du congélateur

Fabien Deglise   17 octobre 2009  Consommation
La tomate fait partie des légumes montrés du doigt par le Center for Science in the Public Interest, aux États-Unis
Photo : Agence Reuters
La tomate fait partie des légumes montrés du doigt par le Center for Science in the Public Interest, aux États-Unis
Il va falloir se faire à l'idée. On croyait avoir atteint un sommet de peur et de panique cet automne avec la menace de la grippe A(H1N1) qui plane au-dessus de nos têtes. Que non! Le danger va aussi venir de notre frigo et des épiceries qui, chaque année, mettent sur le marché des aliments pouvant rendre malade. Et pas des moindres, attention les yeux: les tomates, les oeufs, le thon et même la crème glacée, vient de dénoncer le Center for Science in the Public Interest (CSPI), aux États-Unis. Sérieusement.

Le groupe de pression, qui d'ordinaire est de grand intérêt, a en effet dévoilé la semaine dernière son palmarès des 10 aliments les plus risqués parmi ceux contrôlés par la Food and Drug Administration (FDA), le pendant américain de Santé Canada et de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). Ces produits, par la nature de nos échanges commerciaux, peuvent se retrouver ici. Et la liste est pour le moins étonnante.

Le CSPI place au sommet... la laitue qui, l'an dernier, a été à l'origine de 13 500 cas d'intoxication alimentaire chez les voisins du Sud. Les bactéries E. coli 0157:H7 et salmonella, persistantes sur la feuille, sont généralement montrées du doigt et apparaissent sur le légume par contamination par des déjections animales à la ferme, précise le groupe.

Autre légume dans la ligne de mire: la bonne vieille patate a qui l'on ne peut pas toujours faire confiance. Elle a rendu 3600 Américains malades, par l'entremise de la Listeria monocytogenes, du shigella ou encore du E.coli. Triste. La tomate (3292 toxi-infections recensées), la luzerne (2022 cas) ou encore les petits fruits rouges — framboises, fraises et consorts — (2200 cas) ne peuvent pas se vanter d'avoir fait mieux, prétend le groupe de défense des consommateurs.

Bouleversé? On le comprend. Mais pas question d'aller trouver du réconfort dans un gros bol de crème glacée, si l'on se fie à cette drôle de nomenclature du mal qui se tapit dans nos cuisines. Et pour cause. Cet inconditionnel des journées chaudes d'été — et des dépressions féminines — a tout de même, l'an dernier, introduit des salmonella et des staphylococcus dans l'organisme de 2500 amateurs de ce plaisir sucré-glacé. Ce n'est pas très gentil, comme dirait l'autre, et c'est presque autant que le fromage qui, s'il est bon pour renforcer les os, faire fuir la carie et finir un repas en beauté, a lui aussi obtenu son droit d'entrée dans le top 10 des menaces alimentaires du CSPI.

Les oeufs, le thon pour ses concentrations parfois élevées en methylmercure, et les huîtres pour la présence de toxines aux noms qui font mal (scombrotoxine, norovirus et vibrio) viennent compléter cet étrange palmarès.

On s'en doute, la publication de ce rapport n'a pas vraiment fait le bonheur des agriculteurs américains et de leurs groupes de pression, tout comme des marchands de poissons qui, dès le lendemain, ont dénoncé vertement la campagne de peur du CSPI, dont l'objectif avoué est de forcer la main aux autorités sanitaires américaines pour un resserrement des réglementations visant à assurer la salubrité des aliments.

Selon ce groupe, la bouffe vendue aux États-Unis évolue dans un environnement digne du Far West, au détriment des consommateurs.

Des consommateurs qui, toutefois, se font tromper par ce palmarès, a prétendu la semaine dernière, dans une lettre, le président de la United Fresh Produce Association, qui accuse le CSPI de livrer une image fausse de la sécurité alimentaire dans son pays. Comment? En mettant les projecteurs sur la crème glacée, les tomates, les fraises, la laitue ou le thon pour inquiéter les ménages américains. Et ce, sans apporter les nuances qui s'imposent: la plupart des toxi-infections alimentaires sont généralement le fait de la mauvaise manipulation d'un aliment à la maison ou d'un problème de cuisson, dont les producteurs et les faiblesses de la réglementation ne peuvent certainement pas être tenus responsables.

Bizarrement, le Centre québécois d'inspection des aliments et de la santé animale (CQIASA) pourrait bien donner raison aux détracteurs de la ce top 10 des dangers de l'alimentation. Dans son dernier rapport, on y apprend en effet que près de la moitié des maladies de la bouffe enregistrées ici trouvent leur source à la maison.

Pis, la viande (surtout le boeuf haché et le poulet) est la grande coupable dans la moitié des cas. C'est pas mal. Quant à la laitue, la tomate, la luzerne et les framboises, elles entrent dans la grande famille des fruits, légumes et légumineuses qui ont induit 4,1 % des toxi-infections « fabriquées au Québec ». La crème glacée revendique pour sa part un faible 2 %, avec l'eau d'ailleurs.

Vous y pensiez depuis quelques minutes? Mais finalement, ce n'est pas la peine de retirer votre banana split ou votre colonel (sorbet citron et vodka) de votre menu du soir.

***

C'est le chiffre de la semaine: deux, pour deux heures, soit le temps nécessaire pour devenir obèse quand on est jeune, selon une enquête de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS).

Explications: après l'analyse des comportements humains, l'organisme constate que plus de la moitié des garçons de 6 à 11 ans qui doivent composer avec une surcharge pondérale passent au moins deux heures devant un écran chaque jour: la télé, la console de jeu et l'ordinateur sont du nombre.

Plus inquiétant: chez les 12-17 ans, c'est 75 % des p'tits gros, comme dirait l'autre, qui partagent cette même passion pour les tubes cathodiques, deux heures ou plus chaque jour. Et forcément, alors qu'en 20 ans les cas de jeunes en surpoids au Canada ont grimpé de 70 % — c'est énorme ! —, l'Institut espère que ces données vont inciter les parents à agir en ouvrant la porte du patio pour que leur progéniture aille jouer dehors. Beau temps, mauvais temps.

conso@ledevoir.como






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